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Faux souvenirs et personnalité multiple Imprimer Envoyer
Écrit par Brigitte Axelrad   
Mercredi, 25 Novembre 2009 20:27
Index de l'article
Faux souvenirs et personnalité multiple
Le phénomène de personnalité multiple
Le trouble de personnalité multiple
La fabrication de Sybil
Au-delà de Sybil et des souvenirs d'inceste
Les origines théoriques de la personnalité multiple
Le rôle des féministes
Conclusion
Références
Toutes les pages

 

« Je est un autre. » Arthur Rimbaud , Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871

 


Introduction


 

En 2008, au début d’un article paru dans Cerveau & Psycho, « La mémoire violée » [1], on lisait : « Une sensation de malaise envahit Sheri Storm au moment où elle ouvre son journal ce matin de février. Son attention est attirée par ce titre : « Procès pour faute professionnelle : la plaignante explique comment son psychiatre a implanté en elle de faux souvenirs.» Elle ne peut s’empêcher de tressaillir. Elle partage de nombreux points communs avec cette femme. Tout d’abord, le même psychiatre. Puis en lisant l’article, elle découvre qu’il s’agit des mêmes souvenirs et du même diagnostic, celui du syndrome de la personnalité multiple.  Le psychisme de Sheri est  fragmenté en 200 personnalités différentes qui la tourmentent sans répit. Elle entrevoit la vérité : ces 200 personnalités ne sont qu’un produit de son imagination, créé par le thérapeute en qui elle avait toute confiance : Kenneth Olson ».

Sheri Storm est une jeune états-unienne qui, entrant en psychothérapie pour soigner insomnie et anxiété liées à son divorce et à sa nouvelle carrière, est internée en hôpital psychiatrique après avoir subi hypnose et administrations de psychotropes par son thérapeute. À l’hôpital, sa mémoire se peuple d’effrayants « souvenirs » et sa personnalité éclate en une myriade d’autres personnalités alternantes. C’est dans le Milwaukee Journal Sentinel, un matin de février 1997, que Sheri Storm lit l’histoire de Nadean Cool, qui  « découvrit » au cours d’une thérapie qu’elle avait été violée enfant, qu’elle avait participé à un culte satanique, mangé des bébés et assisté au meurtre de son meilleur ami. Elle possédait plus de cent vingt personnalités, adultes, enfants, êtres surnaturels et même celle d’un canard. Quand Nadean Cool comprit qu’il s’agissait de faux souvenirs induits [2] par son thérapeute, elle lui fit un procès et obtint 2,4 millions de dollars de dommages et intérêts. À son tour, Sheri Storm comprend que son trouble de la personnalité multiple est « iatrogène », c’est-à-dire produit par sa thérapie. Toutefois des années après la fin de sa thérapie, elle est toujours tourmentée par ses effets. En 1997, elle intente à son tour un procès à son thérapeute, mais, en 2007, elle attendait toujours que son cas soit jugé pour pouvoir véritablement tourner la page.

Les auteurs, Kelly Lambert et Scotto Lilienfeld [3], écrivent  en exergue à leur article : « Peut-on croire avoir été violée par son père, avoir pratiqué des rituels sataniques et mangé des bébés ? Oui, après avoir subi une thérapie par récupération de souvenirs. Chez certaines personnes, le thérapeute implante dans le cerveau de ses patients des faux souvenirs qui finissent par ressembler aux vrais. S’ensuivent de graves traumatismes. » Sheri Storm a publié son histoire [4], ainsi que les dessins réalisés sous suggestion pendant son internement, dont celui-ci fait  partie. Il représente ses personnalités multiples.

 

 

 

Dessin de Sheri Storm : « It is Finished ». «This illustrates my profound desire to finish the healing process by integrating all of my personalities. A beacon of sun sheds proverbial light on the (seemingly) infinite number of alters who were still in hiding and still withholding traumatic memories that my therapist claimed were necessary for my mental health recovery. »

« C’est fini » « Celui-ci illustre mon profond désir de terminer le processus de guérison en intégrant toutes mes personnalités. Un rayon de soleil répand sa lumière proverbiale sur ce qui semble être un nombre infini d’alters qui étaient jusque là cachés et qui retenaient encore les souvenirs traumatiques que mon thérapeute déclarait être nécessaires à la guérison de ma santé mentale. »

 


Notes :

[1] Cerveau et Psycho, n° 27,  juin 2008, traduction de l’article de Kelly Lambert et Scotto Lilienfeld paru dans Scientific Americain, Octobre 2007.

[2] Elizabeth Loftus (The Myth of repressed Memory,  1994) a montré qu’il était possible, par la suggestion thérapeutique, de créer dans l’esprit d’un patient à son insu des faux souvenirs d’évènements traumatiques.

[3] Kelly Lambert est professeur dans le Département de psychologie de l’Université Randolph-Macon, à Ashland, Etats-Unis et Scotto Lilienfeld, professeur de psychologie à l’Université Emory, à Atlanta.

[4] Le site Internet de Scientific American et lien direct vers l’histoire de Sheri Storm.