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Les détecteurs d'explosifs Imprimer Envoyer
Écrit par Fabrice Neyret   
Jeudi, 04 Avril 2013 08:29

Extrait de la POZ n°56 parue le 13 février 2010.

 

Pseudo-technologies : le dossier détonant des détecteurs d'explosifs

Vous avez aimé les avions renifleurs censés détecter pétrole et sous-marins, l'électromètre scientologue ou le QPM (Quantic Potential Measurement) prétendant mesurer la personnalité ? Vous adorerez l'ADE 651 et ses nombreux clones. Quoique le secteur d'activité dans lequel il exerce ses "talents" prête assez peu à rire. Il s'agit de détecteurs utilisés pour repérer les explosifs dans les check-points, largement vendus dans le Proche-Orient et au delà : l'armée irakienne en a acheté pour 60 millions d'euros (à 28 000 euros l'unité) ; les armées afghanes et pakistanaises en font également grand usage, mais on le trouve également au Liban, en Afrique, en Thailande, au Mexique, et jusqu'à la police chinoise...

L'ADE 651 est l'un des divers modèles de détecteur produit par l'entreprise britanique ATSC, et plus généralement, de toute une famille de détecteurs similaires de diverses marques (SNIFFEX, Quadro Tracker, MOLE, Alpha6, H3 TEC, HEDD1, PSD-22 - parfois différents noms pour un même objet). Lesquels partagent les mêmes types de prétentions (détecter toutes sortes de substances, depuis les armes et explosifs jusqu'aux drogues en passant par l'ivoire, les billets de banque et les cadavres, selon le réglage ou la « carte » introduite, à distance, voire à longue portée ou sous terre), mais surtout, une « technologie » commune: une antenne fichée sur un boîtier - la plupart du temps exempt de source d'énergie - et dans lequel elle n'est reliée... à rien : l'usager est supposé charger l'antenne de son électricité statique en se déplaçant, puis la laisser pointer vers la cible, à angle droit du corps. Évidemment, le maniement demande du feeling, il faut donc acheter en sus moultes formations.

 

 

Le concepteur et dirigeant de l'entreprise britanique ATSC qui fabrique l'ADE 651 (lequel n'a aucune formation en sciences et techniques) parle d'une technologie très proche de la radiesthésie et de la sourcellerie (le dispositif et le type de « théories » invoquées rappelle une antenne de Lecher, le maniement et l'aspect évoque celui de baguettes de sourcier métalliques). Il précise que c'est à base de « résonance nucléaire quadripolaire  » (comme en RMN) et d'« attraction électro-magnétique des ions » (deux choses qui n'ont rien à voir). D'autres argumentaires de produits similaires jettent les termes de « dia-para magnétisme », de « résistance nano-ionique »... L'idée naïve commune est celle de la résonance (notion magique s'il en est que la notion d'accord par l'essence par delà les distances, ayant de surcroît le bon goût de disposer de concepts physiques aux vocables réappropriables) entre le circuit complété par la carte - laquelle contient un simple enroulement similaire aux étiquettes antivol de supermarché - et la molécule visée, y compris à longue distance - 600 m, 1 km, voire 5 km - , indépendamment de tout obstacle de quelque matière que ce soit.

Le Sandia National Laboratory, spécialiste en armements, a montré leur totale inefficacité en double aveugle, divers sceptiques amateurs ou officiels ont passé sans succès des sacs puis des semi-remorques d'armement sous les nez des détecteurs, James Randi offre 1 million de dollars à qui prétendrait faire la preuve de leur efficacité, mais on trouve encore des ministres et militaires gradés certains de l'efficacité de ces détecteurs et les défendant fermement devant la presse.

Plusieurs de ces produits ont été signalés comme frauduleux, fait l'objet d'alertes ou d'interdits (par les USA, la Grande Bretagne), le dirigeant d'ATSC a été arrêté pour fraude fin janvier. Mais ces produits sont commercialisés sous divers noms, ou donnent suite à des descendants « plus perfectionnés », et plusieurs constructeurs se partagent ce filon juteux : l'offre reste large, et l'utilisation commune dans divers pays.

Un besoin, une plaquette techo-marketing, un objet concret, l'abus d'autorité du jargon, l'apparence du métier, suffisent à convaincre des militaires professionnels responsables de la sécurité d'autrui (y compris de la leur) du sérieux du produit, et les biais humains habituels réussissent à se convaincre que « ça marche », « sauf bien sûr quand on a mal fait », dans un domaine où l'on s'attendrait à un semblant d'exigence d'une preuve d'efficacité, surtout quand il est extrêmement facile de concevoir un test en double aveugle (voire même en simple aveugle).

 

Pour en savoir plus :