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POZ n°05 Imprimer Envoyer
Écrit par Nicolas Vivant   
Mercredi, 09 Juin 2004 14:13

SOMMAIRE


 

  • Édito
  • Pêche à la Dépêche : La fin du SEPRA, ondes nocives à Tucquegneux, Landmark Education, 350 sectes en Roumanie, évanouissements étranges en Tunisie, "vierge" de Guadalupe, téléportation de données, exercice illégal de la médecine, 13ème rue, mourir quand on ne veut pas, ne pas mourir quand on veut, parapsychologues sous les verrous.
  • Dossier exclusif : Expérience avec un magnétiseur
  • Sources et ressources : Dictionnaires en ligne
  • L'agenda de l'OZ : Venez nous voir !
  • Les nouvelles du site web

 


ÉDITO


 

Pas mal de sujets liés au pseudomédical dans cette newsletter : bien sûr, entre l'ostéopathe aux dons de magnétiseurs et les cas d'exercice illégal de la médecine, bée un gouffre escarpé. Et pourtant, on subodore un pavois commun, un leitmotiv, un voile soyeux, très opaque et surtout pudique : la notion de médecine "parallèle", ou mieux, "alternative" ; notion fourre-tout qui porte en son sein nombre de méprises : il suffit, pour s'en rendre compte, de lancer après le calva la discussion sur le sujet pour voir surgir un avatar de l'argument -massue : "voyons, c'est un droit d'avoir accès à toute forme d'alternatives médicales ou thérapeutiques et de choisir celle qu'on veut". Argument qui n'en est, malheureusement, pas un.

Tout d'abord, les termes de médecine "douce", "parallèle" ou alternative" recouvrent un magma tellement informe de pratiques qu'il est difficile d'en discuter sans circonscrire ce dont on parle : la chiropraxie, médecine "douce" ? L'acupuncture médecine "parallèle" (*)? Pour caricaturer, il est risqué en société de mettre côte à côte sans préliminaire et à jeun l'homéopathie, par exemple, et le Re-birth (voir plus loin).

Ensuite, c'est vrai que proscrire l'accès à telle ou telle médecine, même gravement "alternative", me semble en soi inadéquat et de courte vue. Il me paraît moins fructueux à long terme d'interdire une pratique que de donner la possibilité aux gens d'accéder à un discours balancé et critique sur celle-ci. La connaissance critique fait mûrir le choix. L'interdiction déresponsabilise, distancie, infantilise.

Par conséquent, toute personne est libre de choisir la thérapie qui convient le mieux à sa pathologie et à ses appétences, mais ... en connaissance de cause ! Ce sont ces 4 mots qui font toute la différence. En connaissance de cause, tout un chacun saura si telle médecine est effectivement une "alternative" valable par rapport à telle autre, et si une thérapie offre des résultats plutôt "parallèles" ou plutôt… perpendiculaires à telle autre, disons, plus classique. Tout un chacun saura que pseudo, en grec, vient de pseudês : menteur.

Mais où trouver l'information critique ? C'est là qu'un vrai travail de fond doit être lancé. Le corps médical, prescripteur, a bien sûr un immense rôle d'information à jouer. Les initiatives médiatiques critiques sont si rares qu'elles méritent d'être soulignées (cf. Landmark Education). Les sphères scolaire et universitaire surtout devraient souffler un vent de scepticisme sur les oreilles bambines et les joues couperosées. Enfin les milieux associatifs, timidement, proposent leurs travaux. D'où cet édito, cette newsletter, ce site.

Bonne et savoureuse lecture.

Richard Monvoisin, secrétaire de l'Observatoire Zététique.

(*) En passant, des méridiens dans une médecine parallèle, n'est-ce pas géographiquement… tordant ?

 


PÊCHE À LA DÉPÊCHE


 

Attention : cette rubrique contient divers liens vers des articles et dossiers présentés par d'autres site web. Ils sont actifs au moment ou nous publions, mais ne le resteront probablement pas longtemps.

  • Depuis qu'un article du magazine Ciel et Espace a jeté le premier pavé dans la mare de l'ufologie française, la disparition annoncée du Service d'Expertise des Phénomènes Rares Aérospatiaux, ex-émanation officielle du CNESliste Aleph, et l'ensemble des passionnés s'inquiêtent pour l'avenir des archives (bien fournies) de ce département. Une pétition en ligne a été mise en place, réclamant que celles-ci soient mises à la disposition du public. dédiée à l'étude des témoignages OVNI, n'en finit pas de faire des vagues. Grégory Gutierez, modérateur de la
  • L'émission "Pièces à conviction" de France 3 dédiée à la secte Landmark Education et datée du 24 mai n'aura pas été inutile. D'abord parce qu'on se demande comment l'organisation pourrait continuer à prospérer après cette exposition publique, ensuite parce que la MIVILUDES (Mission Interministérielle de Vigilance et de LUtte contre les DErives Sectaires) et son secrétaire, mis en difficulté pendant l'émission pour le peu (voire l'absence) de moyens mis en oeuvre pour lutter contre les sectes, ont du réagir officiellement dans les jours qui ont suivi la diffusion.
  • En Roumanie, les dérives sectaires semblent bien aussi nombreuses que chez nous. D'après cet article plus de 350 sectes cohabitent et font régulièrement parler d'elles.
  • afrik.com rapporte que "vingt-sept jeunes filles d’une école en Tanzanie, toutes âgées de moins de 16 ans, sont frappées depuis janvier dernier par un mystérieux mal qui provoque leur évanouissement, rapporte la BBC. Devant l’absence de réponses médicales, certains parents accusent les professeurs d’avoir jeté un sort à leurs enfants, mais les médecins préfèrent parler d’une névrose liée aux croyances locales en la sorcellerie.Cet article de la BBC peut intéresser... les anglophones.
  • On ne compte plus les tâches d'humidité qui, parce qu'elles évoquaient (de loin et avec les yeux légèrement plissés) un visage christique, connurent leur heure de gloire. Au Mexique, la Vierge de Guadalupe a choisi de se manifester aux fidèle sous la forme d'une ombre ! La présence d'une lampe, visible ici n'étant pas tout à fait étrangère au phénomène, l'église a décidé de faire toute la lumière sur cette affaire.

Faisons une pause.

Bien que ressemblant aux techniques de la Police Aérienne des Frontières dans les aéroports français (1) le Rebirthing est une théorie répandue dans les sphères pseudomédicales. Il est d'ailleurs intéressant de constater comment la naissance, la sortie du giron, sont metaphorisées dans divers types de pratiques, et Jean-Marie Abgrall, dans son livre "les charlatans de la santé" (2) nous livre quelques pistes.

Par exemple Tcharkovski et Bagsianski qui, prétextant atténuer le choc de la naissance, faisaient accoucher des femmes dans de l'eau de mer (parfois dans une température de -15°C). Ou le Docteur Cheek, de Chico, en Californie, qui faisait régresser ses patients jusqu'au moment de leur venue au monde. Et puis Alfred Tomatis, ancien oto-rhino-laryngologiste qui, à l'instar de Bettelheim, misait sur le sentiment de culpabilité sans fond des parents en décrivant les troubles de l'enfant comme des conséquences de... perturbations sonores prénatales. Tomatis proposait alors à ces enfants de "refaire un accouchement sonique" (A. Tomatis est mort en 2001, mais la méthode perdure (3)). Sans parler de la Scientologie qui propose des "auditings" destinés à faire disparaître les "engrammes" psychiques consécutifs à notre naissance et qui nous perturbent.

J'ajouterais encore Stanislas Grof : cet homme, célèbre pour ses expériences sous LSD et pour la métaphore "conscience universelle - océan" qui marqua le monde New Age, a classé l'ensemble des expériences périnatales selon une grille symbolique comptant 4 "matrices" périnatales (MP), c'est-à-dire des "systèmes directeurs dynamiques qui s'actualisent, se réalisent à travers les phénomènes périnatals, qui eux-mêmes ont deux facettes : biologique et spirituelle" (4). En gros, chaque stade de la naissance biologique semble avoir un équivalent spirituel précis dans le psychisme humain :

  • MP N°1 : Vie paisible au sein de l'utérus / expérience d'unité cosmique
  • MP N°2 : Déclenchement de l'accouchement, fortes contractions alors que le col de l'utérus est encore fermé / impressions d'étouffement universel, expérience de l'enfer
  • MP N°3: Progression du fœtus dans le canal vaginal / conflit mort-naissance
  • MP N°4: Dernière phase de l'accouchement / mort de l'ego et re-naissance

Terminons sur le fait que l’idée de la naissance comme phénomène traumatisant et impliquant des troubles psychologiques qu'il serait possible de rééquilibrer par un travail sur soi n'est pas récente, et qu'une théorisation célèbre du traumatisme natal a été effectuée par Otto Rank, secrétaire d'un certain Sigmund Freud.

Quoiqu'il en soit, s'il est des mal-nés, il est aussi des gens bercés trop près du mur. Candace Newmaker, 10 ans, est morte dans son vomi et ses excréments des suites de son Re-birth, sous les yeux de sa mère (5). Les deux chambres de l'Etat du Colorado ont voté, suite à ce drame et à la visualisation de la vidéo de ce Re-Birth, une loi interdisant cette thérapie. Quant à Watkins et Ponder, outre 7000 dollars à la maman, elles ont pris.... 16 ans de prison. (6)


Références :

(1) Libération, 18 fév. 2003 : "La mesure s'ajoute à une série de nouvelles dispositions, toutes censées restreindre l'immigration clandestine. Sont aussi examinées les méthodes coercitives actuelles utilisées par la Police aux frontières (PAF) pour embarquer à bord des avions les étrangers récalcitrants : bâillon adhésif, cocktail somnifère, bandes Velcro, compression du thorax ou coussin étouffeur de cris."
Voir aussi Le Monde, "Roissy : trois policiers suspendus après la mort d'un Somalien" 23 jan. 2003. Sources : ANAFE
(2) Abgrall Jean-Marie, les charlatans de la santé, Payot 1998 pp 149-159
(3) http://www.tomatis-group.com, par exemple
(4) http://gerp.free.fr/Grof.htm
(5)- Pour des détails des antécédents de la psy Watkins, "Therapist has strong defenders, foes, In Colorado, Watkins found few regulations governing her practice of unorthodox sessions " par Peggy Lowe et Carla Crowder, Denver Rocky Mountain News Staff Writers, http://www.denver-rmn.com/news/1029watk2.shtml- Pour une description des faits, "Rebirthing Update: Therapists Convicted, Therapy Outlawed in Colorado" , par Benjamin Radford, Skeptical Inquirer, July 2001.
(6) Article de Michael Shermer du 24 mai 2004, dans le Scientific American, http://www.sciam.com/print_version.cfm?articleID=000490DD-702D-10A9-A47783414B7F0000

Article en français dans Le Courrier Médical.

 

Ne pas mourir quand on veut

En Belgique, les compagnies d'assurance santé ont commencé à rembourser les coûts de l'homéopathie. Il s'agit d'un vaste débat qu'il conviendrait de mener plus avant, mais pour aujourd'hui, lorgnons du côté de 23 irréductibles sceptiques qui, devant une flopée de médias, organisèrent une "ultime protestation" : après avoir menacé d'un suicide de masse si la charlatanerie se faisait désormais rembourser, ils s'administrèrent un cocktail homéopathique de poisons létaux, dont le délicat arsenic, le succulent venin de serpent, et la goûteuse belladone, tout à CH30, bien entendu (1).

Rappelons que les granules à 30 CH sont populairement perçus comme les plus forts, c'est-à-dire les plus chargés, en vertu du principe "magique" hérité de Samuel Hahnemann : plus c'est dilué plus c'est fort. Or bien au contraire, 30 CH signifie 1 part de substance active dans 10 puissance 60 - soit 1 et 60 zéros derrière, grosso modo l'équivalent d'un grain de sel dans 10 mille milliards de systèmes solaires d'eau).(2)

Devant les télévisions massées, si l'on excepte quelques vilains rôts, le suicide a ... raté.

Que voulez-vous : les temps sont si durs et les victimes s'immolent.


Références :
(1) Annapolis Valley Skeptics le site de James Randi

(2) pour une description de l'homéopathie, voir les ouvrages de Aulas J-J, "Au coeur de l'extraordinaire" de H. Broch, "les pseudomédecines" de Jean Brissonnet (tous les deux collection Book-i-book.com (voir http://pseudo-medecines.org)

...ou les articles en ligne suivants :
- L'homéopathie dans tous ses états, http://charlatans.free.fr
- L'homéopathie, http://www.zetetique.org

 

 

Parapsychologues sous les verrous

La presse se fait l'écho de l'arrestation de Daniel Wirth et de John Horvath, escrocs plaidant coupables pour d'énormes arnaques financières de plus d'un million de dollars, et pour de multiples usurpations d'identité. Ce qui est amusant, c'est que Wirth et Horvath sont parapsychologues : le premier a d'ailleurs signé une étude au Columbia University Medical Centre sur l'influence de la prière dans les cas de stérilité féminine, publiée dans Journal of Reproductive Medicine, et reproduite dans The New York Times du 2 octobre 2001 : il y était prétendu que des femmes ayant prié pour tomber enceintes y parvenaient deux fois plus souvent que celles qui ne priaient pas. Outre les erreurs techniques dans le protocole monté (1), on subodore désormais, à l'instar de Bruce L. Flamm, prof d'Obstétrique à l'université de Californie, que cette étude n'a peut être ... jamais existé !

Néanmoins, les relations aidant, il est probable que Wirth et Horvath connaissent des tordeurs de métal du type Uri Geller. Auquel cas, leurs barreaux ne sauraient résister bien longtemps.

PS : notre prix Goncourt Didier Van Cauwelaert soutenant mordicus que la prière et les saints sacrements guérissent les maladies les plus graves, "prions", nous aussi, qu'il n'ait pas choisi les travaux de Wirth pour base.

 

(1) http://www.valleyskeptic.com/Prayer_Study_Flawed_and_Fraud.html,

Pour plus d'infos : "The Observer" 30 mai 2004. Si le lien est rompu, tentez ici

Pour une critique de l'étude, l'excellent site Quackwatch

L'article de Wirth : Cha KY, Wirth DP, Lobo RA. Does prayer influence the success of in vitro fertilization-embryo transfer ? Journal of Reproductive Medicine 46:781-787, 2001

Autres articles amusants de Wirth :Wirth, Daniel P./ Cram, Jeffery R. Multi-site electromyographic analysis of non-contact therapeutic touch, International Journal of Psychosomatics 1993, 40(1-4), 47-55.

 

Mourir quand on ne veut pas

Il était dit que la petite Candace Newmaker était incapable de créer des liens affectifs avec sa mère adoptive, Jeane. Elle a donc été confiée à deux psys qui ont voulu appliquer sur cet enfant la thérapie appelée "Rebirthing", consistant à reproduire le schéma d'une naissance. En avril 2000, les deux thérapeutes, Connell Watkins et Julie Ponder, avaient enveloppé l'enfant de la tête aux pieds à l'aide d'une couverture et avaient appuyé sur elle avec de gros coussins, avant de... s'asseoir dessus. Evidemment, l'enfant, qui devait sortir par ses propres moyens pour mimer sa re-naissance, n'était pas très contente, mais malgré ses plaintes, ses cris puis ses vomissements, aucune des deux psys ni la mère adoptive qui était présente, infirmière de formation, n'ont stoppé le supplice.

 


DOSSIER :
Expérience avec un magnétiseur


 

Introduction

"Mr Z." nous contacte en juin 2003 afin de mettre en place un protocole expérimental sérieux, pouvant éventuellement donner lieu à une future publication. Il nous explique que, dans le cadre de sa pratique du magnétisme, il ressent un "signal", un "fluide" au niveau de ses mains. Son souhait est que nous l'aidions à mesurer ce "signal".

Dans le texte qui suit, nous nommerons le phénomène à observer "fluide", "signal", ou "phénomène", indifféremment.

LLors des discussions préalables entre Mr Z. et l'Observatoire Zététique, il apparaît rapidement que, les expérimentateurs ne connaissant pas précisément la qualité du phénomène, il convient, avant de le mesurer, d'observer celui-ci, puis d'émettre des hypothèses sur sa nature. La mesure pourra éventuellement être mise en place dans un troisième temps.


Élaboration du protocole

La pratique de Mr Z. repose en grand partie sur des paramètres de validation subjectifs : le fluide est ressenti soit au niveau de la zone atteinte par une pathologie donnée, soit au niveau de la zone à l'origine du problème. Par exemple, une pathologie de la cheville peut être à l'origine de tensions musculaires au niveau des cervicales; le signal pourra être indifféremment perçu au niveau de la cheville ou au niveau des cervicales. Cela rend complexe toute tentative d'identification du signal par comparaison avec des moyens d'observation objectifs (scanners, radiographie, IRM...). Il en va de même pour le traitement, réalisé au moyen de "passes magnétiques" : la zone à traiter ne peut être déterminée ni en fonction de la zone atteinte, ni de celle considérée comme étant la cause de la pathologie. D’autre part, une validation basée sur le ressenti des patients serait longue et difficile à mettre en place, et ne règlerait pas de façon satisfaisante la problématique de l'observation selon des paramètres objectifs.

Après plusieurs semaines de réflexion et d'échanges téléphoniques avec Mr Z., on parvient à dégager de sa pratique les paramètres invariables suivants :

  • le signal est perceptible au travers des vêtements
  • la localisation du signal est stable, pour un même patient et pour une durée donnée (plus d'une heure)
  • le signal lié à un patient ne laisse pas d'"empreinte magnétique" sur la table de massage (si c'était le cas, la prise en charge de deux patients à la suite serait impossible sans un temps de repos intermédiaire)

A partir de ces affirmations, directement liées à la pratique de Mr Z., on se met d'accord pour tester le postulat suivant : "En double aveugle, le magnétiseur peut déterminer la présence ou l'absence d'un patient s'il a préalablement identifié, en puissance et en localisation, le signal émis par celui-ci."



Pré-test

Une première rencontre est organisée le lundi 17 novembre 2003 à Revel (Isère). Elle donne lieu à un passionnant échange autour de la pratique du magnétiseur, suivi d'une discussion sur les détails du protocole. Mr Z. teste ensuite chacun des neuf participants; l'objectif est d'identifier une personne qui émettrait un signal particulièrement facile à détecter, pour éventuellement utiliser celle-ci comme cobaye pendant l'expérience finale. Un signal est trouvé chez chacun des participants, à des endroits variables, mais aucun d'entre nous ne sort véritablement du lot. Un des membres de l'OZ note les différentes zones identifiées par le magnétiseur chez chacun des neuf sujets.

Finalement, proposition est faite d'organiser un pré-test, en aveugle. Mr Z. accepte avec beaucoup de gentillesse. On lui bande les yeux, et les participants défilent de nouveau sous ses mains, dans un ordre quelconque et dans le silence. De nouveau, un signal est trouvé chez chacun des neuf cobayes. On vérifie ensuite si les zones indiquées en aveugle correspondent bien aux zones préalablement identifiées.

L'expérience est un échec. Parmi les neuf essais, deux seulement sont couronnés de succès. Et Mr Z., en toute bonne foi, explique même qu'il a reconnu l'une des deux personnes grâce à l'odeur de son parfum. On note que des zones qui n'avaient pas été indiquées lors du premier passage le sont lors du deuxième, preuve de l'intégrité sans faille du professionnel.

Nous nous quittons déçus, mais pas découragés.



Expérience finale

La deuxième rencontre avec Mr Z. a lieu le lundi 17 mai 2004. Comme lors de sa première visite, nous commençons par une longue discussion dédiée à sa pratique. On discute du pré-test et un membre de l'OZ demande à Mr Z. s'il lui est arrivé de songer à cette expérience pendant les 6 mois qui viennent de passer. La réponse est immédiate, et directe : tous les jours. On décrit de nouveau le protocole final, dans le détail. Il sera procédé à un ensemble de 100 essais. Le nombre de tirages réussis par Mr Z. doit être strictement supérieur à 65 pour qu’il soit considéré comme statistiquement significatif. Notre testé confirme que plus que jamais, il souhaite participer au test et éventuellement en publier les résultats. On signe la décharge (voir annexes) nous permettant de mettre en place le protocole expérimental, avant d'entrer dans le vif du sujet.


a. Choix des participants

  • Le protocole nécessite la présence d'une personne témoin, que nous nommerons "cobaye". Cette personne doit être sélectionnée par Mr Z. pour la qualité du signal qu'elle émet. Chacun des 7 membres de l'OZ se prête aux tests de Mr Z. et c'est finalement "Mlle. C" qu'il choisit.
  • Il choisit ensuite ses deux assesseurs. Ces personnes étant chargées de noter ce qu'il leur indiquera lors du test, "Mrs A et B" sont choisis pour la faiblesse de leur signal : Mr Z. souhaite éviter tout interférence qui pourrait nuire à la qualité de sa perception.
  • Mr Z. n'ayant aucune préférence quant à la personne devant assister le cobaye, on procède par tirage au sort. Le hasard fait de "Mr D." l'assistant de Mlle C.

b. Pré-tirage

  • Pendant que l'équipe sélectionnée pour participer au protocole met en place le test blanc, les 3 membres inoccupés s'isolent et réalisent une répartition aléatoire dont le résultat est une suite de "0" et de "1". Pour des raisons de facilité d'analyse du résultat de l'expérience, on a arbitrairement choisi d'utiliser cinquante "0" et cinquante "1". Le nombre total sera alors de cent essais. Mr Z. est informé de ces conditions avant la mise en place du protocole.

c. Test blanc et mise en place

  • Mr Z. devant deviner la présence de Mlle C. derrière un paravent, on commence par tester la qualité du signal au travers de celui-ci. Notre cobaye s'installe donc, de dos, contre le paravent et Mr Z., d'un mouvement des mains qui nous est désormais familier, confirme qu'il ressent bien le signal, sans aucune altération.
  • On ajoute une toile opaque sur le paravent, afin de le rendre parfaitement imperméable à la lumière. Le magnétiseur confirme la présente du fluide, toujours sans altération.
  • Mr Z. et ses deux assesseurs se munissent d'un casque anti-bruit qui leur permet d'être en état d'isolation sonore et on procède de nouveau à un test du signal, sans problème.
  • Le cobaye et son assistant s'installent dans la pièce qui leur est dévolue. On déplace le paravent dans l'encadrement de la porte qui ferme cette pièce.
  • Une des trois personnes ayant participé au tirage aléatoire remet une enveloppe à Mr Z., puis une enveloppe à Mr D., assistant du cobaye, qui contiennent chacune une copie identique du tirage effectué. Il retourne s'enfermer.
  • Mr Z. met l'enveloppe dans la poche arrière de son pantalon et s'isole avec ses deux assesseurs dans une pièce séparée de celle de l'expérience par une cloison. Mr D., assistant du cobaye, décachette son enveloppe : l'expérience peut commencer.

d. Expérience

  • L'assesseur "B" tape un coup unique sur la cloison qui sépare Mr Z. et son équipe du cobaye et de son assistant. Puis chronomètre 10 secondes, temps nécessaire à la mise en place du cobaye.
  • Dès qu'il entend le signal, l'assistant, Mr D., indique par geste au cobaye, Mlle C., si elle doit se placer contre le paravent ou pas. Le pouce levé correspond à un "1" sur la feuille du pré-tirage et à l'installation de Mlle C. contre le paravent. Un zéro dessiné par le pouce et l'index correspond à un "0" sur la feuille et Mlle C. se positionne hors du paravent, à plus d'un mètre. Sur une feuille indépendante, Mlle C. note ce qui lui a été indiqué avant de s'installer, pour vérification ultérieure.
  • Mr Z. et ses deux assesseurs se présentent devant le paravent. Le temps qui permet à Mr Z. de tester l'existence du signal n'est pas limité. Quand il considère qu'il a pu déterminer la présence ou pas du cobaye, Mr Z. retourne dans sa pièce suivi de Mrs A. et B.
  • Mr B. tape un coup pour la cloison, ce qui a pour effet de lancer l'installation suivante. Le magnétiseur indique par geste (pouce-levé = 1 = présence, zéro-avec-le-pouce-et-l'index = 0 = absence) ce qu'il a pu déterminer. Indépendamment l'un de l'autre, les assesseurs notent ce qui leur a été indiqué.
  • Les deux dernières étapes répétées jusqu’à l’obtention de 100 essais.

e. Vérification des données

  • On vérifie d’abord que le pré-tirage en possession de l'assistant correspond bien aux mises en place indiquées par le cobaye. Dans ce protocole, deux essais seront invalidés.
  • On vérifie ensuite que les comptages des deux assesseurs ne présentent pas de différence.
  • Le testé décachette l’enveloppe qui se trouvait dans sa poche. On vérifie alors que le pré-tirage en possession du testé est bien le même que celui qui est en possession de l'assistant

f. Analyse des résultats

  • On supprime les enregistrements conflictuels de toutes les fiches. Dans la mise en place de ce protocole, deux essais seront invalidés, à cause d’un conflit entre le pré-tirage de l’assistant et les indications portées sur la feuille du cobaye.
  • On compare les résultats du tirage aléatoire et les indications notées par les deux assesseurs.
  • Nombre d’essais validés : 98. On calcule le nouveau nombre minimum d’essais qui doivent être réussis pour que l’expérience soit considérée comme un succès (en langage scientifique, on parlera de résultat statistiquement significatif), selon le principe suivant :

    N = 98 (nombre de tests validés)
    p = 0,5 (probabilité de succès pour chaque essai)

    La fourchette dans laquelle 99% des essais seront situés sera centrée autour de M = Np (nombre de résultats attendu en moyenne) plus ou moins un intervalle I qui est donné par la formule suivante :
    I = 3*sqrt(N*p*(1-p))
    NB : sqrt désigne la racine carrée

    Avec N = 98 et p = 0,5 on obtient
    I = 14,85
    M = 49

    La nouvelle fourchette est donc : 34,15 49 63,85

    On s’attend donc à un nombre d’essais réussis supérieur ou égal à 64 pour parler de résultat statistiquement significatif dans le cadre de cette expérience.

Résultats finaux :

Essais validés : 98
Nombre d’essais réussis : 55
Nombre d’essais échoués : 43

Le résultat de l’expérience n’est statistiquement pas significatif : c’est un échec.

Conclusion

Il aura fallu près d’un an pour que, du premier contact au protocole final, cette expérience soit menée à son terme. A l’issu de celle-ci, la satisfaction d’avoir déroulé un protocole complet est teintée de tristesse. Son résultat s’inscrit pourtant dans une succession d’expériences qui, depuis le 18ème siècle, n’ont jamais donné de résultat positif. Impossible, donc, de parler de surprise pour ce qui nous concerne. Mais Mr Z. pratique sérieusement, et avec passion, une activité dont aucun de ses patients ne semble se plaindre. La surprise vient donc, chez lui, s’ajouter à la déception. Et parce que nos relations ont été cordiales, loyales, et toujours empreintes d’un grand respect mutuel, nous nous associons du fond du cœur au sentiment qui est le sien.

Quand on additionne les kilomètres parcourus, les heures passées à nous faire partager sa pratique et sa façon de l’appréhender, la ferme volonté de comprendre sur quoi sa « perception » est réellement basée, la persévérance malgré un pré-test négatif - et, déjà, de multiples interrogations -, et que l’on associe tout cela à une honnêteté sans faille, on se dit que, vraiment, le courage est de son côté.

 

Dans un e-mail daté du 18 mai 2004, le professeur Henri Broch de l’Université de Nice, principal promoteur de la zététique en France, partage notre sentiment et écrit : « Pour votre test du magnétiseur, je suis désolé pour lui... ».

 

Pour plus d'informations et de détails relatifs à ce protocole (schémas, photographies, etc.), vous pouvez accéder au rapport complet qui se trouve sur notre site web : http://www.zetetique.fr.


Nicolas Vivant.



SOURCES ET RESSOURCES :
les dictionnaires en ligne


 

Parce qu'en zététique, comme en science, il est important de bien définir les notions abordées dans tout échange ou publication, nous faisons une utilisation régulière et poussée des dictionnaires et autres ressources linguistiques en ligne. Voici les adresses qui sont les notres quand il s'agit de s'entendre sur la signification à donner aux mots.

  • TRESOR DE LA LANGUE FRANCAISE INFORMATISEE (http://atilf.atilf.fr/)
    Un dictionnaire de la langue française très complet, interactif, précis... et sans contenu commercial. Le must du dictionnaire francophone. Indispensable dans tout signet qui se respecte.
  • BABELFISH TRANSLATION (http://world.altavista.com/)
    Un des plus anciens outils de traduction en ligne, et probablement un des meilleurs. Texte seul ou page web, c'est l'adresse qui vous sauve la vie quand vous voulez comprendre le sens général d'un texte étranger.
  • LE DICTIONNAIRE SCEPTIQUE (http://www.sceptiques.qc.ca/SD/sdmain.html)
    Traduction en français du célèbre SKEPDIC, le Dictionnaire Sceptique, maintenu par l'association "Les Sceptiques du Québec", vous permettra d'appréhender des notions aussi mystèrieuses que "l'alphabiotique", "le lyssenkisme" ou "les crânes de crystal" !
  • DICTIONNAIRE DES SYNONYMES (Université de Caen)
    ...où l'on apprend qu'"équivalent" est synonyme de "synonyme".
  • ENCYCLOPEDIE WIKIPEDIA (http://fr.wikipedia.org)
    Projet d'encyclopédie gratuite, écrite coopérativement et dont le contenu est librement réutilisable. La qualité des définitions est pour l'instant inégale, mais l'OZ adhère pleinement à l'idée.

 


AGENDA


 

  • Festival des Petits Débrouillards
    Samedi 19 Juin
    de 14 h à 18 h
    Place Victor Hugo
    Grenoble

  • Notre prochaine réunion mensuelle aura lieu au café-restaurant "La Cornemuse" à Grenoble le lundi 5 juillet 2004 de 19h à 23h. La première heure de chaque réunion mensuelle est publique et donne lieu à une présentation sur un sujet particulier.

    Réunion Mensuelle de l'OZ
    Café-Restaurant "La Cornemuse"
    31, rue Mortillet
    38000 - Grenoble

  • Le 15 octobre 2004, à Oyonnax, dans le cadre de la Fête de la Science 2004

    Conférence animée par l'OZ
    Le paranormal face à la science : inexplicable ou inexpliqué ?

    Bibliothèque municipale secteur adultes (salle de lecture)
    Entrée libre, dans la limite des places disponibles
    Organisée par la bibliothèque adultes à l'occasion de la Fête de la Science

  • Du 8 au 10 octobre 2004, le 5ème Congrès Mondial des Sceptiques se déroulera à Venise. Préparez votre voyage dès aujourd'hui !

    5ème Congrès Mondial des Sceptiques
    Congress Theatre
    "Pietro d'Abano"
    Abano Terme
    (Padua - Venice)
    ITALY
    Plus d'infos: http://www.cicap.org/congress/

 


LES NOUVEAUTÉS DU SITE WEB


 

Depuis notre dernière newsletter, une expérience sur le magnétisme (version détaillée du dossier) et une traduction d'un article de la NASA (explication de l'"OVNI d'Apollo 16") ont été ajoutées sur le site. L'agenda est à jour.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Richard Monvoisin et Nicolas Vivant.

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Mise à jour le Mercredi, 09 Septembre 2009 20:11