Inscription à notre newsletter




POZ n°55 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'équipe de rédaction   
Lundi, 04 Janvier 2010 21:53

SOMMAIRE


Cliquez pour voir le pdf.


ÉDITO


 

« Mademoiselle Fiotte, nous sommes en 1959 et je m'aperçois avec le plus vif regret que vous êtes aussi idiote qu'en 1958.
— Oh oui, patron, vous êtes bien aimable, patron.
»
Pierre Dac et Francis Blanche, Signé Furax : le Gruyère qui tue.

Ami lecteur, comme tu t'en doutes, j'ai des relations dans le monde. Ben oui, on n'est pas impunément une célébrité de la zététique sans que cela ait des conséquences sur sa vie privée, aussi le gratin du paranormal se presse-t-il dans mon entourage. Et parfois des amitiés se nouent, insolites mais durables (de lapin). Ainsi, j'ai reçu pour les vacances un ami extraterrestre qui était justement de passage dans notre galaxie. Il fut donc mon invité pour les fêtes, et laisse-moi te dire qu'il s'en est mis plein la lampe, le bougre de saligaud.

À cette occasion, il a constaté avec surprise l'irrationalité de nos comportements, à nous autres, petits êtres humains. J'ai dû nous défendre, nous justifier bravement, pas se laisser emmerder par le premier métèque intergalactique venu, non mais. Il fut beaucoup surpris par le fait que tout le monde fait la fête en même temps et chacun de son côté, mais de la même manière. Un sapin, des cadeaux frénétiques et la même chose à manger. Sur ce point, j'ai argué du fait que c'est parce que c'est la bonne saison pour les volailles et les huîtres. Sur la religion, il admit que certes, il avait déjà vu dans ses périples certaines peuplades s'adonner à ce genre de rites. Mais que, chez nous, même de farouches athées, anticléricaux voire antireligieux, puissent s'adonner sans bouger les oreilles à ces festivités à consonance chrétienne, cela le laissait pantois.

Je fis semblant de ne pas entendre. Il fut tout autant estomaqué lorsque je l'informai que nous remettrions ça une semaine après, pour fêter la nouvelle année. Alors que pour la plupart des gens l'année commence en septembre, il trouvait absurde de fêter un changement de date arbitraire, ne correspondant le plus souvent qu'à une nouvelle page de bilan comptable (de jardin). Qui plus est, de le faire aussi près de Noël (mais je lui expliquai la saison des volailles et des huîtres, hein).

En revanche, il s'amusa beaucoup au jeu cruel que les adultes organisent aux dépens des enfants. Il est vrai que tourner en ridicule des êtres stupides au point de croire avec régularité qu'un gros bonhomme en rouge a précisément attendu qu'ils aient le dos tourné pour se faufiler on ne sait par où afin de déposer un monceau de paquets-cadeaux aux papiers étrangement dépareillés, c'est assez tentant. Il trouva néanmoins regrettable (à langer) que le jeu s'arrête juste avant que les enfants ne tournent réellement en bourriques, puisque les cadeaux en question sont destinés à leur faire plaisir. Il serait beaucoup plus logique et amusant de leur offrir l'intégrale de Jean-Roger Caussimon, un moulin à légumes en fer-blanc ou trois kilogrammes de pommes Granny Smith. Les adultes n'ont pas de suite dans les idées, conclut-il, déçu.nJ'en convins tout à fait et résolus, à l'avenir, de pousser l'amusement jusqu'au bout ; il faut bien que tous ces enfants servent à quelque chose, après tout.

Il ne manqua toutefois pas d'autres occasions de se divertir des propos tenus par les êtres humains regroupés ainsi en assemblée. Fit des mesures. Constata que dans une assemblée suffisamment nombreuse se trouvaient statistiquement au moins un raciste qui dit qu'il n'a rien contre les Arabes, un adepte des massages qui guérissent tout, un usager régulier de ces étranges petits granules que je lui dis s'appeler homéopathie, un zététicien ayant des tendances aux excès alimentaires, un parent permissif faisant référence à la psychanalyse et un enfant confit dans les préjugés de ses parents.

Il finit par repartir en m'assurant que son séjour lui fut copieusement profitable (de jardin). Je lui cachai la présence en janvier d'une autre fête où l'on mange des galettes en s'affublant de couronnes, il n'aurait pas compris le coup de la saison de la frangipane.

Puisque nous restons entre nous, amis Terriens, fassent les interactions fondamentales et leurs avatars les plus sophistiqués que cette année soit bonne, pleine de sentiments humains, des plus ordinaires aux plus nobles.

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste confortable (de logarithmes)

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Assemblée générale de l'Observatoire zététique

L'Assemblée générale de l'Observatoire zététique a eu lieu le 11  janvier 2010 dans un bar du centre-ville de Grenoble, Le Centenaire. Une quinzaine de membres étaient présents mais chaque absent s'était fait représenter. Le quorum était donc réuni pour clore l’exercice 2009, voter les bilans et élire le nouveau conseil d’administration de l’OZ.

Ce rendez-vous annuel est toujours l'occasion pour nous de revenir sur nos actions de l'année écoulée et d'évoquer nos projets pour l'année à venir. La lecture du rapport d'activités a démontré une fois de plus que l'OZ reste une association très active. Tandis que nos principales actions de diffusion de la zététique (Fête de la science, cours et formation universitaires, publication de la newsletter, etc.) se pérennisent, les membres de l'OZ sont de plus en plus sollicités pour des cafés scientifiques et invités pour des conférences, aux quatre coins de la France. Le nombre de demandes pour des interventions médiatiques télévisées, radiophoniques ou des interviews dans des revues de vulgarisation a cette année également beaucoup augmenté.

Cependant, il semble qu'au cours de ces six années d'existence de l'OZ, les aspirations et centres d'intérêt de ses membres aient peu à peu évolué. Ce sera donc au nouveau conseil d'administration de l'OZ de poursuivre ou réorienter l'action de l'association en fonction de ceux-ci. Fraichement élu, ce nouveau CA est présidé par Fabrice Neyret et composé de Florent Martin (vice-président), Éric Déguillaume (secrétaire), Brigitte Axelrad (secrétaire-adjointe), Franck Villard (trésorier), Jean-Louis Racca (trésorier-adjoint), Adi Pakfar et Benoît Ducret (administrateurs).

Dans l'impossibilité de trouver un poireau à cause des conditions climatiques de ces derniers jours, l'adoubement du nouveau président, Fabrice Neyret, s'est fait au... chocolat.

 

Diffusion des articles critiques sur les faux souvenirs

Depuis leur publication sur le site de l'Observatoire zététique, les dossiers de Brigitte Axelrad traitant des faux souvenirs et des thérapies de la « mémoire retrouvée » ont été repris sur divers sites institutionnels et associatifs, scientifiques et généralistes. Parmi eux, citons le CNRS Inist et Psychotémoins, le Dictionnaire Sceptique du Québec, le CCMM, l’AFIS, Wikipédia (faux souvenirs, troubles de la personnalité multiple, manipulation mentale), le site « la psychologie.com » d’Isabelle Levert, Reflepsiones de Luis Aparicio Sanz, la FMSF (False Memory Syndrome Foundation) américaine, Psyfmfrance, le site charlatans.info :

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Coquetterie de l'histoire

Une téléportation ! Bien sûr, les vulgarisateurs en mal de scoop adorent parler de « téléportation quantique » pour faire frémir les lecteurs, et leur rappeler les joies de la série Code Quantum et les effrois du film La Mouche de David Cronenberg. Mais une vraie téléportation dans le temps, c'est rare, et pourtant : Nicolas Sarkozy, second président de la République Française du début du XXIe siècle a réussi la prouesse de se téléporter une semaine plus tôt, du 16 au 9 novembre 1989, pile au moment où les premières croutes de béton du mur de Berlin commençaient à tomber.

 

Grand jeu de Noël : de ces quatre inventeurs d'histoire, deux sont fictifs et un seul n'est pas français, saurez-vous les reconnaître ?

Appliquant parfaitement le rasoir d'Occam, le peuple français et le paysage médiatique ont balayé la téléportation, et gardé l'hypothèse la moins coûteuse intellectuellement : la mini-fraude et une tentative de réécriture de l'Histoire, mais à ranger dans la catégorie des détails et des « coquetteries » d'un chef de l'état. À y bien penser, c'est assez grave. Peut-être pas à mettre au même plan que lorsqu'un faux archéologue tente de montrer la suprématie bosniaque en inventant une fausse vieille pyramide, ou quand un paléontologue fabrique à Piltdown un faux ancêtre pour faire de l'Angleterre un berceau de l'Humanité, certes. Mais tout de même ! Quand un personnage tente de réécrire l'Histoire afin de se fabriquer un rôle qu'il n'a pas eu,  on pense à Yves Coppens – qui raconte comment se passa la trouvaille de Lucy alors qu'il n'y était pas présent – mais je pense aussi surtout à Tiberiu Manescu et à Albert Dehousse. Le premier, prof d'histoire dans le film 12h08 à l'est de Bucarest, prétend menteusement avoir été là sur la place au tout début de la révolution roumaine de 1989 [1]. Le second, inconnu complet, se fabrique de toutes pièces un passé de résistant dans le film Un héros très discret [2].

Revisiter l'histoire n'est pas affaire de coquetterie.

Richard Monvoisin

Notes :

[1] 12h08 à l'est de Bucarest, A fost sau n-a fost, de Corneliu Porumboiu (2006).
[2] Un héros très discret, de Jacques Audiard (1996).

 

Marche pour la paix : un autre monde moisi est possible

La Marche Mondiale pour la paix et la non-violence initiative sympathique a priori. Intuitivement, on souscrit. Elle est partie de Wellington, en Nouvelle Zélande, le 2 octobre 2009 (jour d'anniversaire de Gandhi), a duré 90 jours et s'est terminée dans la Cordillère des Andes (Punta de Vacas, Aconcagua, Argentine) le 2 janvier 2010. Soutien principal : la Ligue des Droits de l'Homme. Le but ? Il est double : alerter le monde du danger du nucléaire, ce qui peut s'entendre, et... créer une « conscience globale ». Tiens, tiens. Comme Spiderman, nos sens araignée qui nous avertissent du danger sont en alerte, allons voir qui y a participé.

Au milieu d'association éco-citoyennistes bon teint et d'humanitaires liquoreux, on trouve :

  • Euronia : « Au travers d’une approche globale et holistique, le Nia vise l’harmonie entre le corps et l’esprit ».
  • Les mères veillent en action, qui « veulent la préservation du vivant » : ça va de pétitions contre la chasse à courre, contre le fichier Edvige ou pour les semences Kokopelli à la promo de la thérapie de Schaller et l'anti-vaccination.
  • Divine attitude, dont la liste de partenaires fait frémir.

Bizarre, bizarre. En regardant de plus près, la Marche est une initiative de Monde Sans Guerres, présentée comme « organisation internationale », en fait association-émanation du Mouvement Humaniste (tout comme le Centre des cultures, Communauté pour le développement humain, Centre mondial d'études humanistes, Réseaux d'Économie Humaniste, Homosexuals & Humanists, Le Message de Silo, et certaines associations locales), mouvement lancé par l'argentin Mario Rodríguez Cobos, dit Silo - on parle aussi de siloïsme - et déclaré secte en 1995.

Il y a deux mois, alerté par les mouvements anti-sectes, dont le GEMPPI, le maire de Cahors a renoncé à participer à la Marche. Puis la Ligue des Droits de l'Homme le 14 novembre a fait un communiqué s'excusant de s'être fourvoyée dans cette sauce New Age.

Richard Monvoisin



Enquête :
Les cercles d'abondance, une alternative à l'emprunt ?


 

Tu as un beau projet qui te tient vraiment à cœur : ouvrir un lieu d'échanges, acheter des terres agricoles pour cultiver des légumes bio, retaper un bateau pour partir à l'aventure... Mais voilà, ça coûte cher et ton porte-monnaie tire un peu la gueule. Alors, il va falloir trouver une solution de financement. Autour de toi, personne ne peut t'aider. Y'aurait bien les banques, mais les banquiers refusent de t'octroyer un prêt car ton projet ne les convainc pas. Ou peut-être bien que tu n'as même pas envie de leur demander quoi que ce soit. Bref, tu as besoin d'argent, mais tu souhaites ou tu dois te passer des banques.

 

Le principe

Premier contact

Un jour tu entends parler des cercles d'abondance. La personne qui t'en parle est un ami qui en est au même point que toi et qui a trouvé une solution pour financer son projet. Ça y est, une issue se présente à toi ! Tu n'en avais jamais entendu parler avant, mais ton ami t'explique pourquoi : c'est illégal. Illégal, oui, mais pas illégitime. C'est interdit, dit-il, parce que c'est une formidable alternative à l'emprunt bancaire. Tu te rends compte ? Malgré ce que tu as toujours cru, il est possible de se passer des banques ! Alors forcément, le capital ne va pas laisser une chose pareille se faire. Il combat donc les effrontés avec sa meilleure arme : la loi. Mais la bonne nouvelle se répand malgré lui : te voilà dans le secret et prêt à entrer en résistance (si tu n'y étais pas déjà). Comme tu es très intéressé, cet ami t'invite à participer à une réunion destinée à présenter ce système. Il te demande de rester discret, ben oui, c'est illégal... faudrait pas que ça arrive aux oreilles des services fiscaux. Tu repars, très enthousiaste et, il faut l'avouer, plutôt flatté : te voilà dans la confidence, et c'est toi que ton ami a choisi.

 

La présentation

Le jour J, comme quelques autres, tu te rends chez cet ami et la réunion commence. Ton ami, ou une personne qui a déjà financé son projet, prend la parole. On te dit des choses que tu sais déjà sur le système bancaire et on t'explique pourquoi il faut s'en passer. Tu es déjà convaincu, mais cela fait du bien de voir que tu n'es pas seul à penser ce que tu penses. Des mots habituellement peu utilisés viennent te chatouiller l'oreille :  solidarité, entraide et convivialité. Décidément, ces gens semblent sur la même longueur d'onde que toi. Puis, on t'énonce le principe de base sur lequel repose le système des cercles d'abondance : certains ont un projet mais pas d'argent, d'autres n'ont pas de projet immédiat mais quelques économies qui dorment sur un compte quelque part. Il suffit donc de faire circuler l'argent. Tout le monde y gagnera.

 

Comment ça marche ?

Une bulle, qui est constituée de 3 cercles concentriques (en orange, vert foncé et vert clair sur le schéma ci-contre), concerne quinze personnes (numérotées de 1 à 15) :

  • au centre (rouge), la personne 1 ;
  • sur le premier cercle (vert foncé), la première génération, les personnes 2 et 3, cooptées par 1 ;
  • sur le deuxième cercle, la deuxième génération, les personnes 4 et 5 cooptées par 2, ainsi que les personnes 6 et 7 cooptées par 3 ;
  • enfin, sur le troisième cercle, la troisième génération, les personnes 8 et  9 cooptées par 4, les personnes 10 et 11 cooptées par 5, les personnes 12 et 13 cooptées par 6 et les personnes 14 et 15 cooptées par 7.

Dès que la bulle est pleine, chacune des huit personnes du cercle vert clair donne une somme convenue à l'avance, disons 1 000 euros, à la personne du centre (1), qui reçoit donc 8 000 euros. À la suite de ceci, 1 se retire du cercle, on scinde le cercle en deux nouveaux cercles dont les centres sont 2 et 3, et où chacune des autres personnes gagne un rang : 4 et 5 d'une part et 6 et 7 d'autre part se retrouvent en zone orange autour de 2 et 3 respectivement ; 8, 9, 10, 11 et 12, 13, 14, 15 en zone vert foncé. À l'issue de cette opération, chaque nouveau cercle ne contient plus que 7 personnes. Pour compléter ces deux nouveaux cercles, il faudra donc que chacune des 8 personnes anciennement en zone vert clair recrute deux amis. Et on réitère le processus.

Un rapide (trop rapide ?) calcul permet de conclure que tu donnes 1 000 et, une fois au centre, tu reçois 8 000.  C'est encore mieux que ce que tu avais imaginé, non ? La solidarité pourrait donc vaincre le capital ?

 

Ce qu'on ne te dit pas

À partir d'ici, je ne me donne pas le beau rôle. La question que je me pose est la suivante : a-t-on trouvé, dans les cercles d'abondance, un système égalitaire où personne ne profite des autres et où chacun fait son choix en connaissance de cause ? On ne peut pas crier victoire avant d'avoir répondu à cette question, n'est-ce pas ? Je vais tenter de t'expliquer pourquoi j'y réponds négativement et quelles sont, à mon avis, les conséquences d'une participation à ce système.

Une petite question a dû venir te titiller – probablement vite étouffée par ton enthousiasme et celui de ton ami : si chacun met 1 000 euros dans la corbeille et finit par récupérer 8 000 euros, cela signifie que le cercle d'abondance « crée » de l'argent. Comment ? D'où vient cet argent ? Parce que s'il n'y a pas création de richesses,  personne ne peut « gagner » sans que quelqu'un d'autre perde. Et c'est bien là que la bât blesse ! Peut-être même que lors de la première réunion, quelques personnes un peu sceptiques ont posé des questions à ce sujet. As-tu eu des réponses précises ?

Je te propose d'aller regarder un peu en détail ce qui se passe. C'est un peu technique par moment, mais bien moins qu'un devis pour un prêt bancaire ! Et puis si tu es tenté par ce principe, il faut bien comprendre ce à quoi tu t'engages, non ?

Partons de la toute première personne qui crée le tout premier cercle. Elle cherche deux personnes (facile !), qui devront trouver deux personnes chacune (facile !) et ainsi de suite... La première question, qui semble anodine mais qui ne l'est absolument pas, c'est : facile jusqu'à quand ? En effet, tout le système est basé sur la croyance suivante : « il est aisé de trouver indéfiniment deux personnes qui voudront rentrer dans la boucle ». Alors regardons, de manière rigoureuse, combien de gens doivent être rentrés dans la bulle pour que tu sois absolument certain de toucher tes 8 000 euros :

Si tu crées un cercle (génération 0), il faut 1+2+4+8 = 15 personnes ;
Si tu fais partie de la première génération, il faut 1+2+4+8+16 = 31 personnes ;
Si tu fais  partie de la deuxième génération, il faut 1+2+4+8+16+32 = 63 personnes ;
Si tu fais partie de la troisième génération (les premiers qui donnent 1 000 euros, et donc qui ne gagnerons, en théorie, que 7 000 euros), il faut déjà  1+2+4+8+16+32+64 = 127 personnes.

Étant donné que nous cherchons un système égalitaire et juste, la question n'est plus de savoir si tu vas réussir, toi, à toucher tes 8 000 euros, mais elle est de savoir si tout le monde, après toi, réussira à récupérer ses billes et même à financer son projet, puisque c'est ce que tu leur as promis. Donc la question devient : te semble-t-il toujours aussi simple de faire en sorte que les personnes du troisième cercle s'en sortent bien ? Et ceux qui suivent ?

Afin de te donner un ordre d'idée, pour que toutes les personnes soient gagnantes jusqu'à la seizième génération, il faut que plus d'un million de gens soient dans la boucle ;  jusqu'à la 19e génération, il en faut 67 millions ! C'est plus de gens encore que la population vivant en France...

Plus généralement, pour ceux qui n'ont pas été traumatisés par leurs cours de mathématiques, on peut démontrer par récurrence la chose suivante : pour que toutes les personnes de la ne génération soient gagnantes, il faut 1+2+...+2n+3 personnes dans le processus. Ceci est la somme des termes d'une suite géométrique de raison 2 : elle vaut 2n+4 – 1. Contrairement à ce qu'on t'a peut-être dit, le nombre de personnes dans le système doit croître de manière exponentielle.

On me rétorquera que ce n'est pas tout-à-fait comme cela que ça se passe : certaines personnes peuvent revenir dans la boucle, dès qu'elles ont gagné. Il y aurait donc beaucoup moins de gens impliqués que les chiffres astronomiques cités ci-dessus. Alors, allons voir ! Supposons que dans un élan unanime, toutes les personnes retournent dans la boucle à chaque fois qu'elles ont gagné. Je donne le calcul exact en annexe : il faut encore 15*2n personnes pour que tous ceux de la n ième génération soient gagnants ; ce qui fait encore 7,8 millions pour la dix-neuvième génération. Ceci vient du fait que le nombre de personnes sur un cercle est très, très supérieur au nombre de personnes sur le cercle précédent. Donc, même si une génération entière décide de se réinscrire, il va falloir recruter énormément de nouvelles personnes. Il y a d'autres variantes de cet « argument », mais on peut tourner ça dans tous les sens : il n'est pas possible de rendre tout le monde gagnant avec ce système.

Bref. Ce que signifient tous ces chiffres, c'est que l'on est gagnant à coup sûr que si l'on rentre très tôt dans le processus : au bout d'un moment, il devient évident que le nombre de personnes « recrutables » va diminuer drastiquement. Et les derniers seront les premiers... euh, non.. seront lésés. Une fois compris ceci, ben, il faut refiler la patate chaude dare-dare afin de ne pas être le dernier...

Et tu n'y as vu que du feu, mais tu te retrouves dans la même situation que tous les traders que tu as descendu en flamme il n'y a pas si longtemps... tu te souviens ? l'histoire des subprimes, les produits dérivés dits toxiques, les produits financiers à haut risque. Le trader est gagnant à condition de refiler le schmilblick à quelqu'un d'autre avant que tout ne s'effondre. Soit il entretient le système, soit il perd tout. À ceci près que le trader, lui, n'a jamais prétendu changer les règles du capital...

Te voilà donc dans une situation bien inconfortable : une fois que tu as mis le pied dedans, soit tu incites quelqu'un à te rejoindre en lui refilant par là-même le cadeau empoisonné, soit tu perds tout ce que tu as misé...

Qu'est-ce que tu fais ?

 

Ma conclusion

L'argent devait circuler : il a circulé. Mais toujours dans le même sens : vers le centre. Et où sont la plupart des gens ? En périphérie... À ce stade, je voudrais vraiment insister sur un point essentiel : en général, ceux qui décident de rentrer dans des cercles et qui le proposent à leurs amis sont de bonne foi. Ils étaient dans la même situation que toi avant d'y rentrer : ils avaient un projet et besoin de thunes et une personne de confiance est venue leur confier ce secret...

Et si ce secret doit rester bien gardé, c'est effectivement parce que c'est illégal. Et à présent, je dirais illégal et illégitime. Pour que tu saches ce à quoi tu t'exposes, faire partie d'un cercle d'abondance peut être puni pénalement (voir ci-dessous). Et ceci parce que, que tu le veuilles ou non, que tu le saches ou non, tu auras abusé de la confiance et/ou de la faiblesse des gens que tu auras invités.

Voici donc un système, un de plus, où certaines personnes s'enrichissent sur le dos des autres. La différence avec le système bancaire, c'est qu'on a prétendu agir de manière égalitaire ; c'est aussi que tu n'agis pas en connaissance de cause (on ne t'a pas averti des conséquences de tes actes) ; c'est que tu risques d'être condamné ; c'est que tu deviens celui qui s'enrichit sur le dos des autres ; et c'est enfin que tu embarques les gens que tu aimes dans une sacrée galère. Et s'ils comprennent ce que tu les as incités à faire, de bonne foi ou non, tu risques fort de les perdre... Le « coût » de ton projet vient d'augmenter sérieusement, non ?

À présent,  il ne te reste plus qu'à trouver une solution pour financer ton projet et surtout à faire preuve de solidarité – au vrai sens du terme –  envers ton ami pour l'aider à sortir de tout cela la tête haute.  Et si vous y arrivez, je veux bien que vous me racontiez comment vous vous y êtes pris !

Guillemette Reviron


Pour en savoir plus :

Les cercles d'abondance et la loi

  • Deux exemples de textes de loi relatifs aux cercles d'abondance :

Article L 122-6 du Code de la Consommation : Est interdit « Le fait de proposer à une personne de collecter des adhésions ou de s'inscrire sur une liste en lui faisant espérer des gains financiers résultant d'une progression géométrique du nombre de personnes recrutées ou inscrites ».

Article L 122-7 du Code de la Consommation : « Sans préjudice de l'application, le cas échéant, des peines prévues aux articles 313-1, 313-7 et 313-8 du code pénal, toute infraction à la présente section sera punie d'une amende de 4 500 euros et d'un emprisonnement d'un an.
Le délinquant pourra être, en outre, condamné à rembourser à ceux de ses clients qui n'auront pu être satisfaits les sommes versées par eux, sans qu'il puisse avoir recours contre ceux qui ont obtenu la marchandise ».

Tu pourras trouver d'autres textes de loi sur anticercles.blogspot.com et des articles sur des jugements prononcés :  dans la rubrique Quand la justice passe.

  • Calculs dans le cas où les personnes gagnantes re-rentrent dans la bulle

Supposons donc que toutes les personnes retournent dans la boucle à chaque fois qu'elles gagnent et reprenons notre calcul :

- pour que le centre soit gagnant, il faut toujours 1+2+4+8 personnes différentes.
- pour que la première génération soit gagnante, il faut 1+2+4+8+(16-1) personnes différentes, puisque le centre est venu se mettre sur le nouveau cercle.
- pour que la deuxième génération soit gagnante, il faut 1+2+4+8+(16-1)+(32-2) personnes différentes.

En général, on démontre par récurrence que, pour que la ne génération soit gagnante, il faut 1+2+4+8+(16-1)+...+[2n+3 - 2n-1] personnes différentes. En effet, les personnes gagnantes à la ne génération se réinscrivent à la génération n+4, donc les personnes de la génération n-1 se réinscrivent bien à la génération n+3.

On peut réécrire ceci de la manière suivante : [1+2+4+...+2n+3] – [1+2+...+2n-1].

On reconnaît deux fois la somme de termes d'une suite géométrique de raison 2. Ce qui précède vaut donc [2n+4 - 1] – [2n – 1] = 2n+4 – 2n =2n.[24 – 1] = 2nx15.

Rien à faire : ceci reste à croissance exponentielle !


Les cercles « perfectionnés »

Le fonctionnement des bulles est parfois plus complexe que ce que j'ai décrit : les organisateurs  tentent sans arrêt d'« améliorer » les règles en prétendant qu'avec le nouveau système, il n'y a pas de perdants. Résultat des courses : c'est de plus en plus compliqué de comprendre ce qui se passe et tout nouvel arrivant est convaincu d'être totalement protégé. Mais garde en tête la chose suivante : « s'il n'y a pas création de richesses et si je gagne, c'est forcément que quelqu'un d'autre perd ». Ce n'est pas possible autrement (voir l'article du forum de nopyramide).

 

Références :

 

 


LEÇON DE CHOZ :
Petit cours de manipulation à l'usage de jeunes parents


 

Ce titre n’est pas sans vous rappeler un livre bien connu j’en suis certain [1]. L’avoir lu dans ma jeunesse (ça fait trois ans) ne m’a pourtant pas permis de déjouer les pièges d’une vente à domicile sournoisement orchestrée. Laisse-moi donc, lecteur mon ami, te conter cette terrible histoire de manipulation mentale à laquelle j’ai été soumis de façon totalement libre.

Pour situer les choses, je suis un jeune papa. Jeune et insouciant, heureux et fier, bref, la vie est belle depuis ce jour du 12 septembre où Zoé est née à 12h28 [2]. Le lendemain, comme il est de coutume dans les maternités, nous recevons la visite d’une dame équipée d’un appareil photo : ma sagacité habituelle me permet d’en déduire que c’est la photographe « officielle » de l’hôpital. Les idées de poses sont classiques mais notre bonheur est aveugle. Rien ne nous est demandé à part nos coordonnées : nous serons contactés plus tard pour une présentation des clichés.

Pour avoir déjà vu ce genre de pratique, je reste toutefois méfiant : où se cache le piège ? Tout simplement dans la promesse d’une photo gratuite. La gratuité est en effet un puissant argument de vente, comme nous l’explique Dan Ariely [3]. Ainsi, ce n’est pas la valeur de la ristourne reçue qui compte mais bien le fait que l’on nous propose un article totalement gratuit.

Un mois plus tard et comme convenu, ma femme reçoit un coup de fil de ladite photographe (que j’appellerai dorénavant Elizabeth) qui se propose de venir nous présenter les « superbes » photos de notre « adorable » petite fille : « C’est un travail réalisé avec goût, mais je ne vous en dit pas plus… » Ca tombe bien, j’adore les mystères… Elle viendra un jeudi après-midi, juste quand je n’ai pas cours [4].

Première erreur donc : nous avons accepté de la faire venir. En effet, cette faute est majeure dans le processus qui va à présent se mettre en place. Cialdini nous explique ainsi que notre désir de cohérence, à savoir le fait de toujours agir en accord avec nos actes ou déclarations déjà exécutés, risque de nous pousser à agir dans le sens de ce premier choix : « Dès que nous avons pris position ou opté pour une certaine attitude, nous nous trouvons soumis à des pressions intérieures et extérieures qui nous obligent à agir dans la ligne de notre position première : nous réagirons de façon à justifier nos décisions antérieures. » [5]. Bref, je ne risque pas de la faire venir pour rien. Heureusement, la photographe n’a pas manqué de nous rappeler que, quelque soit notre choix, nous avions droit à une photo gratuite (offerte par la maternité). Première barrière franchie : notre engagement est acquis, la manipulation peut se mettre en place. C’est en effet l’engagement librement décidé (en tout cas le croyons-nous, je rappelle que l’offre de gratuité n’y est pas pour rien) qui constitue le point crucial de cette première barrière psychologique d’autodéfense contre les assauts commerciaux. Cialdini précise que l’engagement est à la source de ce puissant désir de cohérence : « Si je peux vous pousser à un engagement quelconque, j’aurai préparé le terrain et pourrai vous pousser à vous en tenir, avec une cohérence automatique et inconsidérée, à cet engagement. Lorsqu’on a pris position, on a naturellement tendance à se comporter de façon obstinément cohérente avec cette position. » (p. 79). Joule et Beauvois (id., p. 75) font remarquer à ce propos que ce sont nos « actes comportementaux », nos conduites effectives, bref, nos agissements visibles par les autres qui nous engagent et non pas ce qui se trouve dans nos têtes à l’état d’idées ou de sentiments.

Me voilà donc, en cet après-midi d’automne, à laisser entrer dans notre chez nous l’ogre Élisabeth. J’avoue sincèrement avoir négligé ici un point important : une préparation mentale avec ma femme. Je me croyais sans doute en sécurité, équipé d’un talisman anti-attaque-irrationnelle : mon t-shirt de l’Observatoire zététique. Un autre point important, en tout cas pour ma part, fut vraisemblablement d’accueillir moi-même la charmante quinquagénaire : je pus alors être soumis à toute une série d’influences centrée autour d’un principe de manipulation bien connu des psychologues : la sympathie. Cela ne surprendra personne mais, de façon générale, nous sommes plus enclins à accepter les demandes de personnes qui nous semblent sympathiques. Cialdini détaille plusieurs façons de se rendre sympathique : l’apparence physique (on trouvera naturellement des qualités à une personne au physique harmonieux), la similarité (nous aimons ce qui nous ressemble), le contact et la coopération (être familier de quelqu’un nous le rend plus sympathique [6], avoir un même but également), l’association (le fait d’être associé à la victoire de l’équipe de France me rendra plus sympathique que si je le suis à la crise économique) et enfin les compliments. Notre photographe a su parfaitement utiliser bon nombre de ces leviers.

Ainsi, elle me demanda longuement des nouvelles de Zoé (pendant quinze bonnes minutes) et de sa maman, me fit un nombre incalculable de louanges sur sa photogénie (« Vous allez voir, elle est mAAaaagnifique… »), et m’expliqua qu’il ne fallait pas s’inquiéter car, maman elle-même, elle avait vécu la même chose (utilisation de la similarité). Assez bizarrement, alors qu’elle me demandait toutes ces informations, ma méfiance s’estompa. Mais la maman arriva juste à temps et je pus alors retrouver un brin de lucidité en prenant un peu de recul.

C’était sans compter sur la présentation des photos : cette chère Elizabeth nous exposa – après un bref rappel de la gratuité d’un cliché – un album de photos imprimées comme on en trouve de plus en plus le web. Le livre, au format BD, contenait une vingtaine de pages et douze photos de Zoé déclinées en noir et blanc, sépia ou floutée. Le travail, de bonne facture, était nominatif : autant dire qu’il n’attendait plus que notre chèque. Puis vint le défilé des autres articles, tous présentés avec un enthousiasme que nous ne pouvions qu’encourager : quand on voit sa fille en image, on devient très vite gaga. De la photo encadrée à la toile à accrocher au mur en passant par l’album mini pour les grands-parents, tout y passa, même le nounours avec t-shirt imprimé ! Mais aucune présentation de « simples » photos, sans support. Bizarre…

Arrive le moment des tarifs. Elle nous explique qu’il y a différentes formules et nous présente la première : album + photo encadrée + nounours. Dans ma tête, je calcule rapidement et j’estime largement aux environs de 70-80 euros. Elizabeth, sans broncher, nous annonce 280 euros !! Juste quatre fois plus que ma prévision ! Je me retiens de rire et me dis que cette dame est givrée : comment peut-elle espérer que l’on puisse acheter ces articles à un tel prix ?

Mais la dernière étape de la manipulation vient juste de commencer : elle enchaîne en nous présentant les formules suivantes. On passe successivement de 320 à 470 euros, la super-mega formule avec, notons-le, le cédérom des photos. Après un moment d’isolement et de concertation, nous décidons courageusement de négocier : budget maximum 100 euros. C’est ici que le piège va se refermer. En nous écoutant poliment décliner les offres proposées, Elizabeth ne semble pas du tout gênée et nous demande notre budget. Elle nous présente alors d’autres formules, beaucoup moins chères relativement aux premières, mais à partir de 180 euros. Toujours trop cher. Naïvement, nous lui demandons alors s’il est possible de n’avoir que l’album ? Non. Uniquement les photos alors ? « Évidemment !! Je vous propose douze photos plus un album vierge pour 129 euros… ». Trop cher encore. Finalement, pour 100 euros, nous avons choisi dix photos toutes simples, soit… dix euros LA photo ! Pour information, ce sont des photos 15 par 20 cm, belles mais sans plus, photos que l’on peut imprimer en ligne pour douze centimes…

Comment sommes nous arrivés à payer ce prix ? Une bonne porte dans le nez certainement. En effet, juste après son départ et dépité par notre engagement sans réserve pour l’achat déraisonnable commis, je me suis jeté sur le Petit traité à la recherche de cette tactique bien connue qu’est la porte-au-nez. Son principe est simple et utilisé certainement depuis la nuit des temps dans le commerce : il consiste à formuler une première proposition exorbitante avant d’en formuler une seconde qui ne l’est pas, ou qui l’est moins. Joule et Beauvois indiquent l’importance non pas du rejet de la première offre mais surtout du fait qu’on la juge trop coûteuse. On peut très bien rejeter la requête initiale sans pour autant la trouver exorbitante. Il ne faut donc surtout pas hésiter à demander l’impossible. Et quoi de plus impossible que d’inviter des parents au budget rétréci après une naissance à payer presque trois cents euros pour des photos ?!

Cette belle porte-au-nez nous a donc coûté cent euros, pour dix photos… D’ailleurs, quand j’en parle autour de moi, tout le monde me rit bien… au nez naturellement. J’espère au moins que j’aurais convaincu le lecteur que ni ma lucidité, ni mon rationalisme, ni mes connaissances en psychologie sociale, ni même ma fragilité mentale ne sont en cause. Non, tout simplement un engrenage qui, malgré une méfiance naturelle, m’a amené à subir le joug de la soumission librement consentie…

 

Denis Caroti

Notes :

[1] Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Joule & Beauvois, Presses Universitaires de Grenoble, 2004.
[2] L’heure ultra précise de la montre de notre sage-femme est fondamentale pour déterminer l’ascendant.
[3] C’est (vraiment ?) moi qui décide, Dan Ariely, Flammarion, 2008.
[4] Tout est prévu évidemment, la photographe ayant « demandé » que je sois présent.
[5] Influence et Manipulation, Robert Cialdini, First Éditions, 2004, p. 69.
[6] Dans la mesure où ce contact est associé à des expériences agréables.

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Chronique zétético-musicale n°14 : M, Louis et Andrée Chedid

Le chanteur-guitariste M, qui a plagié la coupe de cheveux de Florent Martin, a sorti cette année son dernier album, Mister Mystère, tout un programme. Il a déclaré en septembre au Journal du jeudi que faire sa promo était sa « psychanalyse d’après travaux ». Ok. Faut dire que dans la famille Chedid (M, c'est Mathieu Chedid), la psychanalyse est une sorte de refrain. Son père, Louis, chantait déjà son « moi » profond dans l'album Boucbelair en 2001 (pour l'écouter, Deezer, tapez « Louis Chedid moi »). Ça donne ça.

 

Mon moi & Moi
Depuis des lustres, je me traîne / Ce rabat-joie schizophrène
Apôtre de la raison / Empêcheur de tourner en rond
Un moraliste, un censeur / Qui a le plaisir en horreur
Pour moi qui pense le contraire / La vie est un enfer

Mon moi et moi / C'est vraiment pas cool
Pauvre de moi, des fois / Je lui mettrais des coups de boule
Sans arrêt à / Me poser des questions qui m'embrouillent
Comment, pourquoi? / Un vrai casse-couille

Il dit que trop manger ça fait grossir
Qu'à trop boire, trop fumer, on va prématurément vieillir
Qu'il faut travailler pour réussir
Quand je suis fatigué, il pousse des soupirs
Jamais assez comme ci, jamais assez comme ça
Reproches, réprimandes, en veux-tu? en voilà!
Comment ai-je pu tomber sur ce malade mental
Qui prend son pied à me traiter comme un animal

Mon moi et moi / C'est vraiment pas cool
Pauvre de moi, des fois / Je lui mettrais des coups de boule
Sans arrêt à / Me poser des questions qui m'embrouillent
Comment, pourquoi ? / Un vrai casse-couille

Depuis le temps que je me tape / Ce dangereux psychopathe
Je ne me fais plus d'illusions / Aucun espoir de guérison
Mon moi et moi...

La grand-mère de M, la maman de Louis, Andrée, écrivain et poétesse, a elle aussi trempé dans la psychanalyse, elle était grande copine avec Françoise Dolto (voir Herbier n°2 dans la POZ n°53), celle dont Jean Lebrun sur France Culture a dit qu'elle était presque une sainte (voir ci-après Herbier n°3), ce qui nous fait penser à cet excellent bouquin Le mythe de mère Teresa, ou comment devenir une sainte par un bon plan médiatique de Christopher Hitchens. Et pour montrer que certains ne perdent pas le nord, voici Anne-Laure Gannac, une journaliste de la revue-poubelle Psychologies, qui s'est servi de la relation Andrée-Louis pour étayer son livre Mère-fils, l'impossible séparation paru en février 2007. J'adore ce titre, car c'est un titre-puits, ça a l'air profond, mais ce n'est que creux  : quel que soit le type de relation d'une mère et d'un fils, il y aura toujours soit séparation mais jamais totale (dans ce cas elle est impossible), soit il n'y a pas séparation, dans ce cas-là elle est impossible. Oui, je sais c'est compliqué, mais c'est de la psychanalyse. Si tout va bien, elle fera la même chose avec père-fils (M et Louis, Nicolas et Jean Sarkozy, ou Johnny et David Hallyday, voir la dernière newsletter), puis avec mère-fille (les Trintignant), ou père-fille (Jean-Marie et Marine Le Pen, José et Marie Bové). Puis elle vendra le tout relié, et demandera à Élisabeth Roudinesco d'en faire l'exégèse.

En fait, la psychanalyse, c'est comme dans le cochon, tout est bon.

Richard Monvoisin



 

En librairie

Penser le risque

Apprendre à vivre dans l'incertitude
Gerd Gigerenzer
Éditions Markus Haller
373 pages - 25 euros

Tous les jours, nous sommes amenés à prendre des décisions dans un environnement incertain. Les différents sujets de controverses technologiques actuels sont également au cœur d’un processus d’évaluation des risques. C’est dire l’intérêt de l’ouvrage de Gerg Gigerenzer.

La thèse centrale de l’auteur peut se résumer en 2 points : nous avons une illusion de certitude alors que nous vivons dans un monde de probabilités ; le langage mathématique utilisé dans ce domaine n’est pas adapté à la compréhension des probabilités pour des non spécialistes. En effet, voici un exemple significatif d’expression des probabilités sur le diagnostic des cancers du sein :

La probabilité pour qu'une femme de 40 ans développe un cancer du sein est d'environ 1 %. Si elle a un cancer du sein, la probabilité pour que le résultat d'une mammographie soit positif est de 90 %. Si elle n'a pas de cancer du sein, la probabilité pour que le test soit malgré tout positif est de 9 %. Quelle est la probabilité pour qu'une femme dont la mammographie donne un résultat positif ait véritablement un cancer du sein ?

Il est clair que ce n’est pas simple à comprendre… Mais Gerd Gigerenzer ne se borne pas à exposer nos limites et nos erreurs de perception. Il promeut une solution pour permettre au citoyen d’être éclairé sur les risques à gérer : présenter les probabilités sous forme de fréquence naturelle. Ce qui nous donne ici, pour le même exemple précédent, cette nouvelle formulation :

Considérez 100 femmes. Une d'elle est atteinte du cancer du sein, et la mammographie donnera très certainement un résultat positif. Sur les 99 qui n'ont pas de cancer du sein, 9 auront également un résultat positif. Ainsi 10 femmes en tout auront une mammographie positive. Combien parmi elles  sont-elles vraiment atteintes d'un cancer du sein ?

Fabuleusement limpide, ne trouvez-vous pas ? (voir une autre illustration avec notre ardoise n°3 « Faut-il opérer ? »)

Vincent Laget


BOTANIQUE ET ZÉTÉTIQUE
La psychanalyse, avec p comme poulpe et l comme lichen



Herbier psychanalytique n°3, novembre 2009

Il y a quelques mois, je lançais mon opération Herbier. Voici donc la troisième et dernière fournée. Je ne garde que quelques exemples, j'enlève une conférence de Serge Tisseron, un passage sur le « transfert » à la minute 18 du documentaire Délivrez-nous du mal d'Amy Berg (2006) traitant de la pédophilie du père Oliver O'Grady, quelques extraits du film Dédales de René Manzor (2002), et surtout un effroyable cycle de France Culture dans les Chemins de la connaissance fin octobre.

1er novembre : je tombe sur un article dans L'Écho des savanes relatant cette ancienne entrevue de Carla Bruni avec Psychologies Magazine de Janvier 2002. Extraits : « tout le monde devrait faire une analyse... Malheureusement il y aura toujours des gens qui n'auront pas envie de se sentir mieux. La psychanalyse est une partie essentielle de ma vie. Je suis une absolue « pratiquante ».(...) Vivre est douloureux, la condition humaine est douloureuse. Même être un chat, c'est peut-être douloureux. La psychanalyse permet d'accepter la réalité de la vie, donc la douleur. (...) Je crois en la réalité, pas en un dieu. J'ai besoin d'explications. Et les seuls qui m'intéressent sont les explications psychanalytiques (...) Dans dix ans ? Je rêverais d'être psychanalyste. »

 

2 novembre : dans Du Grain à moudre du 22 octobre sur France Inter, Adrien Barrot, professeur de philosophie, cite Jean Ameri dans la préface de 1976 de Par delà le crime et le châtiment. « L'antisémitisme a une psychologie collective profondément ancrée, et aussi une infrastructure qu'on peut sans doute faire remonter en dernière analyse à des sentiments ou des ressentiments religieux refoulés ». Psychologie collective, pourquoi pas, même si ce n'est pas bien clair. Infrastructure ? Mouais, pas sûr de comprendre. Sentiments religieux refoulés ? Je ne comprends pas du tout, mais ce n'est pas grave, puisqu'ils sont refoulés, ces sentiments. Théorie qui se referme sur elle-même, car si je doute de l'existence de ces sentiments, c'est que je les refoule. Personne ne relèvera dans l'émission cette tranche de pensée à un euro la tonne.

 

6 novembre : une perle dans Reporters, sur France Inter. On y cause du mur de Berlin et des grands murs du monde, érigés pour « contenir » des peuples. Jean-Marc Four nous demande alors : « Pourquoi autant de murs ? Est-ce un « désir » de mur ? »

Désir dans cette phrase n'a de sens qu'en psychanalyse : si nous satisfaisons un besoin, s'ensuit une satisfaction de la douleur éprouvée. « Quand l'individu éprouvera une nouvelle fois ce besoin, émergera simultanément le souvenir de la satisfaction jadis obtenue. Le désir est tourné vers le passé ; l'individu veut la restauration de la satisfaction qu'il a obtenue la première fois. C'est cette considération nouvelle par rapport au besoin qui fait que le désir ne peut être comblé tout à fait, et que nous sommes voués à une insatisfaction perpétuelle » (Wikipédia). Alors le désir de mur, c'est très pratique, ça remplace toute la géopolitique.

 

8 novembre : je vous avais promis de mettre à disposition l'émission à peine raccourcie d'Élisabeth Roudinesco sur Lacan chez Raphaël Enthoven. La voilà, mais je n'ai pas réussi à en faire un best of, il y a trop de choses. C'est un best of à elle toute seule. Mais aujourd'hui, incroyable ! Je me rends compte que dans le générique de l'émission scientifique de France Inter, La Tête au Carré, on entend... mais oui ! C'est... Élisabeth Roudinesco. Mathieu Vidard a l'habitude de jongler entre du boulot scientifique solide (récemment Olivier Brosseau sur les créationnismes) et des reportages scientifiquement très pauvres (biodynamie, aromathérapie, Intelligent Design avec T. Xuan Thuan, etc.) mais là, il y a erreur de casting. Comble de l'histoire : la seule fois où j'ai causé à France Inter, c'était dans cette émission. Comme dirait Djamel Debbouze, « Turrrrrrends compte ? »

 

14 novembre : je découvre grâce à Jean-Louis (Racca) la chronique de France Info « Savoir être » : une conseillère en psychologie donne des conseils essentiellement aux parents. A été choisi une psychanalyste, Claude Halmos. N'oublions pas que psychanalyste est un titre qui ne valide aucun contenu, aucune compétence, aucun travail autre que le fait d'avoir été suivi un temps indéterminé en analyse chez un autre. Mode de transmission assez étrange.

J'ai monté l'émission du jour (2 minutes et quelques) en coupant quelques bouts. On entend ceci : « le diagnostic de précocité sert souvent à masquer beaucoup de troubles ». Souvent ? Beaucoup ? Quels troubles ? Puis « C'est la question essentielle, et c'est sûrement celle que ses parents ne se posent pas assez, parce qu'ils parlent de ce garçon comme si c'était sa personnalité d'être un peu différent, mais c'est quand même oublier qu'on ne se construit pas tout seul, on se construit par rapport aux autres, et surtout par rapport à l'inconscient de ces autres, et il faudrait se demander à quoi correspondrait le personnage que semble incarner ce garçon un être un peu différent des autres, habillé à l'ancienne, danseur, un peu précieux, sans doute un peu affecté, sans doute un peu affecté à quel désir, à quel rêve dans la famille ou dans les générations précédentes cela correspondrait : je crois qu'il faudrait vraiment que ses parents consultent avec ce garçon un psychanalyste ».

Se construire surtout par rapport à l'inconscient des autres... Pourquoi pas, mais cela veut dire qu'il y aurait un déterminisme puissant vis-à-vis de l'inconscient (c'est-à-dire les désirs inintelligibles des autres ?) - grosse contradiction avec le discours psychanalytique classique qui refuse à la psychologie et la psychiatrie la possibilité de sourcer les pathologies. Cela voudrait dire aussi qu'un gamin un peu dégenré, affecté, danseur, puiserait son comportement dans le « rêve » de la famille, ou... des générations précédentes !? On frise la psychogénéalogie, non ? (voir nos articles critiques)

Autre émission du 21 novembre : « Aujourd'hui beaucoup de jeunes parents posent des questions à leurs propres parents parce qu'en fait ils attendent inconsciemment que leurs parents leur donnent l'autorisation de trouver la réponse eux-mêmes, c'est-à-dire leur donne l'autorisation d'être aussi compétents qu'eux ».

Jolie phrase, mais de deux choses l'une : soit les parents posent la question directement à leurs propres parents, consciemment. Soit ils demandent, mais sont « agis » par un inconscient dans cette demande. Or cet inconscient, si j'ai bonne mémoire, est le stock des envies refoulées et des désirs non intelligibles. Alors, si attendre que leurs parents leur donnent l'autorisation, c'est ça le désir non intelligible, comment se fait-il que l'inconscient des parents choisisse une si bonne stratégie (demander à leurs propres parents) ? Oui, je sais, c'est compliqué, j'ai même dû me relire. Enfin, le postulat de base est ici que les parents partent du principe que leurs parents furent compétents, ce qui ne va pas de soi. Mais au fond, ce qui chiffonne, c'est que si on met cette phrase à la négative, elle est tout aussi vraie, non ?

 

27 novembre : je me rends compte que Sur les docks de France Culture invite régulièrement des psychanalystes pour causer de psychologie. Jean-Marc Berthomé, psychanalyste, Reine-Marie Halbout, psychanalyste et coach, psychologue clinicienne, membre de la Société Française de Psychologie Analytique, Pascale Pynson, coach et psychanalyste, Jean-Marc Berthomé, psychanalyste, et le 27 novembre, c'était Radu Clit, psychanalyste.

Je pense que c'est le présentateur, Jean Lebrun, qui est très imbibé de ce mode de pensée : j'ai retrouvé une émission de France Culture Travaux publics d'octobre 2005, traitant de Dolto. On y entend cette phrase de Françoise Dolto : « Une fois analysée, j'ai compris qu'il n'y avait rien de contradictoire avec la dynamique de l'inconscient dans les Évangiles ». Puis (encore) Élisabeth Roudinesco vient reporter la responsabilité des positions douteuses de Dolto sur le droit des fœtus sur ses continuateurs doltoïens, et nous offre un morceau d'anthologie où elle nous dit : « Je suis en désaccord complet avec ce que j'appelle la psychologisation de la société, non pas l'existence des psychologues (...) qui font un travail formidable souvent, mais l'idée qu'on doit normaliser par la psychologie les comportements, c'est le contraire de la psychanalyse ». C'est étrange : nous sommes de plus en plus nombreux à penser l'exact opposé.

 

2 décembre enfin : dans l'émission La fabrique de l'histoire, sur France Culture, on aborde la question du traumatisme de guerre. Les invités sont trois, dont Françoise Davoine, psychanalyste. On nous dit dans la fiche que les invités « débattent ici de la prise en compte récente par les historiens de ces approches psychologiques ». La psychanalyse est à la psychologie ce que le créationnisme est aux sciences ; accepterait-on d'inviter des créationnistes et de parler « d'approche des sciences biologiques ».

 

Je m'arrête là pour cet herbier. Mon hypothèse semble se confirmer : la plupart des places dévolues aux psychologues semblent trustées par les psychanalystes, dont la pratique part de prédicats contestables, avance des prétentions qu'elle ne remplit pas et ne se soumet pas à la critique rationnelle. Je suis donc assez inquiet.

 

Richard Monvoisin

 

Petit erratum : dans l'herbier dernier, je soulignais que Véronique Campion-Vincent ne s'offusquait pas des propos tenus lors de l'émission du 4 octobre. Il fallait comprendre aux propos de P. Lévy-Soussan, pas à ceux de Françoise Dolto que je donne dans ma critique - auxquelles elle aurait à coup sûr fortement réagi.


AGENDA


 

Café scientifique

L'association des Cafés Sciences et Citoyens de l'Agglomération grenobloise organise le mardi 19 janvier 2010 à 18h30 un café sciences et citoyens sur le thème « Ces ondes qui inquiètent : portable, antennes, wifi, wimax... » Le danger potentiel sur la santé des ondes électro-magnétiques est un sujet d’inquiétude qui ne tarit pas depuis l’apparition du téléphone portable il y a une quinzaine d’années. S’y sont rajoutées récemment des inquiétudes concernant les connexions informatiques sans fil (wifi, wimax) en même temps que se multipliaient ces types de réseau.

Au cours de cette soirée, les intervenants (Vincent Bonneterre, médecin du travail ; Benoit Ponsard, enseignant-chercheur en télécommunications et Jacqueline Collard, représentante associative) amèneront des réponses aux questions basiques permettant de dépassionner le débat. Qu’est ce qu’une onde électromagnétique ? Comment se propage-t-elle dans l’air et dans la matière ? Quels sont les différents types d’onde et les puissances utilisées dans le monde sans fil ? Comment sont décidées les normes ? Comment ces ondes pourraient elles générer des dysfonctionnements biologiques sur l’homme ? Comment s’en protéger ? Quels sont les symptômes rapportés par les sujets électrosensibles ? Quel s sont les premiers résultats d’études épidémiologiques ? Quels sont les sujets d’inquiétude qui subsistent ?
Le public pourra également poser ses questions, témoigner, donner son opinion dans une discussion avec les trois invités.

 

Ces ondes qui inquiètent : portable, antennes, wifi, wimax...
Mardi 19 janvier 2010 à 18h30
Café des arts
36 Rue Saint-Laurent 38000 Grenoble
Entrée libre

Renseignements : sciences.citoyens.free.fr

 

 

Conférences

La quatrième conférence zététique du cycle « Les 7 Z : venez dynamiter les idées reçues » organisée par l'OZ et l'association Antigone aura lieu le 20 Janvier 2010. Brigitte Axelrad y parlera des ravages des thérapies de la « mémoire retrouvée » : manipulation mentale, faux souvenirs, accusations, ruptures….

Quand Sigmund Freud élabora la théorie de la séduction, il encouragea ses patientes en analyse à livrer des confidences sur leur vie hautement privée, montrant un intérêt particulier pour les récits d’abus sexuel « commis par les pères ». Puis, devenu conscient des risques, pour l’exercice de sa profession, d’une théorie qui, de plus, « ne fonctionnait pas », il l’abandonna et formula la théorie du complexe d’Œdipe. Il rangea alors les récits de ses patientes parmi les fantasmes et les fabulations. C’est alors qu’un grand nombre de thérapeutes se divisèrent. Les uns se rallièrent à la théorie des fantasmes œdipiens, niant en bloc les récits d’abus subis dans l’enfance, les autres, à l’ancienne théorie de la séduction et encouragèrent avec force ces récits.

C’est dans cette confusion née du freudisme et de ses contradictions et dans le conflit entre les thérapeutes et le mouvement féministe que naquirent, aux États-Unis, les thérapies de la « mémoire retrouvée », qui se propagèrent comme une traînée de poudre dans plusieurs pays, dont la France. Nous essaierons ensemble de démêler l’écheveau des croyances, des théories pseudoscientifiques et des techniques de manipulation qui ont conduit aux ravages engendrés par les thérapies de la « mémoire retrouvée » et des « faux souvenirs ».

 

Les ravages des thérapies de la « mémoire retrouvée » : manipulation mentale, faux souvenirs, accusations, ruptures...
Mercredi 20 janvier 2010 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org

 

 

Débat

Tous les mercredis, Richard Monvoisin organise pour la troisième année consécutives les Midis Critiques, des séquences-débats d'analyse critique des médias sur des sujets de société. Ça se passe à EVE  sur le Campus de Saint-Martin-d'Hères, de 12h à 13h30, et c'est ouvert à tous. Ça commence le 3 février, avec pour thème « Pourrions nous tous être tortionnaires ? », puis continue le 10 février avec  « Faux et usage de faux dans les médias ».

Le Programme complet sera annoncé dans un Tramway nommé culture.

 

Pourrions-nous tous être tortionnaires ?
Mercredi 3 février 2010 de 12h à 13h30

Faux et usage de faux dans les médias
Mercredi 10 février 2010 de 12h à 13h30
Espace Vie Étudiante
701 avenue centrale
Domaine universitaire 38400 Saint-Martin-d'Hères
Entrée libre et gratuite

 

 

Exposition

Dans notre société, la profusion de connaissances et surtout l’immédiateté de leur diffusion à l’échelle mondiale, favorisent la propagation de nombreuses idées reçues. Lointaine, obscure, la période préhistorique est parfois perçue « en vrac », comme tout ce qui a précédé l’Antiquité. C’est pourquoi le musée de Terra Amata propose, du 23 octobre 2009 au 28 février 2010, une exposition sur nos idées reçues concernant la Préhistoire. L’exposition démystifie dix idées reçues en présentant les recherches scientifiques qui permettent de rétablir la vérité. Le visiteur devra se rendre à l'évidence et oublier ses vieilles images : « Les dinosaures sont des animaux préhistoriques », « L’homme descend du singe », « Lucy est la première femme », « Les hommes du paléolithique devaient lutter pour survivre », ou encore « On peut allumer du feu avec deux silex » et « Les Gaulois ont érigé les menhirs ».

 

Idées reçues... en préhistoire
Du 23 octobre 2009 au 28 février 2010
Musée de Paléontologie humaine de Terra Amata
25 boulevard Carnot 06300 Nice
Entrée gratuite
Renseignements : www.musee-terra-amata.org

 

 

Cours de zététique

Au moment où vous lirez ces lignes, un cours de zététique sera en train d’être délivré. En effet, pour la 9e année consécutive, Vincent Laget parlera effets, facettes et « paranormal » auprès d’une vingtaine d’étudiants d’une école d’ingénieurs de Sceaux appelé EPF. Anciennement, ce sigle signifiait École Polytechnique Féminine. Rien à voir avec l’X : il s’agit d’une école privée créée au début du XXe siècle pour donner la possibilité aux filles de devenir ingénieur. Une occasion pratique de se rappeler qu’un mot écrit n’est pas auto-validant… d’autant plus que cette école, mixte désormais, comporte actuellement 80% de mâles étudiants…

Ce cours comprend deux séances de six heures chacune. La première est consacrée aux principes de la zététique et aux phénomènes paranormaux. La deuxième, qui aura lieu le 20 janvier, abordera des thématiques connexes à la zététique, comme la manipulation, les légendes urbaines ou les fraudes scientifiques. En fin de séance, les étudiants présenteront une étude d’un phénomène paranormal de leur choix.

Renseignements : vincent.laget@laposte.net

 

À Grenoble, Richard Monvoisin démarre la dixième saison de son cours « zététique & autodéfense intellectuelle » le mercredi 27 janvier, de 17h à 19h, puis presque tous les mercredis soirs au Département des Licences Sciences et Techniques de l'Université Joseph Fourier. Il est normalement réservé aux étudiants de licences de sciences, mais la porte est ouverte.

Renseignements : richard.monvoisin@zetetique.info

 


DIVERTISSEMENT


 

L'énigme du mois

L'énigme de la newsletter n°53 montrait un raisonnement qui amenait à cette conclusion : chaque fois que je vois un objet non-pigeon qui n'est pas une soucoupe volante (Henri Broch par exemple, ou mon vélo), cela confirme un peu plus que « toutes les soucoupes volantes sont des pigeons ». Sans vous donner encore la solution, voici une piste, qui vous coûtera peut-être une aspirine.

Pour bien comprendre, il faut faire un détour sur la tragique histoire de la dinde de Bertrand Russell.

Russell raconte qu'il a connu une dinde fort sympathique qui comprit très vite les premiers jours que le matin à 9h, le fermier venait pour la nourriture. Prudente, la dinde se garda bien de conclure trop rapidement et préféra attendre que l’expérience se répète un peu. Les jours suivirent et la régularité du fermier fut exemplaire : qu'il fasse beau, qu’il neige ou pleuve, pas une fois il ne manquait à sa tâche. Dame dinde était nourrie à 9h00 précises chaque matin. Mais vint le jour de Noël. La dinde salivait déjà depuis de longues minutes, forte de son raisonnement inductif, mais rien à manger ne vint, hormis... un couteau pour lui trancher le cou et une marmite pour la faire cuire. Cot cot.

Pour déterminer si les soucoupes volantes sont des pigeons de manière inductive, on peut bien sûr observer des soucoupes, des tas de soucoupes. Mais si on remarque que la proposition « toutes les soucoupes sont des pigeons » est équivalente à « tous les objets non-pigeons sont des non-soucoupes », dès lors, plus besoin de scruter le ciel la nuit. Il suffit de rester chez soi et d'observer un maximum d'objets non-pigeons, ce qui confirmerait l'hypothèse de départ, serait tout aussi valable et bien moins fatigant.

Richard Monvoisin

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Denis Caroti, Florent Martin, Vincent Laget, Fabien Millioz, Richard Monvoisin, Guillemette Reviron et Franck Villard.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Lundi, 12 Avril 2010 19:06