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POZ n°52 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'équipe de rédaction   
Mardi, 13 Octobre 2009 13:13

SOMMAIRE


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ÉDITO



« [...] mon ambition ? [...] celle d'établir, de consacrer enfin l'empire de la raison et le plein exercice, l'entière jouissance de toutes les facultés humaines ! » Napoléon Bonaparte, cité par Emmanuel de Las Cases, « Le Mémorial de Sainte-Hélène ».

 

Tu le sais, ami lecteur, le zététicien vigilant est toujours désireux, dans sa vie quotidienne, de jouir entièrement de ses facultés et d'exercer l'empire de sa raison. Aussi est-il à l'affût des expériences mettant à l'épreuve son esprit critique. En ce qui me concerne, tu le sais aussi (et c'est un autre point commun avec Napoléon Bonaparte), j'ai une prédilection pour les voyages en transports en commun, où je n'ai rien de mieux à faire que d'observer autour de moi les manifestations d'extraordinaire.

Ainsi ai-je pu il y a quelque temps mettre en évidence un défaut de perception marrant alors que, observant le chantier de Lyon Confluence à partir du bus de la ligne 63 qui passe de l'autre côté de la Saône, je demandais à autrui d'évaluer en un clin d'oeil le nombre de grues en vue. La plupart du temps les gens répondaient « Holà là, y'en a plein, mettons douze ». Et en fait il y en avait vingt-trois. C'est rigolo, non ? Plein de grues, c'est douze, parce que vingt-trois, ce serait vraiment trop. J'ai réalisé cette expérience édifiante sur un échantillon représentatif de deux collègues et de moi-même, c'est dire si c'est scientifique !

Las ! Suite à un éboulement, le 63 est dévié et je ne peux plus collecter des données. Mes transports étaient donc tristement dépourvus d'extraordinaire, jusqu'à ce matin gris de septembre où, à ma station de métro, je découvris avec émerveillement, comme l'année dernière, l'affiche promotionnelle d'un spectacle à venir. Comme j'y découvris matière à critiquer, je l'enregistrai mentalement (en format jpeg). La voici, regarde-la bien.

Je devine ton émerveillement. Mazette, un spectacle de danseurs unijambistes ! Ça n'est pas commun ! Comme ce doit être intéressant et original ! Je vais de ce pas commander mon billet pour ce « pur moment de bonheur », comme c'est écrit dessus. Puis tu réfléchis et tu te demandes comment il est possible de trouver autant d'unijambistes danseurs pour un spectacle. Uniquement la jambe gauche, qui plus est. Il y a du louche là-dessous, flaires-tu. Une histoire de gros sous. Peut-être du trafic de handicapés. Ou, qui sait, un imprésario sanguinaire qui coupe la jambe des danseurs par goût du lucre.

Tu n'y es pas. Tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate. Regarde mieux. Regarde le groupe de quatre danseurs à droite. Puis les quatre suivants en allant vers le milieu. Hé oui, ce sont les mêmes ! Nous avons mis le doigt sur la vérité toute nue, cachée par les paillettes : c'est une compagnie de clones. L'imprésario sans scrupules maîtrise donc le clonage humain. Serait-ce Raël ? Mais alors, faut-il admettre que l'unijambisme soit transmissible par clonage ? Peut-être sont-ils issus d'une source présentant une maladie orpheline d'absence de la jambe gauche ?

Étant donné le caractère artistique de leur métier, l'hypothèse que je juge la plus probable est que Sarah Bernhardt, la comédienne française internationalement connue aux alentours de 1900, serait à l'origine de cette troupe de danseurs. Voilà qui jette un jour nouveau sur la vie de l'actrice. Et qui prouve, au passage, que contrairement à ce que les gazettes de l'époque prétendaient, elle n'a pas été amputée de la jambe droite mais ne possédait pas de jambe gauche. J'en conclus donc que les raëliens ont entrepris, probablement pour gagner quelqu'argent, de cloner les descendants de Sarah Bernhardt et de leur faire monter un spectacle de danse à gros budget.

Encore un dossier du mystère clos par l'enquête rigoureuse d'un zététicien ! Encore une démonstration, en quelques étapes bien menées, de la puissance de la méthode d'investigation de la zététique. Quelle acuité de regard et de réflexion, quel terrifiant pouvoir cela donne au zététicien ! Dans le bulletin que tu t'apprêtes à lire avec profit, tu trouveras, ami lecteur, de quoi acquérir toi aussi une partie de ce pouvoir. Fais-en bon usage !

Stanislas Antczak
Éditorialiste au pays des merveilles

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

L'art d'accommoder le mot « quantique » à toutes les sauces

Le samedi 3 octobre 2009, lors du colloque « Médecines parallèles et risques sectaires » organisé par le GEMPPI (Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de a prévention de l'individu), Richard Monvoisin est intervenu pour parler des mésusages et dérives du mot « quantique » dans les thérapies dites alternatives.

Dans son exposé qui n'était évidemment pas un cours de mécanique quantique, Richard a pointé différents usages abusifs et/ou erronés du vocabulaire et des concepts de cette discipline scientifique souvent mal vulgarisée. Pour expliciter clairement les mauvaises utilisations, il est  revenu sur certains principes de mécanique quantique pas toujours simples à expliquer : la définition d'un quantum d'énergie, la formule E=Mc2, la dualité onde-corpuscule, le principe d'incertitude d'Heisenberg (que l'on aurait dû plus justement appeler « relation d'indétermination »), le célèbre chat de Schrödinger qui serait à la fois mort et vivant et l'intrication quantique. Il a ainsi pu mettre en évidence, à l'aide d'analogies simples, l'erreur courante qui consiste à transposer à l'échelle macroscopique (nous !) des propriétés qui ne sont valables qu'à l'échelle de l'atome et des électrons. Illustrant ses propos de vidéos, Richard a montré les détournements idéologiques qui accompagnent souvent ces dérives de la mécanique quantique.

Le grand amphithéâtre de l'Hôpital de la Timone était bondé et le public semble avoir apprécié la dimension pédagogique de l'exposé. L'objectif d'éveiller la vigilance face à l'utilisation du mot « quantique » dans les thérapies est visiblement atteint. Nous sommes nombreux à attendre maintenant la publication d'un dossier plus complet sur le sujet.

Géraldine Fabre


Dix jours de zététique durant la Fête de la science

Cette année encore, l'Observatoire zététique participera à la Fête de la Science. Destiné au grand public, cet événement national est toujours pour nous un moment privilégié de rencontres et d'échanges. Ce temps fort de notre activité associative nous permet de remplir une des missions que nous nous sommes fixées : vulgariser la démarche scientifique et promouvoir les outils d'analyse critique de la zététique et du scepticisme.

Depuis plusieurs années maintenant, l'OZ encadre un atelier du CIES (Centre d'initiation à l'enseignement supérieur) dans lequel des moniteurs-doctorants sont chargés de concevoir des animations pédagogiques favorisant le développement de l'esprit critique. Avec les membres de l'OZ, ils animent ensuite le stand zététique du village des Sciences de Grenoble. L'objectif est de les placer dans une situation pédagogique différente de celles qu'ils connaissent, face à un public de non-spécialistes pour lequel ils doivent adapter leur discours. Les contraintes de temps et d'espace obligent à une évidente humilité dans les messages que nous voulons faire passer. Nous nous attachons donc surtout à expliciter la démarche scientifique que l'on doit adopter pour étudier des phénomènes étranges et à présenter les biais de raisonnement courants et certains outils critiques utiles au quotidien.

Au fil des ans, notre matériel pédagogique s'est étoffé et nos animations sont maintenant bien rodées. C'est peut-être pour cela que, très motivés et sollicités, nous avons accepté d'être présents, lors de cette Fête de la science, dans trois villes : à Grenoble, au Bourget-du-Lac et à Lyon (voir l'agenda plus loin). Nous nous sommes donc organisé un véritable marathon de zététique, avec dix journées bien remplies, du 12 au 22 novembre 2009 (petite relâche le 16 novembre). Nous ferons le bilan de l'opération dans notre newsletter de décembre.

Géraldine Fabre

 

L'OZ et les médias

La chaîne Direct8 (TNT) vous propose mercredi 14 octobre 2009 une « Grande soirée du paranormal » sur le thème de la réincarnation. Parmi les invités, figurent entre autres :

  • Odon Vallet, le spécialiste de l'histoire des religions à la neutralité helvétique
  • Patrice van Eersel, rédacteur chef de Nouvelles Clés, souffrant d'une extinction de voix,
  • Jean-Francis Crolard, auteur de livres dont les titres feraient frissonner les antennes de n'importe quel zététicien
  • Véronique Jannot, car elle est bouddhiste et a donc forcément un avis sur la question.
  • Florent Martin de l'OZ qui passait par là voyant de la lumière.

En fait, l'OZ a été contacté sur recommandation d'Yves Lignon. Connaissant la teneur habituelle de ce genre de d'émission où la rhétorique et la démagogie sont souvent attisées par un animateur qui doit assurer le spectacle, nous avions une certaine réserve quant à l'intérêt d'une participation. Nos quelques expériences médiatiques précédentes nous avaient bien refroidis. Alors que faire ? Je partage avec vous certains éléments de la réflexion qui fut la nôtre.

Éléments à charge :

  • Les coupures au montage flattent souvent les commentaires des invités « people » et les répliques cinglantes, plutôt que les phrases compliquées qui font réfléchir.
  • Du rythme, du rythme, du rythme. Le sujet change toutes les cinq minutes !
  • Vous avez trois phrases pour vous faire comprendre. Après vous serez coupé, soit au montage, soit par l'animateur.
  • Le titre des invités est crucial. On voit ainsi des médecins invités pour leurs titres prestigieux, parler de sujets qu'ils ne connaissent pas...
  • Les « journalistes » qui vous contactent sont en fait des « rabatteurs » qui vous diront à peu près n'importe quoi pour vous convaincre de venir s'ils ont besoin de vous.
  • Vous serez prévenu au maximum 5 jours avant le tournage. Difficile donc de préparer quelque chose ou revoir un dossier.

Éléments à décharge :

  • Il est délicat d'accuser un programme d'être médiocre ou partisan si, lorsqu'on y est invité, on refuse d'y aller.
  • Y aller, c'est prendre la place de quelqu'un éventuellement pire que vous.
  • Certains formats d'émission sont plus propices que d'autres.
  • Parler dans le mégaphone que représente la télé, c'est toucher beaucoup de monde d'un coup.

Et c'est avec l'ardeur du pompier qui va au feu que je suis parti au casse-pipe. Vous pourrez juger par vous-même mercredi 14 octobre à 22h30.

 

De gauche à droite : Jean-Francis Crolard, Véronique Jannot, Florent Martin. Crédits : ©meriadeck/direct8

Florent Martin


Début du cycle de conférences à Antigone

L'OZ démarre ce mois-ci un cycle de conférences mensuelles à la bibliothèque de l'association Antigone. Consacré principalement aux médecines dites alternatives, il est intitulé : « Les 7 Z, sept présentations zététiques : venez dynamiter les idées reçues ». (voir l'agenda).

Richard Monvoisin, à l'initiative de ce projet, et Franck Villard entament ce cycle, le 21 octobre 2009, avec un thème servi à toutes les sauces : le bien-être. Entre vraie prise en charge et aliénation mentale, démarche douce et marketing agressif, alternative politique et repli égoïste sur soi, ils essaieront de faire le tri.

Lors de la deuxième conférence, le 18 novembre, Nicolas Gaillard parlera des théories de Bettelheim sur l'autisme. En décembre, il sera question de psychogénéalogie, en janvier des faux souvenirs, en février des vaccins et en mars de l'homéopathie. Au mois d'avril, pour conclure, nous parlerons des méthodes d'évaluation des thérapies afin de comprendre pourquoi et comment choisir en connaissance de cause.


 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Justice : la Scientologie échappe à la dissolution

Le 25 mai dernier s’ouvrait devant la 12e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris le procès de l’Église de Scientologie. Un procès que l’on disait « à haut risque » pour l’organisation. Le Parquet avait en effet requis dans cette affaire la dissolution des deux principales structures scientologues françaises pour « escroquerie en bande organisée ». Mais le 14 septembre 2009, coup de théâtre : dans un communiqué de l’Agence France Presse (AFP), la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) déclarait qu’une modification du Code pénal empêchait désormais un magistrat de dissoudre une secte pour escroquerie. Une loi votée en toute discrétion le 12 mai 2009, soit moins d’un mois avant l’ouverture du procès [1], et à l’insu même de la MIVILUDES qui affirmait avoir « découvert avec consternation la suppression de la peine de dissolution d'une personne morale en matière d'escroquerie, votée […] dans le cadre d'une loi de simplification du droit ». Une loi sur mesure pour la Scientologie ? Une « erreur matérielle » selon la Ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, qui promet qu’ « elle sera corrigée dès que possible ». Mais pour l’affaire en cours, il est de toute façon trop tard, et la Scientologie, par cet heureux coup du sort, sauve sa tête : « même en cas d'appel, après un éventuel rétablissement de la disposition, elle ne pourra pas non plus être appliquée, une loi qui durcit le droit ne pouvant être rétroactive [2] ».

En zététique, on considère que le bizarre est probable. Pourtant, lorsqu’il est question de scientologie et de justice, les coïncidences sont pour le moins troublantes. Déjà dans les années 90, lors d’une précédente affaire de justice concernant la Scientologie, une partie des dossiers d’instruction avait mystérieusement disparu [3]. Trois ans et demi d’instruction volatilisés. Étrange. Surtout lorsque l’on sait qu’une procédure qui n’est pas instruite durant trois années consécutives entraîne la prescription et donc la fin des poursuites. Bizarre aussi, le fait qu’à l’époque, la juge d’instruction en charge de l’affaire n’avait, contrairement à l’obligation légale, conservé aucune copie du dossier.

Pour Arnaud Palisson [4], spécialiste de la Scientologie, ce nouvel épisode judiciaire ne peut être la conséquence d’une simple « erreur » : « Le seul délit grave pour lequel on a modifié la loi, c’est l’escroquerie, et c’est précisément de quoi la Scientologie est accusée. Difficile de croire au hasard [5] ».

Verdict attendu le 27 octobre prochain.

Franck Villard


Notes :

[1] Pour en savoir plus, lire l’article de Xavier Martin-Dupont, sur Prevensectes.com, « Chronique d'une non dissolution annoncée ».

[2] Scientologie : Alliot-Marie reconnaît une « erreur matérielle », Le Monde.fr, 15/09/09.

[3] Voir le documentaire de W9 : « Scientologie : le mystère des dossiers disparus ».

[4] Arnaud Palisson est un ancien officier des Renseignements généraux au service « Cultes et sectes ». Spécialiste du droit, il publie en 2002 une thèse universitaire de Droit pénal sur la Scientologie. Un excellent travail qui lui vaudra les félicitations du jury, et une éviction des RG. Lire à ce sujet : « Scientologie : Depuis 2002, l'État baisse la garde », selon un ex-officier des RG (VSD, 21 février 2008). Sa thèse fera l’objet d’un livre : Grande Enquête sur la Scientologie. Une secte hors la loi, Éditions Favre, 2003.

[5] Ron Hubbard à l’Assemblée, Charlie Hebdo, n°901, 23 septembre 2009.

 

Le colloque du GEMPPI

Le samedi 3 octobre 2009, le GEMPPI (Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l'individu) organisait son colloque national annuel à l'Hôpital de la Timone (Marseille). Le thème choisi pour cette édition était « Médecines parallèles et risques sectaires ». Les intervenants annoncés, notamment Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et Marcel Rufo, le célèbre pédopsychiatre, chef de service de l’unité d’adolescents « Espace Arthur » à Marseille, expliquent certainement le remplissage impressionnant du grand amphithéâtre de l'Hôpital et la couverture médiatique de l'événement. De ce point de vue, la journée fut un succès ; concernant les contenus et les échanges, les avis sont beaucoup plus mitigés.

Membres du Cercle zététique Languedoc-Rousillon, de l'Association Marseille Zététique, de l'OZ ou autres, nous étions une bonne vingtaine de sceptiques sur les bancs de l'amphi. Le plaisir de se retrouver, malgré la fatigue de la route, a dissipé un peu la déception d'apprendre que Georges Fenech serait remplacé par sa collègue Françoise Chalmeau, conseillère du secteur Santé de la Miviludes.

Pour introduire cette journée, Madame Chalmeau a fait un succinct état des lieux du recours aux médecines dites alternatives en France, soulignant l'« explosion de l'offre » et les difficultés de s'y retrouver pour les patients. Elle a également évoqué les dangers que peuvent cacher des thérapies qui ne seraient que des « façades ». Dans ses propos assez généralistes et parfois complaisants notamment sur la psychanalyse, mais en adéquation avec le thème de la journée comme l'a souligné Brigitte Axelrad, certains d'entre nous ont trouvé intéressante sa classification des thérapies suivant leurs promesses : soins et guérisons (par exemple la nouvelle médecine germanique) ; prévention et hygiène (instinctothérapie, kinésiologie, etc.) ; spiritualité (reiki, etc.). Personnellement, j'ai apprécié de l'entendre dire que la protection contre les dérives sectaires passe d'abord par la prévention. Elle a, à ce sujet, insisté sur la nécessité de donner aux patients des informations leur permettant de faire leurs choix en connaissance de cause. Cette position rejoint le travail d'analyse critique des médecines dites alternatives que nous faisons à l'OZ. Denis Caroti et Roger Gonnet ont, de leurs côtés, relevé l'annonce de la création par la Direction générale de la Santé d'un groupe d’appui technique ayant pour mission de recenser les pratiques thérapeutiques non conventionnelles (environ 300 pour l’instant). Denis a cependant regretté le flou laissé autour de la validation des thérapies et de la reconnaissance des thérapeutes. Cette question est pourtant au cœur des préoccupations des patients.

Le deuxième intervenant était le philosophe Pierre Le Coz, vice-président du Comité National d’Ethique. Son exposé nous a semblé unanimement décalé par rapport aux problématiques concrètes que le colloque aurait dû traiter. L'aspect sociologique du phénomène sectaire n'a  été abordé que par l'ancienne (et dépassée) typologie églises-sectes d'Ernst Troeltsch proposée au début du XXe siècle.

Marcel Rufo était le dernier intervenant de la matinée, celui pour lequel, visiblement, les journalistes s'étaient déplacés. Son exposé très attendu a été extrêmement décevant tant sur la forme que sur le fond. Dans un monologue improvisé, il nous a simplement raconté une série d'anecdotes personnelles et de souvenirs de vacances, la plupart du temps sans lien avec le sujet du colloque. La progression de son raisonnement était très difficile à suivre mais quelques-unes de ses déclarations nous ont tous désagréablement surpris. Le Professeur Rufo s'est par exemple prononcé en faveur d'un diplôme universitaire de médecines alternatives, sans préciser auxquelles de ces médecines il faisait référence (toutes ?) ni sur quels critères il les retenait. Il a également à plusieurs reprises insisté sur la vulnérabilité des personnes qui tombent dans les dérives sectaires. Comme a essayé de le lui rappeler Franck Villard, c'est une erreur dangereuse que de croire que seules les personnes vulnérables ou fragiles sont les victimes de sectes ou de dérives sectaires. Bien souvent, au contraire, c'est l'entrée dans le mouvement qui fragilise l'individu. En réalité, nous sommes tous manipulables et donc tous de potentielles victimes (comme le rappelait le professeur de psychologie Jean-Léon Beauvois dans son intervention en mars 2007). Bref, si Marcel Rufo a des compétences médicales indéniables pour soigner les anorexiques, en ce qui concerne la lutte contre les dérives sectaires dans les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, sa réflexion ne semble pas très avancée. Finalement, comme Brigitte, je me pose la question : « avait-il sa place dans ce colloque ? », surtout avec l'aura médiatique dont il jouit.

Dans l'après-midi, après l'exposé rafraîchissant de Richard sur les mésusages du mot « quantique » dans les thérapies dites alternatives (voir notre article plus haut), Didier Pachoud, président du GEMPPI, a fait le bilan de la première année d'utilisation de la charte des praticiens et acteurs du corps et de l’esprit. Mise en place l'année dernière, cette charte de déontologie devait s'accompagner d'un enregistrement auprès du GEMPPI en vue de la constitution d'un registre des praticiens et acteurs du corps et de l’esprit.

Au bout d'un an, sur les 500 praticiens contactés, toutes thérapies confondues, le GEMPPI n'a enregistré que vingt signataires pratiquant l'acupuncture, l'art-thérapie, l'EMDR, la sophrologie, la PNL, le Yoga... Les craintes d'entrisme exprimées à la création de la charte ne se sont donc pas vérifiées. Quelques détournements de la charte ont tout de même été constatés. La conclusion de Didier Pachoud est donc que :« Ceux qui ne sont pas clairs ne veulent pas être transparents ». Nuançant son propos, il a ensuite admis que les raisons de non signature de la charte pouvaient être nombreuses.

Aujourd'hui, le GEMPPI s'est lancé dans la création d'un centre de soins laïc devant servir d'exemple de ce qui est faisable sans excès. L'association Santé et Harmonie dirigée par Élisabeth Munro a ainsi pris en charge l'animation l'ECBD13, Espace culture bien-être et développement. Cette association propose « aux particuliers et aux familles, en collectif ou en individuel, des pratiques de mieux-être relativisées et laïcisées le cas échéant. Sa démarche s’inscrit dans les domaines de l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et du vieillissement, pour redynamiser des processus de développement interrompus par la crise ou la pathologie ; intervenir aussi en soutien dans les grands moments de l’existence, de la naissance aux souffrances de la fin de la vie et tout au long du processus d’évolution de l’individu, du couple ou de la famille. » Le GEMPPI qui fait partie du conseil d'administration de l'association, fera dans un an le bilan de cette initiative.

Les interventions de la journée ont toutes été filmées. Elles devraient être disponibles prochainement sur le site du GEMPPI.

Géraldine Fabre
Merci à Brigitte Axelrad, Denis Caroti et Roger Gonnet pour leur aide.


Palmarès 2009 des Prix IgNobel

Créés en 1991 par Marc Abrahams, rédacteur en chef du Jounal of Irreproductible Results (Journal des résultats impossibles à reproduire), les prix IgNobel sont décernés chaque année à des scientifiques dont les recherches « ne peuvent pas ou ne devraient jamais être reproduites ». La 19e cérémonie de récompenses s'est déroulée le 1er octobre dans le prestigieux Sanders Theater de l'Université d'Harvard aux États-Unis. Dans une ambiance très festive, le palmarès 2009 a récompensé des travaux toujours rigoureux dans leur forme mais parfois surprenants dans leurs applications. Ainsi, le prix IgNobel de Médecine vétérinaire, a été remis à Catherine Douglas et Peter Rowlinson de l'Université de Newcastle, qui ont démontré que les vaches à qui l'on a donné un prénom produisent plus de lait que les autres. Javier Morales, Miguel Apátiga et Victor M. Castaño de la Universidad Nacional Autónoma de México ont reçu le prix IgNobel de chimie pour avoir créé des diamants à partir de tequila. Le prix IgNobel de physique a été attribué à Katherine K. Whitcome de l'Université de Cincinnati, Daniel E. Lieberman de l'Université Harvard et Liza J. Shapiro de l'Université du Texas, pour leur analyse du non-basculement des femmes enceintes. Le prix IgNobel de médecine a été décerné à Donald L. Unger, de Thousand Oaks, qui a fait craquer les doigts de sa main gauche tous les jours pendant plus de soixante ans pour arriver à démontrer, par comparaison avec sa main droite, que ce geste peut provoquer de l'arthrite. Enfin, les services de police irlandais ont reçu le prix IgNobel de littérature pour avoir donné plus d'une cinquantaine de contraventions à  un pauvre Prawo Jazdy, sans comprendre que cela signifie en polonais « Permis de conduire ».

Le palmarès complet et les vidéos de la cérémonie sont disponibles sur le site improbable.com.

Lucie Faivre

 

 


 

En bref

 

L'acupuncteur n'utilisait pas des aiguilles à usage unique

1262 patients ou anciens patients d'un acupuncteur d'Antibes ont reçu à la rentrée un courrier de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) des Alpes-Maritimes leur conseillant de se soumettre à un test de dépistage des virus du sida et de l'hépatite. En effet, suite à la plainte d'une patiente, une enquête sanitaire a révélé que sans pour autant enfreindre la loi, l'acupuncteur ne se conformait pas aux recommandations du Ministère de la Santé et des sociétés d'acupuncture en matière de stérilisation qui préconisent l'utilisation d'aiguilles à usage unique. L'acupuncteur qui réutilisait les mêmes aiguilles, après stérilisation, faisait donc courir à ses patients un risque très faible mais non nul de contamination. Les autorités sanitaires départementales n'ont pour l'instant pas d'information sur le résultat des dépistages.

 


 

Le Bazar du bizarre

 

Double tirage du loto en Bulgarie

La probabilité pour qu'une combinaison de six numéros sorte deux fois de suite au loto est très faible mais elle n'est pas nulle ! La preuve, : en Bulgarie, la même combinaison est sortie deux fois de suite lors des tirages du loto national, les 6 et 10 septembre 2009 : 4, 15, 23, 24, 35 et 42 (mais dans un ordre différent). Cette coïncidence, tellement improbable qu'elle nous semble impossible a éveillé les soupçons au point que le Ministre des Sports bulgare Svilen Neïkov a demandé une enquête. La vice-présidente de la loterie bulgare, Maria Yaneva, a de son côté exclu toute possibilité de tricherie, le tirage étant filmé en direct. (Source : dépêche AFP du 19.09.09, Casse-tête sur le tirage des mêmes chiffres à la loterie bulgare)

 

Superstitions numérologiques

Le numérologue Philippe Vos l'avait prédit : il ne s'est rien passé de bon le 09/09/09. La journée ne pouvait être que pourrie à cause de cette « rétrogradation de Mercure qui a commencé le 7 et durera jusqu'au 30 septembre ». Et saviez-vous que le chiffre 9 représente la maladie ? « Cela ne m'étonne pas qu'il sorte en pleine grippe A(H1N1) » renchérit le numérologue. Mais rassurez-vous, il nous prédit plein de bonnes choses pour le 10 octobre 2010. Courage, les superstitions numérologiques devraient titiller les journalistes encore trois ans, au moins jusqu'au 12/12/2012, après on sera plus tranquille... De toute façon, la fin du monde est pour le 21 décembre 2012. (Source : La dépêche, N'attendez pas de miracle du 09/09/09, le 09/09/09)

 

Miyuki mange le soleil

Miyuki Hatoyama, la femme du nouveau premier Ministre japonais, a vécu des expériences étranges qu'elle a racontées dans un livre Les choses très curieuses qui me sont arrivées (Very strange things I've encountered). Elle affirme par exemple avoir été emmenée sur Vénus par un vaisseau extraterrestre durant son sommeil. À son réveil, elle aurait raconté son aventure à son ex-mari qui lui aurait dit que ce n'était qu'un rêve. Son mari actuel, le nouveau premier Ministre japonais, aurait eu, selon elle, une toute autre réaction : « Mon mari actuel a une tout autre façon de penser. Il m'aurait sûrement dit : Oh, c'est super ! » (« My current husband has a different way of thinking. He would surely say "Oh, that's great". »). Bon, il faut dire aussi que lui-même est surnommé The Alien à cause de ses gros yeux. Et pour le petit-déjeuner, vous reprendrez bien un peu de soleil ? (Source : Le Figaro, Japon : la nouvelle première dame « mange le soleil », 15.09.09)

 

De la superstition en bouteille

Rendez-vous compte : en 2009, nous aurons vécu trois vendredis 13. L'événement est suffisamment rare et étrange pour que The Isle of Jura Distillery en profite pour mettre à l'honneur son whisky single malt baptisé Superstition. Parallèlement, la distillerie recherche la personne la plus superstitieuse (qui n'est pas forcément la personne qui a le plus de superstitions). Le lauréat recevra une sélection des six meilleurs whiskys de la distillerie. À consommer avec modération et sous une échelle. (Source : www.isleofjura.com)


Enquête :
Une clé testée en vain


 

Cet article présente le résultat d'une enquête réalisée par Nicolas Gauvrit. Il est paru le 8 octobre 2009 sur le site de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS). Merci à Nicolas de nous permettre de le reproduire ici.

 

Il y a peu paraissait sur notre site un article relatant une expérience réalisée par l’Observatoire Zététique autour de la clé du vin. [1] Cet ustensile métallique fut inventé par Franck Thomas (sommelier) et Lorenzo Zanon. Le procédé est breveté, notamment au Canada, aux États-Unis et en Europe [2], et a remporté une médaille au concours Lépine [3], ce qui ne préjuge pas de sa qualité. Le brevet n’est que l’enregistrement d’un nouveau procédé, et ne fournit aucune garantie d’efficacité. Quant au concours Lépine, il récompense l’invention telle qu’elle est présentée, sans vérifier la réalité des allégations. Il est d’ailleurs bien compréhensible que la caution de Franck Thomas, sommelier prestigieux, constitue une garantie suffisante pour le jury du concours Lépine.

Le brevet précise que la pastille en alliage de cuivre, argent et or incrustée dans la clé du vin est l’élément principal de ce « dispositif de vieillissement accéléré d’un vin », ce qui permet à tout un chacun de savoir, en quelques secondes, si telle bouteille sera buvable dans 1 an, 5 ans ou 10 ans.

Pour qu’un tel outil ait le moindre intérêt, il va sans dire qu’il doit avoir un effet détectable sur le goût du vin, ce qu’affirment bien naturellement les sites mettant le produit en vente que nous avons consultés, ainsi que la notice explicative. Cette clé du vin n’est pas un outil réservé à l’expert, et plusieurs sites affirment qu’elle a un grand intérêt pour l’amateur également. L’Observatoire Zététique a donc organisé une expérience toute simple, qui consistait, pour des amateurs, à deviner parmi six verres de vin lequel avait été en contact avec la clé du vin. Les résultats de cette expérience furent décevants, puisqu’ils ne permettent pas de montrer le moindre changement détectable après dix secondes d’immersion… donc, si l’on en croit la notice, après 10 ans de vieillissement. La notice précise en effet que chaque seconde d’immersion correspond à une année de garde, qu’elle soit réalisée en une fois ou en plusieurs fois [4].

Des revendeurs nous ayant réaffirmé les qualités de l’objet, nous avons décidé de pousser un peu plus loin l’enquête, afin de vérifier les allégations véhiculées par les divers sites visités, ainsi que par Franck Thomas lui-même sur son site personnel, ou par la firme Peugeot-PSP (qui n’est pas le fabricant de voitures) fabriquant la clé du vin. Au cours de cette petite enquête, nous avons rencontré quelques points brumeux…

 

Des allégations variables

Lorsqu’on se penche sur le brevet, les choses sont parfaitement claires. La clé du vin met en œuvre un « dispositif de vieillissement accéléré d’un vin ». Ce procédé pourrait permettre, selon les inventeurs, de « démocratiser largement l’accès à la culture de l’œnologie », et d’offrir aux experts « comme au grand public », un « outil particulièrement efficace ».

Le brevet détaille même le processus chimique d’où découle ce vieillissement accéléré mais contrôlé du vin : la clé du vin fournit « un procédé d’oxydoréduction accéléré du vin d’une manière parfaitement maîtrisée afin d’en assurer un vieillissement organoleptique prédéterminé ». Or, « le vieillissement du vin résulte de la maîtrise de l’oxydoréduction du vin », ce qui se fait habituellement très lentement en cave, mais Franck Thomas et Lorenzo Zanon ont pu « obtenir le même effet de vieillissement – d’une manière accélérée ». Les derniers paragraphes du brevet précisent même que la clé du vin permettra à un amateur de boire son vin « à son apogée » sans attendre les années normalement nécessaires. Sur le site du fabricant, il est précisé que la clé fonctionne sur « tout type de vin », même pétillant, et que « chaque seconde de contact produit l’équivalent d’une année de vieillissement. ».

On peut donc ainsi résumer les allégations contenues dans le brevet et sur le site du fabricant : la clé du vin permet de vieillir le vin de manière accélérée grâce à un processus d’oxydoréduction. Le goût du vin est modifié par le contact de la clé de telle sorte qu’il prend en peu de temps le goût qu’il aurait des années plus tard, en comptant 1 seconde d’immersion pour une année de vieillissement. Elle est utile à tout amateur de vin, et fonctionne sur tout type de vin.

La notice que l’on trouve avec l’objet est un peu moins ambitieuse. On y lit que la clé du vin « ne remplace pas complètement le vieillissement naturel du vin : elle agit sur certains composants aromatiques (les esters, cétones, aldéhydes…) et gustatifs (tanin, acides). Ainsi, elle accélère le développement des senteurs du vin et assouplit sa structure. Les vins rouges verront leurs tanins s’adoucir. » Mais l’idée de fond reste.

Le site de Franck Thomas donne un son de cloche encore un peu plus modéré. Selon lui, la clé accélère l’oxydoréduction, mais ne vieillit pas le vin, car de nombreuses autres réactions sont à l’œuvre dans le vieillissement naturel du vin. Néanmoins, le site affirme que ce vieillissement partiel permet de déterminer le « potentiel de vieillissement ».

La clarté du brevet ne se retrouve pas sur les sites mettant l’outil en vente que nous avons consultés. Sur le site vinumaster, par exemple, de nombreuses périphrases peuvent suggérer que la clé permet le vieillissement accéléré du vin [5]. Par exemple, la clé du vin « accélère le développement aromatique du vin », permet de « savoir combien de temps garder un vin » en cave, ou de choisir « un vin qui va bien vieillir ». Mais on nous met également en garde : « Attention : la clé du vin ne vieillit pas le vin ! ». Étrange paradoxe.

 

Tests scientifiques

Le caractère plus ou moins « scientifique » supposé de la clé du vin varie notablement d’un site à l’autre. Les expressions ambiguës foisonnent. La clé du vin est qualifiée d’instrument de mesure scientifique sur plusieurs sites, et des tests sont invoqués. On lit par exemple sur sommelier-on-line que « ce produit a été testé avec succès sur une période de 10 ans ». Sur le site la cave à vin, une affirmation est encore plus étonnante : « De nombreux œnologues réputés se sont fait prendre avec un test à l’aveugle et du vin modifié par cette clé du vin. ». Il y aurait donc eu des expériences faites en aveugle ? Et finalement, la clé vieillirait vraiment le vin au point de tromper des experts ?

Cela a de quoi surprendre, puisque Franck Thomas lui-même, sur un forum, répondait aux internautes sceptiques en 2004 sans leur fournir le moindre exemple de test en aveugle, de même qu’aucune référence ne mentionne de réelle expérience contrôlée, que ce soit avant ou après 2004. Le procédé de la clé du vin, annoncé comme révolutionnaire et scientifique par certains médias, devrait en toute logique avoir fait l’objet d’une publication scientifique… mais les fouilles que nous avons effectuées sur les moteurs de recherches scientifiques ne permettent pas de trouver le moindre article sur le sujet… Ni d’ailleurs de chimiste du nom de Lorenzo Zanon, ce qui débouche sur un nouveau mystère. À défaut de pouvoir se fier à une publication, nous avons contacté un véritable expert de la chimie des aliments, en la personne d’Hervé This.

 

Hervé This guère convaincu

Hervé This est chercheur à l’INRA, membre de l’Équipe de Gastronomie Moléculaire. Parmi d’autres fonctions, il assume celle de directeur scientifique de la Fondation Science & Culture Alimentaire (Académie des sciences) et de conseiller scientifique de la revue Pour la Science. Le grand public le connaît pour son aptitude à transmettre sa passion de la chimie appliquée à la bonne chère.

Contacté par courriel, il nous a affirmé que les prétentions de la clé du vin n’étaient pas réalistes d’un point de vue strictement scientifique. En outre, il nous a appris avoir organisé dans son laboratoire, il y a quelques années, un « test triangulaire » de la clé du vin : « L’expérimentation consiste à soumettre plusieurs fois de suite trois gobelets, dont deux sont identiques, et le troisième différent [du point de vue de l’utilisation de la clé du vin] (tous anonymes, évidemment, et tirés au sort, notamment pour l’ordre de présentation des verres). On demande seulement aux membres du jury de dire quels verres sont les deux mêmes, et l’on impose le choix (en cas de doute, ils doivent choisir au hasard). […] La conclusion était que nous n’avions pas mesuré de différence. »


Un « chimiste réputé »

Le sommelier Franck Thomas possède un site personnel facile à trouver. Il a reçu de nombreuses distinctions qui permettent de soutenir qu’il est un « sommelier réputé ». En revanche, les informations concernant l’autre inventeur de la clé du vin, nommé tantôt Lorenzo Zanon, tantôt Laurent Zanon, sont plus délicates à obtenir, et surtout assez variables. Précisons tout de suite que Zanon n’est probablement pour rien dans cet état de fait, et qu’il est bien plus probable que cela résulte d’un effet de « téléphone arabe », où la surenchère des sites les uns sur les autres amènent des déformations là où il est plus difficile de revenir à la source (concernant Franck Thomas, on peut facilement vérifier sur son site).

Selon vinumaster, Zanon est « chimiste et œnologue, professeur de chimie et de biologie ». Sur sommelier-on-line, il est « œnologue/chimiste réputé ». Le plus dithyrambique des sites le qualifie d’œnologue, chimiste, pharmacien, biologiste et grand spécialiste du vin. A minima, ces qualificatifs semblent désigner Lorenzo Zanon (le nom figurant sur les dépôts de brevets) comme chimiste. Sur le site luxe-magazine, il n’est plus qu’œnologue et chimiste de formation. Curieusement, nous n’avons pu trouver aucune trace d’un chimiste du nom de L. Zanon dans les universités Françaises. Pas plus que la moindre publication scientifique, ce qui ne manquera pas d’étonner concernant un chimiste « réputé ».

Le plus sobre des sites que nous ayons consulté présente Zanon comme « œnologue ayant reçu une formation en chimie », ce qui est plausible car on retrouve la trace d’un L. Zanon comme étudiant il y a quelques décennies dans une université de province, où il aurait suivi un cursus pendant 5 ans.

Les recherches entreprises nous permettent de conclure que Lorenzo Zanon n’est certainement pas chimiste, bien qu’il ait probablement suivi une formation vinicole comportant, entre autres choses, des cours de chimie. Il semble qu’il ait également donné quelques cours sur le vin dans un lycée agricole, où des éléments de chimie et de biologie étaient abordés… d’où sa requalification comme biologiste sur certains sites. Après maintes recherches, nous avons finalement retrouvé celui qui semble bien être « le » Lorenzo Zanon de la clé du vin. Il est vigneron, et directeur des Champagnes Charles Collin à Fontettes (10360). Contacté par courriel, il n’a pas pu — ou n’a pas voulu — nous répondre.

 

Des années de tests… qu’un tribunal ne reconnaît pas

Un détour par la perfide Albion est parfois nécessaire pour comprendre ce qui se passe chez nous. Dans le cas de la clé du vin, nous avons d’abord été très étonnés de ces périphrases suggérant le vieillissement du vin sur des sites qui affirment en même temps le contraire.

Tout s’éclaire lorsqu’au détour d’un forum, on trouve un lien vers un document pour le moins embarrassant. Il s’agit d’un compte rendu de justice, datant de juillet 2005. À cette date, un annonceur a été attaqué en justice en Grande-Bretagne pour ce que nous pourrions apparenter à une publicité mensongère. Ce qu’on lui reproche ? Avoir fait la promotion de la clé du vin de manière trompeuse. Le détail du document est très intéressant… et notamment certains points.

Passons sur le fait que l’annonceur n’a pas pu démontrer que les trois témoignages enthousiastes d’utilisateurs satisfaits cités dans l’annonce n’étaient pas inventés… Et allons au cœur du problème.

Il était reproché à l’annonceur de prétendre, sans apporter aucune preuve, que la clé du vin permet de vieillir le vin, qu’elle permet d’accélérer les phénomènes d’oxydoréduction, et a un effet sur le goût et la concentration en tanin.

En guise de preuves, l’accusé ne put fournir qu’un unique document, une étude de laboratoire montrant que la clé du vin accélère l’oxydation du vin. Après avoir demandé le retrait des « témoignages » jusqu’à ce qu’ils puissent être authentifiés, ainsi que les allégations selon lesquelles la clé a un effet sur le tanin, le tribunal conclut avoir bien noté que l’annonceur « a prouvé que son produit rend le vin plus sensible à l’oxydation ». Cependant, comme de l’avis des experts, « le rôle de l’oxydation dans le processus de maturation du vin est un sujet controversé, et que l’annonceur n’a pas pu prouver que ce phénomène était significatif pour la maturation du vin », le tribunal considère que l’annonceur « n’a pas prouvé que la clé du vin pouvait mimer le vieillissement du vin, et qu’il n’a pas apporté suffisamment d’éléments pour légitimer la mention scientifiquement prouvé ». C’est donc bien sur les éléments scientifiques (ou leur absence) que le tribunal s’est appuyé pour rendre son verdict.

 

Conclusion

Tous ces éléments mis bout à bout ne peuvent que nous faire douter des allégations trouvées ici et là concernant la clé du vin. Même s’il est possible d’imaginer une expérience encore mieux conduite que celles menées par l’Observatoire Zététique, et l’équipe de Hervé This, ce sont à notre connaissance les seules expériences en aveugle avérées pour l’instant.

Le fait que, malgré au moins une action en justice, ni les inventeurs ni le fabricant de la clé du vin, n’aient cru bon d’organiser une étude rigoureuse (ou d’en publier les résultats) montrant l’effet de cet instrument « scientifique » sur le goût du vin, rendrait méfiant le consommateur le mieux intentionné. Une telle expérience est en effet très élémentaire et peu onéreuse à mettre en œuvre.

En outre, le laboratoire qui a été employé pour répondre à l’accusation de publicité mensongère en démontrant que la clé du vin accélère l’oxydation n’a pas trouvé, selon le compte rendu, de différence concernant le tanin… un phénomène pourtant vérifiable en laboratoire, et allégué dans la notice.

Nicolas Gauvrit

Notes :

[1] « En ce qui concerne l’œnologie, le voyage dans le futur est dès aujourd’hui possible... ». Lire la suite.

[2] Le Brevet Européen est en ligne sur le site www.freepatentsonline.com

[3] Bien que l’invention n’apparaisse nulle part sur son site en septembre 2009, l’administration du concours Lépine nous a confirmé par téléphone l’existence de la récompense.

[4] On y lit en effet : « Si après plusieurs secondes de contact (ou un contact de plusieurs secondes) le vin garde ses qualités, ou s’améliore, il pourra être conservé en toute sécurité. Si le vin perd ses qualités après quelques secondes de contact, il n’a pas de potentiel de garde. Il faudra le consommer rapidement. Les modèles "pocket" et "service" sont calibrés pour 10 cl (dans un verre de 10 cl, 1seconde correspond à 1 an de vieillissement). »

[5] Mais le même type de phrases ambiguës se retrouvent sur de nombreux sites, vraisemblablement recopiées d’un site à l’autre. On peut voir, parmi d’autres exemples, www.sommelier-on-line.com.

 


BILLET :
Jacques Salomé et la psycho-pop : l'Université Joseph Fourier redouble ?


 

Il y a deux ans, le 9 novembre 2007, invité par le centre Reliance, Jacques Salomé a donné une conférence à Grenoble. En soi, peu importait, si l'Université Joseph Fourier n'avait pas mis son plus grand amphithéâtre à disposition du thérapeute dont les méthodes ont moins à voir avec la psychologie scientifique qu'avec ce que d'aucuns appellent la psycho-pop, ou psychologie populaire, démagogique et teintée de New Age.

À l'époque, encadrant des cours d'esprit critique dans cette même Université, nous avions alerté les responsables universitaires sur le caractère sensiblement pseudo-scientifique des discours qui seraient tenus ce soir-là, dans ce haut lieu de l'Université. L'émission Les charlatans de l'inconscient, diffusée sur Canal+ en 2004 [1] et l'article du pédiatre Benoît Daron en donnaient alors une illustration [2].

L'information fut relayée, et il paraissait alors évident à nos interlocuteurs que les méthodes de Jacques Salomé, aussi plébiscité soit-il, ne pouvaient bénéficier de la caution scientifique que leur conférait la tenue de cette conférence dans un amphithéâtre du campus universitaire.

Aujourd'hui vendredi 9 octobre 2009, soit deux ans plus tard, nous découvrons avec stupeur que l'amphithéâtre Weil accueille à nouveau Jacques Salomé pour une conférence intitulée : « De la rencontre amoureuse à l'aventure du couple ».

Que s'est-il passé ? L'Université de Grenoble, dont fait partie l'Université Pierre-Mendès France, compte pourtant parmi ses rangs d'éminents chercheurs et enseignants en psychologie. Ont-ils été consultés ? Les responsables de l’amphithéâtre Weil évaluent-ils la qualité scientifique des conférences avant d'en autoriser la tenue dans ce lieu symbolique ? Les théories pseudo-scientifiques du thérapeute ont-elles vraiment leur place dans l'amphithéâtre Weil de l'Université Joseph Fourier ?

C'est parce que nous ne souhaitons pas que la place forte de la connaissance universitaire soit « bradée » que nous exprimons notre inquiétude.

 

Richard Monvoisin et Géraldine Fabre

 

Notes :

[1] Extrait de l'émission « Les charlatans de l'inconscient » diffusée le 5 janvier 2004 sur Canal+ à 22h40. On y voit d'abord la presse New Age type Nouvelles Clés et Psychologies Magazine, puis Jacques Salomé faisant une démonstration de la langue des oiseaux technique de décryptage des mots par homonymie qui n'a aucun fondement thérapeutique.

[2] « Jacques Salomé, un imposteur ? », Docteur Benoît Daron, pédiatre. Article paru dans Dimanche, le 14.09.2008

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

La psychanalyse, avec p comme poulpe et l comme lichen

Ça fait cinq ans à peu près que je bouquine sur la psychanalyse, que je me documente, que je vérifie la validité de ce qu'on m'a mis dans la tête depuis ma philo de terminale presqu'entièrement consacrée à l'inconscient freudien. J'en arrive à cette conclusion : la théorie freudienne et ses développements notamment lacaniens me semblent être le plus gros naufrage théorique du XXe siècle – le pseudo-darwinisme social de Spencer arrive pas loin derrière, mais il n'a pas eu l'adaptativité de la psychanalyse. Tel le lichen, telle l'usnée, la psychanalyse a poussé sur toutes les souches de psychologie, expérimentale, sociale ou politique, suçant leur sève, détournant leurs concepts et surtout trustant tellement toutes les places de consultants dans les médias que la majorité des gens ne la distingue pas de la psychologie scientifique et ne sait finalement plus très bien ce qu'il y a derrière le mot « psy ».

Alors j'ai voulu faire une sorte d'herbier. Relever toutes les occurrences psychanalytiques dans mes lectures, mes écoutes radiophoniques, le peu de télévision que je regarde.

J'aurais pu tricher : c'eût été plus facile, j'en suis certain, à l'époque où, avec mon comparse Nicolas Gaillard, nous bossions ensemble dans le social, époque bénie où nous nous arrachions cheveux et pubis par touffes tant le travail socioéducatif est imprégné de freudisme.

Mais je suis fair-play. Pour jouer le jeu, je ne relèverai que les cas où un concept psychanalytique non clair prend la place d'un terme de psychologie plus précis, ou remplace des interprétations plus sociopolitiques en les appauvrissant. Si par miracle je trouve des critiques directes, je les mettrai aussi, en les décortiquant si elles sont moisies – car ce n'est pas parce qu'on démonte du mauvais matériel qu'il faut de mauvais outils.

Je vais faire ma recension chaque mois, juste pour voir si ma métaphore du lichen se vérifie. Et si ma métaphore du lichen ne vous convainc pas, tentez vous-même l'exercice, vous risquez d'être surpris.

 

Herbier psychanalytique - septembre 2009

8 septembre : Je relis les 13 premiers numéros de la BD Largo Winch que m'a prêté mon pote Caillou : par trois fois, des personnages y invoquent la psychanalyse à la place de la psychologie. Je voulais scanner les images, mais j'ai oublié de noter les pages, alors il faudra attendre que j'aie tout relu. Merci à qui retrouvera les cases.

 

 

 

17 septembre : Miracle, dans l'émission Du Grain à moudre sur France Culture du 16 septembre 09, que je podcaste. Brice Couturier, d'habitude peu rétif aux clins d'oeil psychanalytiques, s'en prend – à mon avis faussement – à la théorie de l'économiste Dambysa Moyo sur la dette « fatale » à l'Afrique.  18e minute  : « Quelque chose qui m'a frappé aussi dans le livre de Dambysa Moyo, c'est que, il a en commun, enfin, Dambysa Moyo a quelque chose de commun avec le freudisme et le marxisme c'est que sa théorie comporte la réfutation de l'existence même de son adversaire, je m'explique : quand vous dites à votre psychanalyste, quand vous opposez le déni à votre psychanalyste, il vous dit « j'ai touché juste puisque vous réagissez de manière négative » ; si vous n'êtes pas d'accord avec l'idéal marxiste c'est que forcément vous êtes porteur des intérêts de classe qui sont opposés à ceux du prolétariat. Eh bé si on critique votre approche Dambysa Moyo, c'est qu'on fait forcément partie du demi-million de personnes qui travaillent dans l'aide au développement et qui ont donc un intérêt personnel – vested-interest comme on dit en anglais on a pas d'équivalent en français, à la poursuite de cette aide que vous jugez infernale. ». (L'extrait au format mp3 - 1 Mo).

Peu importe que son attaque soit pertinente ou non dans le cas de Mme Moyo, dont je n'ai pas lu le livre. Mais il est intéressant de relever qu'une dénonciation est faite par association avec le mécanisme de non-réfutabilité de la psychanalyse, tel qu'exposé par Popper.

Un peu de rap énervé, ça fait pas de mal. Surtout lorsque La Caution, featuring ATK, TTC et CMP entonnent dans le titre On peut pas dire qu'on t'a pas prévenu : « Suicide-toi, et lorsque ton esprit sort de ton corps, tu peux, les psycholascars schizomaniaques accros aux psychotropes, les toxicotropes, les psychanalystes en cadillac, vla c'qu'ils veulent » (L'extrait au format mp3 - 494 Ko).

19 septembre : Grand moment d'émotion : alors que je flânais dans la bibliothèque municipale du centre ville de Grenoble, avec un rayon psychologie et psychologie de l'enfant quasi-totalement occupé par la psychanalyse (Dolto, Bettelheim, et consorts) et son exégèse roudinesquienne, je tombe sur le livre de Richard Pollack Bruno Bettelheim ou la fabrication d'un mythe. Mes genoux auraient ployé sous moi, si je n'avais ce doute : je crois que c'est moi qui l'ai commandé l'an passé.

 

21 septembre : Entre deux siestes, j'écoute d'une oreille Éric Naulleau dans le Zapping du 12 septembre sur France Inter. Il y est fait allusion à Brice Hortefeux qui, lors de l'université d'été 2009 de l'UMP, posant pour une photo avec un jeune militant d'origine maghrébine, déclara : « Il ne correspond pas du tout au prototype. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ». La scène a été filmée par une équipe de Public Sénat qui a décidé ensuite de ne pas la diffuser.  Éric Naulleau dit : «  On essaie de justifier, alors que tout le monde a compris de quoi parlait le Ministre hélàs, c'est peut être un problème à voir entre lui et son psychanalyste. » Je pense que c'est une manière de parler un peu rapide, on ne pourrait lui en tenir gré. Et pourtant, mine de rien, il y a une forte dépolitisation du problème des propos d'Hortefeux en les imputant potentiellement même pas à une pathologie psychologique – sinon il l'aurait renvoyé à son psychiatre – mais à un problème psychanalytique refoulé alors qu'il ne s'agit en tout état de cause que d'un exemple grave mais très courant de ce racisme ordinaire dont traite depuis longtemps Gaston Kelman et dont Brice Hortefeux est un héraut régulier. (L'extrait au format mp3 - 799 Ko)

 

22 septembre : J'écoute Mermet sur une émission de cet hiver en milieu asilaire psychiatrique appelée « La nuit des garde-fous » du 15 décembre 2008.
Minutes 20-22 : j'entends « Refoulement du fou (...) ». Je me dis, tiens une façon de parler qui ne m'est pas inconnue.

« (…) entre 1989 et 2000, en l'espace de onze ans, le nombre de lits en psychiatrie a diminué de 41 %. (…) Le nombre de patients suivis dans le secteur public est passé de 700 000 en 1989 à 1,2 millions en 2004. 1 150 000 français ont consulté au moins une fois dans l'un des 830 secteurs de psychiatrie général en l'an 2000. (…) Encore un chiffre : 15% de la population française présente des troubles mentaux, de gravité inégale, soit neuf millions. Voilà quelque chose qui s'appelle un déni. Ces chiffres sont énormes, et personne ne les croit. » (L'extrait au format mp3 - 1,4 Mo)

Méfiance, Daniel : tu fais un effet paillasson. Là où tu veux certainement parler au mieux d'une méconnaissance des chiffres, au pire d'une négation, ce qui dans les deux cas a un sens sociopolitique important, tu utilises déni, que beaucoup interprèteront sur le plan psychanalytique. Or, le déni repose sur le soi-disant principe de plaisir, élaboré par Fechner et repris par Freud : « la réalité cause de déplaisir est niée afin de préserver une excitation minimale du psychisme - tout ce qui pourrait causer de l'insatisfaction se voit refuser la prise en charge ». Non seulement le principe de plaisir à la Freud est largement dépassé, mais en outre cela fait croire que c'est par simple déplaisir que nous refusons de lire ces chiffres, ce qui est à prouver. Moi, c'est parce qu'ils ne parviennent pas jusqu'à moi que je n'en parle pas.

Déni, en tous les cas, est, à l'instar de psychisme, de refoulement ou de désir, un excellent marqueur : dès que je l'entends, je sors ma sulfateuse critique car quatre fois sur cinq c'est une pensée psychanalytique derrière.

 

27 septembre : Vous vous rappelez, le 21 septembre, on causait des causes psychanalytiques des propos racistes de Brice Hortefeux. Même émission, le Zapping de France Inter, de la veille. Je ne suis pas particulèrement fan d'Éric Fottorino, directeur du journal le Monde, qui a commis de temps à autres quelques articles scientifiques d'assez mauvaise eau. Mais je lui sais gré de balayer, même mollement, l'hypothèse psychanalytique. (L'extrait au format mp3 - 314 Ko).

« - Quelques fois vous vous dites une plaisanterie c'est une plaisanterie ; et puis quand les plaisanteries se répètent, vous vous dites, c'est la vérité.
- Et alors là, donc ?
- Je pense très sincèrement que dire cela comme ça, c'est tout sauf anodin, sinon on ne le dit pas, parce que...
- C'est quoi, c'est l'inconscient qui parle ?
- Oui, il y a quelque chose peut être d'inconscient, ou même de très conscient, vous ne pouvez pas faire des blagues comme ça à des beurs parce que eux ils vivent ça tout le temps donc ça ne peut pas les faire rigoler.
»

 

28 septembre : Tiens, j'écoute l'album Psychanalyse avant l'album du rappeur Soprano. Il y a une chanson-texte intitulée Psychanalyse Part.1 (extrait au format mp3 - 1,2 Mo) qui me fait marrer.

« - Monsieur Soprano,avez-vous reconnu devant le Docteur Kuzamano que vous vous sentiez dépressif?
Les crises d'anxiété sont des repères à l'enclenchement urgent d'une analyse ; imaginez que vous veniez à vous évanouir en conduisant ?
- J'vais vous dire un truc : aujourd'hui tout le monde va voir des psys, ou des conseillers, ou encore à envie d'aller raconter ses p'tits problèmes à la télévision. Vous croyez que ça arriverait, vous, à Gary Cooper ? Il était fort, lui ! Il savait assumer ! Ça c'était un vrai américain, il ne passait pas son temps à s'écouter, avant tout il finissait ce qu'il avait à faire, parce que ce que vous ne savez pas, c'est que quand Gary Cooper avait décidé de ce qu'il faisait, il n'était plus possible de l'en empêcher, les troubles de ceci, les troubles de cela lui il n'en avait rien à foutre !
- On dirait que ça vous tient énormément à cœur...
- J'vais vous dire : j'ai du faire un semestre et demi au collège, à essayer seul de savoir qui était Freud, à essayer de voir la thérapie en tant que concept, mais dans mon monde tout ça ça dégage.
Est-ce que je peux être plus heureux, ouais ?  Ouais ! Tout le monde y arrive.
- Vous vous sentez dépressif ?
- ...
Est ce que vous vous sentez dépressif ?
»

 

Richard Monvoisin




En librairie

La pensée extrême
Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques
Gérald Bronner
Éditions Denoël
348 pages - 20 euros

 

Gérald Bronner est professeur de sociologie à la Sorbonne (Paris IV) où il codirige le CESS (Centre d’études sociologiques de la Sorbonne). La modélisation de la dynamique des croyances (rumeur, idéologie, religion, magie, etc.) et les rapports entre sciences cognitives et sciences sociales forment le cœur de ses travaux de recherche et les sujets de ses nombreuses publications. Après la parution de son livre  consacrée aux conséquences sociales des erreurs de raisonnements : L’empire de l’erreur (2007), Gérald Bronner a poursuivi ses réflexions et ses travaux de recherche sur la cognition sociale et les croyances collectives. Il publie aujourd'hui un ouvrage entièrement consacrée à la « pensée extrême ».

Comment un individu verse-t-il dans l'extrémisme ? La plupart de nos contemporains attribuent généralement les dérives radicales à la folie ou à la misère sociale, affective et intellectuelle dans laquelle survivent des milliers d'hommes. La réalité est pourtant tout autre : la pensée extrême reste bien souvent l'apanage de citoyens « normaux », de personnes éduquées, issues de milieux sociaux assez homogènes et peu frappés par la grande pauvreté. Pour venir à bout des idées reçues, le sociologue Gérald Bronner explore différentes postures extrêmes et fanatismes, du collectionneur compulsif aux djihadistes d'Al-Qaïda. De cette cartographie du territoire mental de l'extrémisme, il dégage une théorie générale de la pensée radicale en utilisant les données les plus contemporaines de la recherche dans ce domaine.


En ligne : Chroniques martiennes sur France Inter

Nous ne pouvons pas résister au réel plaisir de lire et relire, et faire lire et relire deux billets matinaux de Simon Tivolle, chroniqueur à France Inter, autour des ovnis et des extra-terrestres.

Tout d’abord, celui du 10 septembre : Ovni soit qui mal y pense, qui a pour objet un savoureux emballement médiatique dans l’est de la France. Des lueurs étranges et néanmoins orangées ont remué l’Est Républicain. Et si c’étaient des extraterrestres ?
Le second Miyuki, première dame nippone est consacré à la première dame du Japon (voir aussi notre brève dans Le Bazar du bizarre). Alors que certains prennent leur désir de passion fougueuse avec une princesse de Galles pour une réalité et en font tout un roman (de gare), la femme de l’actuel premier Ministre japonais fait beaucoup mieux : une rencontre sur Vénus avec Tom Cruise, via un enlèvement par des extra-terrestres.

Un peu d’esprit critique, de bon matin, sur une radio nationale, cela méritait d’être signalé, ne trouvez-vous pas ?

Vincent Laget

 


AGENDA


 

Conférences

L'association Antigone a mis en place avec l'Observatoire zététique un cycle de sept conférences mensuelles : « Les 7 Z, sept présentations zététiques : venez dynamiter les idées reçues ». Pour débuter ce cycle, le 21 octobre 2009, Franck Villard et Richard Monvoisin parleront de « Bien-être, manipulation mentale et dérives aliénantes ».

La notion de bien-être, proposée dans les divers stages et les magazines, recouvre une multitude d'aspects dont certains font froid dans le dos. Entre vraie prise en charge et aliénation mentale, entre démarche douce et marketing agressif, entre alternative politique et repli égoïste sur soi, comment s'y retrouver, et comment faire des choix en connaissance de cause ?

Bien-être, manipulation mentale et dérives aliénantes
Mercredi 21 octobre 2009 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org


Le cycle de conférences mensuelles « Les vendredis de la zététique » continue le 30 octobre 2009 avec une conférence de Denis Biette intitulée « Le mystère des crânes de cristal ». Lors de cette soirée, Denis Biette livrera les conclusions de l'enquête zététique qu'il a menée au sujet de ces artefacts insolites conservés notamment au musée du quai Branly, au British Museum et à la Smithsonian Institution. Tout comme le crâne du Destin du célèbre aventurier Mitchell-Hedges, ces crânes font l’objet d’une véritable fascination, notamment chez les adeptes du New Age qui leur prêtent de fabuleux pouvoirs. Une légende maya lierait même le destin de l’humanité à la réunion de 13 crânes de cristal. Qu’en est-il vraiment ?

Le mystère des crânes de cristal
Vendredi 30 octobre à 18h
Médiathèque Communautaire de Valbonne
1855, route des Dolines 06560 Valbonne Sophia Antipolis
Entrée libre et gratuite
Renseignements : 04.92.19.76.00

 

Le vendredi 13 novembre 2009, dans le cadre du cycle de conférences mensuelles « Les vendredis de la zététique », le professeur Henri Broch donnera une conférence sur le thème  des « Coïncidences exagérées ». Lors de cette soirée, Henri Broch essaiera de mettre en oeuvre une approche mathématique dans l'étude des rêves prémonitoires, perceptions extrasensorielles, biorythmes, etc. Il montrera que fiabilité, interprétations, statistiques et probabilités, logique et calculs peuvent nous éclairer sur ces phénomènes relevant de l’extra-ordinaire. La conférence s’achèvera par une séance de questions-réponses avec le public.

Les coïncidences exagérées
Vendredi 13 novembre 2009 à 18h
Médiathèque Communautaire de Valbonne
1855, route des Dolines 06560 Valbonne Sophia Antipolis
Entrée libre et gratuite
Renseignements : 04.92.19.76.00

 

La deuxième conférence zététique du cycle « Les 7 Z : venez dynamiter les idées reçues » organisée par l'OZ et l'association Antigone aura lieu le 18 novembre. Nicolas Gaillard y parlera de « Bettelheim et l'autisme : quand une fraude vire au tragique ».

Bettleheim est une figure tutélaire de la psychologie du XXe siècle. Pas une bibliothèque municipale, d'éducation spécialisée ou de fac de psychologie qui n'ait son rayon consacré à ses théories. Antigone a très récemment retiré de ses rayons les ouvrages du chercheur, venez comprendre pourquoi et découvrir l'une des plus tragiques impostures du siècle.

Bettelheim et l'autisme : quand une fraude vire au tragique
Mercredi 18 novembre 2009 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org

 

 

Théâtre

À l’occasion du 200e anniversaire de sa naissance et du 150e anniversaire de la publication de L’Origine des Espèces,  le Palais de la Découverte programme deux représentations du spectacle éducatif et familial « Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ? », les vendredi 13 et samedi 14 novembre 2009. Cette pièce de théâtre écrite par Clara Bensoussan, retrace le parcours de Charles Darwin, de ses observations lors de son voyage sur le Beagle à ses conclusions sur la transformation des espèces. Un débat avec un paléoanthropologue, l'auteure et les comédiens complète la représentation.

Quelque chose vous turlupine Monsieur Darwin ?
Vendredi 13 et samedi 14 novembre 2009 à 15h
Palais de la Découverte
Avenue Franklin D. Rossevelt 75008 Paris
Métro Champs-Elysées - Clémenceau - Métro Fanklin D. Roosevelt
Entrée libre sur réservations
Pour en savoir plus

 

Salon

Du 13 au 15 novembre 2009, la 5e édition du Salon du Livre d'Histoire des Sciences et des Techniques, organisé par la Ville d’Ivry-sur-Seine en partenariat avec l’Association Science Technologie Société, est consacrée aux « Sciences, mythes et religions ». De nombreuses conférences et rencontres avec des scientifiques sont programmées parmi lesquelles :

le 14 novembre à 16h : « Les créationnistes sont-ils issus d’une génération spontanée ? » par Jean Dubessy, Marc Silberstein auteurs de Les matérialismes et leurs détracteurs (Syllepse), et Olivier Brosseau, auteur de Les créationnismes, une menace pour la société française ? (Syllepse).
Le 15 novembre à 16h30 : « Liberté de la pensée scientifique et laïcité » par Jacques Bouveresse, et Guillaume Lecointre et Michel Paty.

Guillaume Lecointre, professeur au Museum national d'histoire naturelle, spécialiste de la théorie de l'évolution, présentera également son nouveau livre : Le guide critique de l'évolution (Belin) dont la sortie est prévue fin octobre.

Salon du Livre d'Histoire des Sciences et des Techniques « Sciences, mythes et religions »
du 13 au 15 novembre 2009
Vendredi de 12h à 20h, samedi et dimanche de 10h à 18h30.
Espace Robespierre, 2 rue Robespierre, 94200 ivry-sur-Seine.
Accès: Métro 7 : Mairie D'Ivry ; RER C : gare d'Ivry-sur-Seine
Programme complet

 

Fête de la Science

L'édition 2009 de la Fête de la science aura lieu en France du 16 au 22 novembre. Traditionnellement à Grenoble, elle débute un peu plus tôt par l'opération « Place aux Sciences » qui est organisée cette année du 12 au 15 novembre dans l'ancien musée de peinture de Grenoble, place de Verdun.

Durant cet événement national destiné au grand public, l'Observatoire zététique sera présent dans trois villes : à Grenoble, au Bourget-du-Lac et à Lyon. Vous pourrez donc venir sur nos différents stands, aiguiser votre esprit critique en participant à nos expériences :

du 12 au 15 novembre, lors de « Place aux Sciences », à Grenoble, dans l'ancien musée de peinture, place de Verdun.

le 17 novembre sur le campus universitaire de Saint Martin d'Hères, dans le bâtiment du Département des Licences Sciences et Techniques.

le 18 novembre au Bourget du Lac, dans le Parc Technolac.

du 19 au 22 novembre à Lyon dans l'Espace double Mixte sur le campus de la Doua.

 


 

Colombes à l’heure zététique

Après avoir réalisé un mini-cycle de conférences sur des thématiques zététiques (paranormal et mauvais usage des chiffres dans les media) la saison dernière, le Centre Social et Culturel des Fossés-Jean récidive cette année en proposant, en plus, une commission zététique. L’objectif assigné à cette initiative consiste à réunir des personnes désireuses de développer leur capacité à penser par elles-mêmes. Le moyen retenu est l’apprentissage des principes de base de la zététique. L’application pratique de la zététique est laissée libre aux participants : ils pourront aussi bien exercer leur sens critique sur des domaines liés au « paranormal » que sur d’autres domaines de leur choix. Cette commission est ouverte à tous.

Rendez-vous le samedi 14 novembre, à 17h, au Centre social et Culturel les Fossés-Jean, 11 rue Michelet 92700 Colombes.

Renseignements : Vincent Laget

 


DIVERTISSEMENT


 

Soyez épikurieu, résolvez les énigmatiks

Ce sont les bénévoles de l'association grenobloise Epikurieu (spécialisée dans la communication scientifique et culturelle) qui animent le site Énigmatik où ils répertorient devinettes, casse-têtes, problèmes de logique, énigmes et autres trucs bien énervants. Triés par catégories, ces exercices d'esprit critique nous triturent les méninges, obligeant bien souvent à penser différemment. Exemples :

Un cheval effectue tous les jours le même parcours. Curieusement, 2 de ses pattes font 10 km et les deux autres en font 11. Comment expliquez-vous ça ?

Un homme fait une cigarette entière avec 3 mégots, combien fait-il de cigarettes avec 9 mégots ?

Te souviens-tu : combien d'espèces différentes d'animaux Moïse a-t-il emmenées sur son arche ?

Je suis ce que je suis, mais je ne suis pas ce que je suis, car si je suis ce que je suis, je ne suis plus ce que je suis. Qui suis-je ?

Combien de gouttes d'eau peut-on mettre dans un verre vide ?

Pour les solutions, visitez le site : enigmatik.epikurieu.com ou jetez un œil sur le livre Énigmes insolites (Ma éditions, 2008).

 

La vidéo virale de Hoaxbuster

HoaxBuster.com, le site qui répertorie les canulars du web, diffuse une vidéo virale dans laquelle un combat de boxe est mis en scène pour rabâcher le principal message du site : ne croyez pas tout ce qu'on vous dit. Le clip d'1 minute trente, réalisé par Gilles Guerraz, alias Gilz est illustré musicalement par le : « We are your friends » de Justice vs Simian.

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo.

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Denis Caroti, Géraldine Fabre, Nicolas Gauvrit, Roger Gonnet, Vincent Laget, Florent Martin, Fabien Millioz, Richard Monvoisin, Franck Villard.

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Mise à jour le Jeudi, 09 Septembre 2010 17:28