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Jean Brissonnet - Les pseudo-médecines Imprimer Envoyer
Écrit par Géraldine Fabre   
Vendredi, 27 Février 2009 10:23

 

Jean Brissonnet - Les pseudo-médecines
Edition book-e-book / Collection : Zététique (2003)

Il vous faudra peut être insister un peu auprès de votre libraire si vous souhaitez obtenir ce livre de Jean Brissonnet. Les pseudo-médecines : un serment d’hypocrites est en effet édité par book-e-book.com, dans la collection Zététique, et n’est donc pas toujours disponible en librairie. Il constitue cependant un ouvrage de référence lorsque l’on s’intéresse aux médecines dites "alternatives".
Jean Brissonnet est physicien appliqué et créateur du site www.pseudo-medecines.org. Il est aussi membre du Conseil d'Administration de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) et du comité de rédaction de la revue « Science et pseudo-sciences ».

Dans ce livre, paru en 2003, il décortique de façon méthodique ces diverses pratiques pseudo-médicales qui vont de l’homéopathie et l’ostéopathie à la psychanalyse ou l’acupuncture. Il consacre un chapitre à chacune de ces pseudo-médecines et montre, dans un langage clair, qu’elles ne reposent malheureusement sur aucune base théorique scientifique, l’évaluation rigoureuse de leur efficacité ne les ayant de plus jamais haussées au-dessus d’un placebo…
Mais Jean Brissonnet ne se limite pas à l’analyse scientifique des fondements de ces « médecines ». Il évoque également le contexte relativiste, les arguments économiques, comme le remboursement de l’homéopathie en France, et les décisions politiques qui ont favorisé et favorisent encore le développement des « pseudo-médecines ». Il appelle à une prise de conscience des risques que ces médecines qui n’ont rien de « douces », nous font tous encourir (refus de soin ou de vaccinations, etc.) avec leur « diabolisation » de la médecine scientifique. Les « médecines alternatives » ne sont en réalité ni des médecines, ni des alternatives…


Citations


 

« Dans les pseudo-médecines, la complexité de la pratique masque l’ascientificité de la méthode. » (p. 25).

« Plus le travail d’investigation est mal fait, plus l’étude a de chance d’être favorable à l’homéopathie. » (p. 52).

« Dans l’état actuel des connaissance, [l’acupuncture] est aussi efficace que l’homéopathie, la psychanalyse, les fleurs de Bach et les queues de lézards bouillies, c’est-à-dire aussi efficace que tout placebo, pur, impur, psychologique, rituel ou folklorique. » (p. 85).

« Aux scientifiques qui s’étonnent qu’on puisse utiliser comme modélisation de la vie psychique un échafaudage aux bases infalsifiables et à l’efficacité nulle, les freudiens répondent que leur dogme n’est pas accessible aux outils de la science et du rationalisme. » (p. 112)

« Si les pseudo-médecines ne sont que des placebos, un placebo n’est pas forcément une pseudo-médecine. » (p. 207)

« La priorité des choix doit aller vers une médecine humaine, attentive au patient et surtout basée exclusivement sur des faits prouvés. » (p. 218).


Interview de l'auteur


 

OZ - Comment définissez vous la (ou une) pseudo-médecine ?

JB - Définir une pseudo-médecine est assez délicat. Pour définir clairement une pseudo-médecine il faudrait d'abord savoir ce qu'on entend par médecine, ce qu'est exactement la médecine. La médecine est-elle une science, une technique ou une pratique. Certains disent même un art. En fait la médecine est tout cela à la fois, selon l'époque à laquelle on se situe et selon le cadre dans lequel on se place.
Dans le passé, la médecine n'était qu'une pratique dans la mesure où on ne disposait que d'une palette extrêmement limitée de traitements, le plus souvent sans grande efficacité. Chaque praticien pouvait donc inventer sa propre pratique, et sa personnalité, son intuition, son acharnement, sa volonté de guérir, faisait la différence. Le médecin qui face à une pathologie dûment répertoriée effectue une prescription en s'appuyant sur le résultat d'études contrôlées, de protocoles évalués, peut être considéré comme un technicien. Il utilise en fait les résultats de la science médicale. Cette science médicale, c'est celle que pratiquent les chercheurs qui participent à la mise au point des traitements, à leur expérimentation, à leur évaluation.
Aujourd'hui, l’écart est grand entre le médecin généraliste de terrain et le chercheur qui travaille au laboratoire ou le praticien qui expérimente en service hospitalier. Dans son livre Nous sommes tous des patients, Martin Winckler écrit : « En France, on a toujours pas compris que 95% des gens présentent des symptômes qui ne correspondent pas à une maladie répertoriée mais à des choses bénignes, ou à des angoisses, à des terreurs ». Pour ces cas, que l’on regroupe sous le nom discret de maladies « fonctionnelles », les médecins, selon leurs options personnelles et selon leur éthique vont choisir des réponses, des pratiques, très différentes. Pour beaucoup, malheureusement, ce sera la délivrance rapide d'une ordonnance le plus souvent superflue. D'autres choisiront de prendre le temps d'expliquer à leur patient ce qui lui arrive, de le comprendre, d’entendre parfois ce qui se cache au-delà de la plainte, de lui montrer qu'il ne présente aucune pathologie justifiable d'un traitement médical et d'accompagner son explication d'une simple prescription symptomatique (antipyrétique, antalgique, complément alimentaire...). Certains enfin, pour gagner du temps, verseront dans la pseudo-médecine et prescriront granules ou huiles essentielles.

OZ - Quelles sont selon vous les caractéristiques communes à toutes les pseudo-médecines ?

JB - La caractéristique commune à toutes les pseudo-médecines, c'est de n'avoir jamais fait la preuve de leur efficacité et d’être pourtant pratiquées par d’authentiques médecins. En effet, pour qu'il y ait médecine il faut, à mes yeux, qu'il y ait médecin.
Le sorcier berrichon qui « panse » pour les brûlures, où le pasteur qui prétend guérir par la prière ne pratique pas la médecine. C’est un guérisseur. Personne ne fait la confusion.
La médecine, du moins telle qu'elle devrait être, est celle qui s'appuie sur les preuves. La notion de médecine basée sur les preuves ou médecine factuelle – en anglais « evidence based medicine » (EBM) – est une notion qui a pris naissance au Canada dans les années 80, c’est un processus systématique de recherche, d'évaluation, et d'utilisation des résultats de la recherche pour prendre des décisions cliniques.

OZ - Pourquoi et comment avez-vous été amené à vous intéresser aux pseudo-médecines ?

JB - J'ai été amené à m'intéresser aux pseudo-médecines de manière un peu accidentelle.
Il y a une quinzaine d'années, je me suis brutalement retrouvé entouré d'amis ou de connaissances (psychiatres, homéopathes, psychologues, psychanalystes, éducateurs, travailleurs sociaux…), dont la caractéristique commune était une croyance totale dans les différentes pseudo-médecines. Certains en avaient même fait leur pratique. Non seulement mon scepticisme vis-à-vis de ce genre de choses faisait tache parmi eux, mais je devais régulièrement faire face à des agressions verbales, plus ou moins voilées, contre les scientifiques, forcément bornés. Je fus donc amené à compléter mon information afin de pouvoir justifier ma position.
À la même époque, j'avais participé, à l’initiative de Laurent Puech à la création du Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon. Dans ce cadre nous avions décidé de créer des dossiers critiques sur différents thèmes irrationnels. Certains se chargèrent du sarcophage d’Arles sur Tech, des raëlliens ou de l’astrologie. J’étais tout désigné pour m’occuper des pseudo-médecines, dont j’avais dû creuser l’argumentaire. Ainsi naquit mon premier texte sur l’homéopathie. D’autres dossiers suivirent publiés successivement par Enquêtes Z, Sciences et pseudosciences, et sur Internet, jusqu’au jour où Henri Broch me suggéra de faire un livre.

OZ - A qui s’adresse votre livre ?

JB - Ce livre s'adresse en premier lieu à tous ceux qui sont soumis à l'activisme des croyants. Il est destiné à leur fournir des arguments qui s'appuient sur de sérieuses références et il passe en revue tous les thèmes qui sont généralement évoqués pour développer ce type de croyance. C'est d'ailleurs pourquoi les chapitres qui traitent de chacune des pseudo-médecines répertoriées peuvent être lus, ou donnés à lire, séparément. Il m'arrive fréquemment de recevoir des courriels de lecteurs qui se félicitent de disposer ainsi d'un outil qui leur permet de résister aux pressions auxquelles ils sont soumis de la part de leur environnement. Pour certains lecteurs, cet ouvrage a servi de révélateur et a déclenché chez eux une approche sceptique plus générale sur l'ensemble des problèmes qui relèvent de l'irrationnel. Il est même arrivé que certains nous rejoignent dans ce combat.

OZ - Comment expliquez vous, malgré l’information sceptique qui existe sur ces pratiques, qu’elles perdurent ?

JB - La raison pour laquelle ces pratiques perdurent dans le système médical, c’est tout simplement parce que les médecins disposent d'une liberté totale dans leur pratique. L’argument d’autorité aidant, leur attitude tient lieu de validation.
Il est parfaitement normal qu'un praticien soit libre de ses prescriptions, mais à condition que celles-ci fassent partie de l’arsenal thérapeutique qui lui a été enseigné lors du cursus normal des études médicales. Il est totalement scandaleux qu'un patient qui franchit la porte d'un médecin après avoir lu sur sa plaque qu’il se recommande de telle ou telle université se voie proposer de la réflexologie plantaire ou de l’auriculothérapie. Admettrait-on qu'un astrophysicien pratique l'astrologie dans le cadre de son travail ? Il serait souhaitable que ne soient considérés comme médecins – avec les droits de prise en charge afférents par la collectivité – que les praticiens qui utilisent des méthodes thérapeutiques ayant fait leurs preuves et admises par l'Académie de médecine. Si un étudiant en médecine, à la fin de ses études, souhaite se consacrer à l'homéopathie ou à l’acupuncture, libre à lui, qu'il le fasse hors du cadre médical officiel.
Si certains médecins et certains patients restent convaincus de l'efficacité des pseudo-médecines c'est parce que nous sommes dans un domaine où il manque un outil de mesure simple et incontestable. Il n'existe pas de chimie « parallèle », ni d’électronique « douce ». Tout simplement parce que le résultat d'une réaction chimique est immédiatement testable et qu’on sait de suite si un appareil électronique remplit sa fonction. Dans le domaine médical les choses sont beaucoup plus complexes et on se heurte systématiquement à l'objection « ça marche ». D'un côté la science médicale a mis au point, afin de tester l'efficacité des traitements, des essais en double aveugle assortis d'une méthodologie lourde et précise et qui sont les seuls à pouvoir dire si vraiment « ça marche », d'un autre côté certains médecins, continuent à s'appuyer sur leur expérience, acquise sur un faible nombre de cas cliniques, pour généraliser. Comme l'écrivent Scabanek et Mc Cormick dans Idée folles, idées fausses en médecine : « les expériences personnelles ne peuvent jamais remplacer l'appréciation critique, de solides données et des expérimentations adaptées. »

OZ - Votre livre est paru en 2003. Quel chapitre aimeriez vous ajouter dans une prochaine édition ?

JB - Au cours des débats auxquels j'ai été amené à participer depuis la parution de mon livre, je me suis aperçu que le fait d'apporter au public des éléments objectifs était fort peu efficace. Il m'a semblé que l'important était de réfléchir aux raisons profondes pour lesquelles les pseudo-médecines ont de plus en plus de succès, alors que, dans le même temps, la science et la médecine font de remarquables progrès.
La réponse, parfois évoquée par certains, selon laquelle ces médecins seraient des charlatans et les patients des naïfs ne me semble pas recevable. Il existe incontestablement des praticiens qui choisissent les pseudo-médecines pour des raisons de clientélisme, de confort ou d’honoraires, mais l'expérience m’a montré que nombre de médecins le font de manière tout à fait sincère. Ils sont réellement persuadés de l'efficacité de leur pratique. De la même manière les patients qui y croient sont totalement certains du bien-fondé de leur choix. Au point de se livrer fréquemment au prosélytisme. Il m'est donc apparu indispensable d'exposer les mythes, les erreurs de raisonnement et les motifs psychologiques qui font obstacle à la rationalité.
Ce chapitre est déjà en grande partie écrit. Il vient d'être publié sous le titre « pseudo-médecines : pourquoi pareil succès » dans la revue Science et pseudo-sciences de décembre 2006.

Propos recueillis par Géraldine Fabre

Article publié en février 2007 dans notre newsletter n°20.