Inscription à notre newsletter




POZ n°57 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Géraldine Fabre   
Samedi, 13 Mars 2010 12:55

SOMMAIRE


Cliquez pour voir le pdf.

  • Édito
  • Les nouvelles de l’OZ :
    Conférence de l'OZ : Comment évaluer une thérapie ?
  • Actualités
    Pas de miracle : la « Communication facilitée » ne marche pas mieux que les planches Ouija (esprit es-tu là ?)
    Deus ex machina en science politique
  • Culture et zététique : Chronique zétético-musicale n°15
  • Agenda
  • Divertissement : La sainte vierge à l’huile c’est bien difficile, mais c’est bien plus beau que l’Christ qui marche sur l’eau


ÉDITO


 

« In un angolo sperduto vivo là,
Campo così cosà...
Quando si è il sosia di qualcuno si ha
Molta curiosità
Di saperne qualcosa... e dunque scendo in città...
»
Paolo Conte, Vita da sosia (je ne comprends pas ce que ça raconte mais c'est une très jolie chanson).

 

Scène ordinaire dans le bus. Un quidam jovial/ivre/lourdingue (raye les mentions inutiles) entreprend une donzelle dont l'âge et la position sociale apparents lui paraissent compatibles avec les siens (c'est-à-dire qu'elle est approximativement majeure, soit deux fois plus jeune que lui, et vêtue de survêtement comme lui). En homme avisé, il utilise l'argument de drague numéro 59bis, du type « On se connaît », et lui assure qu'elle habitait dans l'immeuble voisin du sien avenue Félix Faure, mais si mais si (alors qu'en fait non). L'interpellée, insuffisamment revêche pour moucher l'importun ou, qui sait, secrètement flattée, répond d'abord par monosyllabes, puis délie sa langue. Le petit jeu dure un certain temps, le dragueur étant suffisamment lourdingue (si tu avais choisi jovial ou ivre, tu as perdu) pour ne s'en tenir qu'à cette technique de drague sommaire pendant plusieurs arrêts ce qui, outre celui de passablement lasser le reste des usagers du bus, a l'inconvénient d'être voué à l'échec comme le montrent toutes les méta-analyses scientifiques.

Enfin vient la réplique de la courtisée qui justifie la présence de cette anecdote triviale dans un éditorial d'une pareille tenue : « De toutes façons on a tous un sosie, il paraît ». La suite du dialogue fut sans intérêt (Comment tu sais ça ? Je l'ai appris à l'école, etc.) et puis d'abord c'était mon arrêt. Oublions là ces deux héros involontaires de l'aventure scientifique.

Chacun a un sosie en ce bas-monde, dit-on. On le dit, en effet. Pas très souvent puisque cela faisait un moment que je n'avais pas entendu cette affirmation péremptoire. Mais on le dit suffisamment pour que chacun soit au courant qu'on le dit. On le dit de manière suffisamment convaincue pour que ce soit répété. Et finalement cette affirmation étonnante fait partie de la culture standard du Français moyen (celui qui, statistiquement, a un peu moins de deux yeux, de deux bras, d'un sein et d'un testicule). Dans mon Larousse de 1922, elle figure même en exemple d'utilisation du mot « sosie ».

Une rapide recherche ne m'a rien enseigné de précis sur la naissance d'une telle proposition, sur la répartition de sa croyance, pas plus que sur sa véracité. J'en déduis donc qu'elle est exacte car, si elle était erronée, les hordes de sceptiques assoiffés de sang qui s'approprient la vérité avec arrogance n'auraient pas manqué de la dézinguer. Leur silence sur ce point est donc une singulière confirmation.

Je pense qu'il faut voir là une manifestation macroscopique de la mécanique quantique, d'ailleurs. Alain Aspect, par ses expériences sur les états intriqués, a bien montré que l'Univers est non-local et que nous ne sommes que les différentes parties d'un tout, reliées entre elles par des variables cachées. C'est, au passage, ce qui est à l'œuvre dans les processus mentaux de perception extra-sensorielle, notamment de télépathie, comme le suggèrent de nombreux parapsychologues sérieux. Et notre connexion avec les configurations astrales sont également issues de cette non-localité de l'Univers, comme le suggèrent de nombreux astrologues sérieux. Et puis de toutes façons ce sont les expériences d'Alain Aspect, et entre les sosies il y a bien une similitude d'aspect, CQFD.

Ceci posé et admis, quelques indécrottables ratiocineurs formuleront néanmoins des objections oiseuses. Par exemple que si j'ai un sosie, alors il doit être à peu près de mon âge et non ressembler à ce que j'étais il y a vingt ans. Et, en particulier, son apparence doit se calquer sur la mienne. Oui, et alors ? Ce n'est pas une objection : les états intriqués, l'univers non-local, expliquent tout ceci ! Il y a treize ans, j'ai pris subitement dix kilogrammes que je n'ai jamais reperdus. Au même moment, mon sosie faisait de même. Pour des causes éventuellement différentes, mais bon, la raison majeure de la prise de poids c'est quand même le fait de beaucoup manger.

Je te propose, ami lecteur, que l'on fasse tous ensemble une expérience à grande échelle pour qu'enfin l'existence des sosies soit prouvée de manière éclatante. Sachant qu'il existe quelque part une personne qui est ton sosie et que tu ne connais pas, tu vas modifier ton aspect. Ton sosie, de son côté, fera forcément de même, sinon la loi serait violée. Pour que l'on puisse le vérifier, il faut que l'événement ait assez d'importance pour alerter les pouvoirs publics, qui collecteront les données : je propose donc que tu te crèves l'œil gauche, le 20 mars 2010 à 22h43 précises, en public si possible. Cela te laisse une semaine pour lire la POZ avec tes deux yeux, après tu n'en as plus besoin.

Cela fera du bruit : enfin une expérience scientifique qui sera menée de manière spontanée par le citoyen, et non imposée par des crânes d'œuf en blouse blanche à la solde des militaires. Non seulement on vérifiera la loi des sosies, mais en plus tu auras l'opportunité de connaître ton sosie. On pourra même étudier au cas par cas les processus mentaux qui ont amené ton sosie à se crever l'œil gauche. À moins que ton sosie n'appartienne aussi au cheptel des amis lecteurs, cela sera riche d'enseignements. Peut-être va-t-on découvrir que tous les sosies des lecteurs de la Publication de l'OZ sont abonnés au bulletin du Comité de soutien aux chirurgiens ophtalmiques nécessiteux, va savoir.

Quant à moi, je vois venir d'un œil serein (quoique unique) la Justice de mon pays me demander des comptes pour mes actes incitatifs. J'ai ma conscience pour moi, vu qu'il n'y a pas de causalité dans un sens ou dans l'autre, donc on ne peut pas prouver que tu t'es crevé l'œil à cause de moi ou à cause de ce qui a poussé ton sosie à se crever le sien. Et toc.

 

Stanislas Antczak
Éditorialiste borgne

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Conférence de l'OZ : Comment évaluer une thérapie ?

Le mercredi 10 mars, Florent Martin présentait à la bibliothèque Antigone la 6e conférence du cycle « Les 7 Z : dynamitez vos idées reçues ».  Une trentaine de personnes étaient au rendez-vous pour son exposé intitulé : « Médecines et thérapies alternatives : Comment évaluer une thérapie ? Le cas de l'homéopathie ».

En guise d'introduction, Florent a précisé qu'il n'était pas médecin mais ingénieur en informatique et que l'évaluation des thérapies l'intéressait en tant que patient. Pour circonscrire son propos, il a pris le temps d'énoncer clairement les questions auxquelles il allait apporter des éléments de réponses et de réflexion (méthodes d'évaluation d'une thérapie, définition d'un placebo et de l'effet placebo) et celles qu'il n'aborderait pas (influence des lobbies pharmaceutiques, valeurs morales du choix).

Son exposé très pédagogique sur la méthodologie d'évaluation des thérapies avait pour but de défendre une véritable liberté de choix qui ne peut s'exercer que si patient bénéficie de toutes les informations,  pour pouvoir décider en connaissance de cause : les différentes options, leurs résultats, leurs risques, les effets secondaires, les coûts, les preuves, etc.

En expliquant les principes des tests médicaux (test contre placebo, randomisation, double aveugle, analyse statistique des résultats, etc.), il a pointé l'importance de cette rigueur scientifique, indispensable pour pouvoir tirer des conclusions sur l'efficacité d'une méthode de soin quelle qu'elle soit. Il a également décrit les erreurs que nous commettons le plus souvent lorsque nous nous retrouvons face à un choix thérapeutique : conclure qu'un produit est efficace si on se sent mieux après l'avoir pris (confusion corrélation-causalité), tester une thérapie sur soi pour voir si « ça marche » (différence entre expérience personnelle et expérience scientifique), valider une théorie sur la base de ses apparents bienfaits (sophisme du pragmatisme), se tourner vers une médecine dite alternative par « rejet » de la médecine scientifique (faux dilemme).

Florent a longuement décortiqué le malentendu autour de l'assertion « ça marche ». Pour les scientifiques, cette conclusion signifie que l'efficacité du produit testé est significativement supérieure à celle d'un placebo. En revanche, les patient ne peuvent généralement que comparer que la différence entre ne rien prendre (équivalent du groupe de contrôle) et prendre le médicament (comme s'ils appartenaient soit au groupe placebo ou soit au groupe traitement). Pour eux, « ça marche » signifie donc que le traitement leur permet de se sentir mieux. Et l'on retombe dans le sophisme du pragmatisme...

Concrètement, il reste difficile pour chacun de nous en tant que patient de pouvoir juger de la validité d'une thérapie et donc de faire des choix véritablement éclairés.

La dernière conférence du cycle aura lieu le 14 avril sur le thème : « Thérapies non conventionnelles et dérives sectaires ».

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Pas de miracle : la « Communication facilitée » ne marche pas mieux que les planches Ouija (esprit es-tu là ?)

Le 25 novembre 2009, on lisait dans Libération : « En 1983, un jeune Belge, Rom Houben, est victime d’un accident de la route. Selon les médecins, il est plongé dans un coma végétatif. Un diagnostic qui tiendra pendant vingt-trois ans. Pourtant, Rom Houben est bel et bien conscient. L’homme est paralysé, donc incapable physiquement de s’exprimer. Mais il entend, comprend tout, sans pouvoir intervenir, privé de toute possibilité de communiquer. […] Aujourd’hui, Rom Houben, 46 ans, n’est plus impotent, ni enfermé dans son corps. Il communique avec son entourage à l’aide d’un clavier adapté. Une « seconde naissance » selon cet ancien ingénieur, qui va écrire un livre sur son expérience. » C’est ainsi que les plus grands titres de la presse internationale relataient, à l’instar de Libération, l’histoire de Rom Houben, un handicapé belge qu’on pensait plongé dans un coma végétatif depuis 23 ans à la suite d’un accident de voiture.

Or, le Professeur Stanley Laureys, directeur du Coma science Group de l’Université de Liège, avait récemment examiné à nouveau ce patient et grâce à l’imagerie médicale, il avait pu identifier une activité cérébrale, ce qui avait remis en cause le diagnostic de coma végétatif complet. Cependant cette activité cérébrale avait été aussitôt transformée en activité consciente enfermée dans un corps paralysé, appelée Locked-in syndrome ou syndrome d’enfermement. C’est alors que les télévisions du monde entier ont diffusé des vidéos montrant Rom Houben en train de taper à toute allure sur un écran tactile aidé par une orthophoniste, qui lui tenait la main en laissant dépasser un doigt. Toutes les pensées de Rom Houben ont été ainsi traduites en mots et répétées à loisir par les médias en décembre 2009 :

  • CBS News : « C’était ma deuxième naissance »
  • Der Spiegel : « Je n’oublierai jamais le jour où ils ont finalement découvert ce qui n’allait pas, ça a été ma seconde naissance. »
    « Je criais, mais aucun son ne sortait. J’ai été le témoin de ma propre souffrance lorsque les médecins et infirmières tentaient de me parler et finissaient par renoncer. Tout le temps je rêvais à une vie meilleure. La frustration est un mot trop faible pour exprimer ce que je ressentais. »
  • Philo Mag : « […] Il m’arrivait parfois de n’être que ma conscience et rien d’autre […] »

Or, la « méthode » en question est apparue très vite comme n’étant rien d’autre que la « communication facilitée », une méthode censée permettre à des autistes, des personnes handicapées, paralysées, ayant des lésions au cerveau, de communiquer avec l’aide d’un facilitant et par clavier interposé. Le facilitant ne ferait que soutenir la main et répondrait aux impulsions données par le patient. Elle a été inventée en Australie, dans les années 1980 par Rosemary Crossley et ramenée en France en 1993 par Anne-Marguerite Vexiau, orthophoniste. Celle-ci l’a rebaptisée d’un nom savant  « psychophanie » (« mettre à jour la psyché »), mais « communication facilitée » et psychophanie sont une seule et même méthode. La psychophanie met l’accent sur le dialogue prétendu d’Inconscient à Inconscient. « C’est une découverte aussi importante que celle que fut, au siècle dernier, la psychanalyse », dit Didier Dumas, psychanalyste.

Or, cette méthode a été très clairement démasquée en France et aux États-Unis, ces dernières années. En France, cette méthode a été épinglée dans des rapports de la MIVILUDES, Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, en 2004 (page 34), en 2005 surtout (p. 38 et 39), en 2006 (où il est fait référence à la psychophanie, p. 68) et en 2007 (p. 48 où la Communication facilitée est citée parmi les méthodes à l’origine du syndrome des faux souvenirs induits). Par ailleurs, p. 209, il est dit que la DGAS (Direction Générale de l’action sociale p 47) a confié en 2007 une mission au CREAI (Centre régional pour l’enfance et l’adolescence inadaptée) de la région Languedoc Roussillon, lui demandant de réaliser une étude sur l’efficacité de la communication facilitée dans la prise en charge de l’autisme. L’étude a conclu à la non-efficacité de la méthode. Elle est très sévèrement dénoncée dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs, en décembre 2006, « Rapport 2006 de la Commission d’Enquête Parlementaire sur les sectes » : « pratique portant atteinte à la dignité des enfants handicapés » , faux espoirs donnés aux parents, « vampirisme intellectuel » , « version modernisée du spiritisme », « pratiques charlatanesques » […] tirant profit du désarroi des parents d’enfants handicapés » , et « portant atteinte aux droits fondamentaux des enfants ».

Aux États-Unis, l’American Psychological Association a déclaré : « Des études ont démontré de façon répétée que la communication facilitée n'est pas une technique valable, d'un point de vue scientifique,  pour les personnes souffrant d'autisme ou de déficience mentale ». L’Association for Behavior Analysis International, l’American Academy of Child and Adolescent psychiatry, l’American Association on Mental Retardation : « L’utilisation de la communication facilitée est injustifiée et contraire à l’éthique ».

En novembre 2009, les écrits de Rom Houben obtenus par la « Communication facilitée » n’avaient pas été remis en question par le Dr Steven Laureys, qui, pour répondre aux objections, avait même dit qu’il avait testé la facilitante, Linda Wouters, et avait acquis la certitude que c’était bien les pensées de Rom Houben qui étaient communiquées par le biais de l’ordinateur, et non celle de Linda. Mais quels étaient les tests ? On ne l’a pas su !

Les Sceptiques du monde entier ont élevé leur voix pour exprimer leurs doutes sur la validité de la méthode appliquée à Rom Houben. James Randi : « This Cruel Farce Has To Stop! » Arthur Caplan : « Cela s'appelle « Communication facilitée. C'est un truc du genre « planchette Ouija » (Esprit es-tu là ?) qui a été discrédité à maintes reprises. Quand on le regarde, c'est en général la personne qui manipule qui crée les messages, et pas la personne qu'elle prétend aider. » (Dr Centre de Bioéthique, Université de Pennsylvanie) Orac : « Une autre chose dont je ne suis pas sûr, c’est si le professeur Laureys s'est laissé lui-même duper ou s'il a pris part à une sorte de tromperie. Je suis enclin à lui donner le bénéfice du doute et à conclure pour la première hypothèse. Après tout, comme James Randi et d'autres l'ont montré à maintes reprises, les scientifiques sont parmi les plus faciles à tromper. » (Pseudo Blog, Chirurgien sceptique, ami de Novella)

Coup de théâtre, le 15 février 2010, dans le Skepticblog, Steven Novella, rapporte que, selon Spiegel Online, Steven Laureys a accepté de procéder aux tests que lui avaient suggérés les sceptiques. Le 18 février 2010, le Dr Willem Betz, Professeur de Médecine à l’Université libre de Bruxelles et cofondateur de l’organisation des Sceptiques belges SKEPP, déclare qu’à la demande de l’établissement médical où M. Houben est soigné, son équipe et lui-même ont assisté en tant que conseillers au test de cette méthode controversée de communication conduit par l’équipe de Steven Laureys et ont effectué leurs propres tests, le 4 février 2010. Les tests ont déterminé que Rom Houben n’a pas assez de force, ni de contrôle de ses muscles dans le bras droit, pour actionner le clavier ni pour transmettre les impulsions nécessaires à la facilitante. Dans l’épreuve la plus récente, on a montré à Houben, ou encore on lui a décrit, une série de 15 objets et de 15 mots, en l’absence de l’orthophoniste. Ensuite, on lui a demandé de taper en sa présence et avec son aide le mot correct correspondant, mais il n’y est pas parvenu une seule fois. L’échec a été total.

Qu’en déduire ? Que si l’orthophoniste ne connaît pas les objets, ni les mots qui ont été présentés à Rom Houben en son absence, elle ne peut pas l’« aider » à les écrire. Le Dr Betz précise que son intention n’était pas de tester M. Houben, mais de tester la « Communication facilitée ». Il dit avoir eu une longue conversation avec le Dr Laureys et lui avoir conseillé de prendre de la distance avec cette « FC scam » (arnaque de la communication facilitée). Pour permettre à l’équipe médicale de discuter des résultats avec la famille, SKEPP a accepté de mettre un embargo de deux semaines avant de rendre ces résultats publics.

C’est bien que Laureys ait accepté ce risque de démasquer la nature pseudoscientifique de la communication facilitée par des examens appropriés, et d’avoir accepté d’en communiquer les résultats au monde entier. Cependant, Novella déplore que la conversion de Laureys à une approche sceptique de la communication facilitée ne soit pas totale. En effet, exprimant son doute à propos d’un autre de ses patients, dont il ne nous dit pas grand chose, Laureys ajoute dans Der Spiegel : « Cela signifie qu’il est vraiment nécessaire de vérifier tous les cas individuels ». Toutefois, le Guardian rapporte d’autres de ses propos : « Nous n’avions pas en effet tous les faits avant. Pour moi, il suffit de dire que cette méthode ne marche pas. » Le plus tragique de l’histoire, c’est que si Rom Houben était réellement conscient, qu’il a entendu et compris toutes les paroles qu’on lui a attribuées, il n’a eu aucun moyen de les rectifier ou de les réfuter.

Brigitte Axelrad

Cet article est une synthèse des trois articles sur le cas de Rom Houben et de la « Communication facilitée » publiés sur le site de l’AFIS en décembre 2009 et en février 2010.

 

Deus ex machina en science politique

Quand je fais de la didactique des sciences, j'accuse souvent les médias de « déhistoriciser » les connaissances. Déhistoriciser, c'est en gros gommer toute l'histoire de la construction du savoir connaissance, cacher les cheminements, les hésitations, les errements, c'est présenter le résultat, par exemple E=mc2 comme un cri de génie venu du plus profond d'un cerveau parfait. Un peu comme lorsque le gamin que j'étais trime pendant des heures sur une énigme, trouve la solution et vient raconter à tout le monde qu'il ne lui a fallu moins d'une minute. Chenapan, va.

D'une part, ça ne montre pas du tout comment la méthode fonctionne. D'autre part, ça appuie l'idée qu'il y a des gens qui ont la « bosse » des sciences (comme à l'époque de la phrénologie, en 1820), ou qui sont des purs êtres de lumière, nés pour ça – comme si on naissait pour quelque chose (cf. Raisonnement Panglossien dans la POZ n°6). Dans les deux cas, cela contribue à éloigner le quidam de la démarche scientifique. On entretient un mythe de la création spontanée de savoir sans trace de la moindre hésitation, de la plus infime goutte de sueur ou soupçon de doute. Ca me met en boule.

Les journalistes font régulièrement la même chose en science politique. L'exemple le plus frappant de ces derniers mois a été  la « malédiction » d'Haïti.

Haïti : La malédiction. Avec le tremblement de terre en Haïti, la nature semble s'acharner avec une terrible cruauté sur l'un des pays les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète. (...) Le Figaro, 13 janvier 2010, Pierre Rousselin.

Haïti, la malédiction.  C’est un pays dont la naissance sonnait comme une promesse universelle, et qui semble depuis plus de deux siècles condamné au malheur (...). Le Monde, 14 janvier 2010, Jérôme Gautheret.

La malédiction, le sort, la condamnation au malheur, autant de techniques sémantiques pour effacer les raisons sociopolitiques qui ont fait que Haïti soit resté si pauvre. Marines, Armée française, coups d'état, dépôt de président, spoliations, tout cela nous fait une belle malédiction que même la plus hideuse des momies n'aurait osée lancer sur un pays.

Le journalisme en panne de talent invoque, comme dans les vieilles tragédies d'Horace, un Deux ex machina, un dieu qui intervient dans le cours des humains et vient d'un doigt noueux fourrer le pli des fesses des populations pécheresses. Finalement, avec ces titres de journaux, on n'est pas bien loin des anathèmes de Pat Robertson, qui voit dans le 11/9 une punition divine, et dans l'ouragan Katrina une conséquence d'une trop grande libéralité en matière de gay-pride et d'avortement.

Tiens, qu'a dit Pat Robertson le croisé sur Haïti ? Il a parlé d'un «pacte avec le diable» que les haïtiens firent pour se sortir du joug de Napoléon III. Eh bien pour une fois, les propos du télé-évangéliste protestant contiennent un petit poil de vrai. Esclave à Saint-Domingue, prêtre vaudou, un certain Dutty Boukman aurait pactisé avec des esprits en une fameuse nuit de 1791 pour bouter le français qui maintenait l'ile sous son joug. Diable ou pas, cela s'avéra aussi sanglant qu'efficace, et fut relayé ensuite par les fameux combats de Toussaint dit Louverture. Mais le vrai s'arrête là. Robertson, trop occupé certainement à étaler sur ses tartines du beurre de missel, ne lit pas beaucoup de livres d'histoire. Sinon, il aurait vite vu que Napoléon III est né quinze ans plus tard.

Pour se venger, le dieu de l'esprit critique l'a puni à son tour, et l'a transformé. Il était comme ça. Il est désormais ainsi et c'est bien fait pour lui.

 

Attention ! Il ne faut pas confondre les sketchs de Pat Robertson et le film de Robert Patterson.

Vous m'arrêtez si je me trompe, mais j'ai tendance à penser que la malédiction est à la science politique ce que le blanchiment d'argent est à la finance. Savant mélange d'enfarinage de connaissance, de théorie du complot et de théologie à la mords-moi la quenelle, cela méritait bien un petit article (cf. Lien la chronique zétético-musicale du mois).

Richard Monvoisin


Claude François nous parle par Transcommunication !

Trente ans après sa mort, Claude François communique avec le journal France Dimanche ! Si si, par l'intermédiaire d'un médium, Pierre Pernez. C'est cette semaine. Et que nous dit-il ? Qu'il « continue à faire des galas de système en système, de dimension en dimension, que son énergie est toujours là, qu’il continue à aider des artistes ». À la question de l'au-delà, il révèle :  « Ici, nous avons un jardin, le jardin des artistes, avec plein d’esprits qui se forment et vont s’incarner ensuite sur la Terre ». C'est le père Brune qui va être content.

Mais alors qui est « le grand médium Pierre Pernez » ? Petite enquête en ligne, le médium est un jeune quimpérois, créateur du premier (et seul) fan-club breton dédié à Cloclo, « Claude François 2000 ».  Pierre Pernez serait en contact médiumnique avec le chanteur depuis 2001. Le voici en photo :

Pierre Pernez, médium en pleine forme.

« De là où il est, il nous regarde et il doit être content », dit Pierre. « Pour conserver l'esprit intact, il publie une revue, « Présence ». « Pour moi, il est toujours là et c’est lui qui m’aide » dit Pierre sans détours. Et rien de morbide dans tout cela. « N’est-il pas préférable de garder de cette idole aux habits de lumière tout ce qui est irremplaçable ? » écrit-il dans le nº 2, qui, au fil de 28 pages, fait découvrir un poème évoquant l’au-delà, une recette de cuisine de la maman du chanteur ce entre deux textes du copieux répertoire de l’artiste que, bien entendu, Pierre connaît par cœur.

Mais où est le don de médiumnité ? On ne sait pas trop, mais quitte à faire un effet cigogne, il est intéressant de voir que le livre Ici Claude François de P. Pernez vient de paraître le mois dernier aux vertigineuses éditions l'Alphée. Que narre ce livre ?  « Nombreuses sont les personnes qui disent avoir vécu des phénomènes paranormaux autour du chanteur décédé, et leurs témoignages sont rassemblés dans cet ouvrage : témoignages d’autres médiums, de personnalités ou d’artistes, de ses fans. »

Comme aurait dit Claude, Monsieur Pernez fait « Zip » quand il roule, et « Bap » quand il tourne, et « Brrr » quand France Dimanche marchait...

Richard Monvoisin

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Chronique zétético-musicale n°15 : Wycleff Jean et Moi dix mois

J'aime beaucoup le son de l'haïtien Wyclef Jean, ceci depuis qu'avec Pras et Lauryn Hill, ils formèrent le groupe mythique des Fugees et chantèrent parmi les premiers Protest raps. Vers la fin des 90's, il se lança dans une carrière solo, et fit un passage remarqué à Woodstock 1999 : en voulant rendre hommage à Hendrix, il mit le feu à sa guitare, mais se crama méchamment les doigts. Un barreur de feu eut été le bienvenu.

En 2003, dans l'album The Preacher's son, il signe avec ses compères jamaïquains Wayne Wonder et Elephant Man (surnommé Energy god, tout un concept) un hymne à une thérapie bien personnelle, dont je vous laisse juge.

I Am Your Doctor
(Je suis ton médecin)

I am your doctor, here's the prescription
Two teaspoons of my friendship, a full cup of my love
I will be knockin by the time me come a four
Here comes the doctor baby worry no more
I will bring the remedy baby I will bring the cure
Give you what you want and absolutely I am sure
Take my hand I'll be your man
Let me take you to the sunshine island
I will be your therapy, let it be
You know you need my healing

Je suis ton médecin, voici la prescription
Deux cuillères à café de mon amitié, un plein verre de mon amour
Je viendrai toquer à temps, vers quatre heures
Le docteur arrive, baby, ne t'inquiète plus
Je vais t'apporter le remède, baby, je t'apporte le traitement
Je te donne ce que tu veux et absolument, j'en suis sûr
Prends ma main, je serai ton mec
Laisse-moi t'emporter vers l'île ensoleillée
Je serai ta thérapie, laisse faire
Tu sais, tu as besoin de mon soin

Bon, ce n'est pas de la pure poésie, mais il y en a bien d'autres qui ont prétendu rapporter des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas, et on ne leur en a pas tenu rigueur.

Un brin sexiste peut être, mais activiste engagé certainement, en particulier auprès du peuple haïtien, Wyclef s'est bien sûr mobilisé suite au tremblement de terre de ce début d'année. Toutefois, en proie à une vive émotion bien compréhensible, il a déclaré en filant un coup de main aux sauveteurs : « Nous sommes entrés dans le ventre de la bête ». Ah ? Mais. Quelle bête ? Je présume qu'il s'agit de la bête dont cause Jean dans son Apocalypse, chapitre 13, versets 11-18, et qui porte le numéro 666. Hélas, nous sommes en plein deus ex machina et sans le vouloir, Wycleff donne le bâton aux évangélistes protestants les plus illuminés, comme Pat Robertson (cf. Deus ex machina en science politique).


Le deus ex machina a par ailleurs fait l'objet de chansons diverses et plus ou moins réussies. Parmi les versions les plus truculentes, voici celles des Moi dix Mois (ワデイスモワ) groupe japonais de rock version Visual-Kei – ça veut dire que leur aspect scénique est aussi important que leurs chansons... certainement plus, car les paroles sont tellement peu audibles qu'on pourrait ouvrir un concours de pareidolie auditive. Mais question accoutrement, je suis total fan.


Moi dix mois - deus ex machin

Be terrified !
Why do you smile ?
What's beyond shut glass ?
Your smile must know
Crush this Ex Machina
Regret creation that you made me
In the shape not complete
You will also die out in fixed machinery
These eyes, if cut out, it's fine heaven of darkness
You will also die out in fixed machinery
These ears, if cut off it's silence, heaven of darkness
Enclosed in this narrow case You are next !  
In ridicule, you laugh.

Sois terrifié !
Pourquoi souris-tu ?
Qu'y a-t-il par delà une vitre fermée ?
Ton sourire doit savoir
Ecraser cet Ex Machina
Regrette l'oeuvre que tu m'as faite
Dans une forme incomplète
Tu t'éteindras aussi dans un mécanisme fixe
Ces yeux, si coupés, c'est un paradis excellent d'obscurité
Tu t'éteindras aussi dans un mécanisme fixe
Ces oreilles, si coupées, c'est un paradis silencieux d'obscurité
Enfermé dans cette boîte étroite
Tu es le prochain
Dans le ridicule, tu ris.

Je pense que le jour où trois de ses membres auront adopté le look du groupe, je pourrai quitter serein l'Observatoire zététique avec un sentiment de plénitude. Moi dix mois, nouvelle charte vestimentaire de l'OZ.

Richard Monvoisin

 

 


 

En librairie

Le Big Bang n'est pas une théorie comme les autres
Jean-Marc Bonnet-Bidaud, François-Xavier Désert, Dominique Leglu, Gilbert Reinisch.
Editions La ville brûle
Collection « 360 »
224 pages - 20 euros

Premier titre de la collection « 360 » de la jeune maison d'édition La ville brûle, dont l'ambition est de poser sur la table des sujets scientifiques faisant débat, cet ouvrage présente le Big Bang qui « n'est pas une théorie physique au sens propre du terme mais un scénario cosmologique et le modèle qui s'ajuste le mieux aux observations actuelles ».

Pour éclaircir les relations complexes entre problématiques scientifiques, médiatiques, économiques et politiques, trois chercheurs et une journaliste mènent ici une discussion sur les succès et les travers du Big Bang et font émerger de peu officielles liaisons dangereuses entre communication et sciences.

 


AGENDA


 

Conférences

Le lundi 15 mars, dans le cadre de la 12e édition de la semaine du cerveau, le Dr Jean Becchio donnera au CRDP de Grenoble une conférence intitulée : « Hypnose et neurologie : une vieille histoire d'amour ».

Qu'est ce que l'hypnose ? D'où vient-elle et quel est son avenir ? En retraçant son histoire, le Dr Jean Becchio, médecin des hôpitaux de Paris et président fondateur de l'Association Française d'Hypnose, exposera les idées plus ou moins rationnelles développées au cours du temps pour expliquer ce qui a été longtemps considéré comme un état de conscience particulier.

Hypnose et neurologie : une vieille histoire d'amour
Lundi 15 mars 2010 à 20h

CRDP 11 avenue du Général Champon 38000 Grenoble
Entrée gratuite
Programme complet : www.semaineducerveau/grenoble

 

Le 23 mars 2010, Richard Monvoisin fera une conférence ouverte à tous et en particulier aux lycéens sur le thème : « Esprit (zététique), es-tu là ? ». Cette conférence est organisée par l'incarnation du scepticisme marseillais, Denis Caroti, dans le cadre de l'Université de Provence.

Les connaissances scientifiques garantissent-elles un esprit critique affuté ? Pas si sûr. Il y a une absence quasi-totale d'enseignement spécifique de la pensée critique. La zététique, cet « art du doute » (voir-ci dessous), permet à travers des sujets trépidants, d'avoir une approche critique et rigoureuse des faits scientifiques. Par la « boîte à outils » qu'elle fournit, elle est une véritable école d'auto-défense intellectuelle, aussi bien sur l'extraordinaire ou les pseudosciences que sur le traitement médiatique des faits. Cet apprentissage prend son sens non seulement en classe, mais également dans la vie de tout citoyen qui, soumis à des flots incessants d'information, rêve de faire ses choix en connaissance de cause. »

Esprit (zététique) es-tu là ?
Mardi 23 mars 2010 de 12h à 14h
Maison des sciences de l'université de Provence
Amphithéâtre Charves
3 place Victor-Hugo 13331 Marseille
Renseignements : maisondessciences.univ-provence.fr

 

Le 2 avril 2010, le Pr. Philip G. Zimbardo de l'Université de Stanford (USA) est de passage à l'Université de Lyon pour une conférence exceptionnelle : « My Journey from Evil to Heroism ». Une traduction en simultané sera assurée.

Auteur de la fameuse expérience de la prison de Stanford (1971), Philip G. Zimbardo poursuit depuis 50 ans ses travaux en psychologie sociale sur les situations de pouvoir et leurs effets sur les individus et les groupes. Il travaille par ailleurs sur les perspectives temporelles, les origines de la folie, ou encore le terrorisme et se passionne pour l’enseignement et la diffusion de la psychologie sociale, aux États-Unis comme dans le monde entier. Il est connu aux États-Unis pour ses prises de position, parfois virulentes, contre la guerre en Irak, la torture, ou l’instrumentalisation de la peur du terrorisme. Refusant les causalités individuelles, il revendique une approche « situationniste » des phénomènes psychologiques et sociaux.

My Journey from Evil to Heroism
Vendredi 2 avril 2010 à 10h
Campus Porte des Alpes à Bron
Tram T2, arrêt : Europe Université
Plus d'infos

 

Nous vivons dans une société où chacun est libre de sa prise en charge thérapeutique, et cette liberté de choix doit être préservée. Mais un choix n’est réellement libre que quand il est « éclairé ». Or, il est souvent bien difficile de prendre une décision thérapeutique en connaissance de cause. Bien difficile de s’y retrouver parmi la multitude de pratiques de soin existantes.

Si l’adoption de certaines pratiques n’aura que peu de conséquences, l’adhésion à certaines théories peut conduire à des dérives graves. À quels indices devons-nous être attentifs pour minimiser le risque de se tromper ? Quels « clignotants » pourraient éveiller notre vigilance ? Quelles sont les spécialités reconnues ? Quelles sont celles qui reposent sur des bases théoriques insuffisantes ?

Autant de questions auxquelles tenteront de répondre Franck Villard et Nicolas Vivant au cours de cette septième conférence zététique du cycle « Les 7 Z : venez dynamiter les idées reçues » organisée par l'OZ et l'association Antigone et intitulée « Thérapies non conventionnelles et dérives sectaires ».

Thérapies non conventionnelles et dérives sectaires
Mercredi 14 avril 2010 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org

 

Projection-débat

Presque tous les mercredis, Richard Monvoisin organise pour la troisième année consécutive les Midis Critiques, des séquences-débats d'analyse critique des médias sur des sujets de société. Ça se passe à EVE, l'Espace vie étudiants, sur le Campus de Saint-Martin-d'Hères, de 12h à 13h30, et c'est ouvert à tous. Les prochains rendez-vous du mois de mars aborderont les questions du genre, de l'écologie, des médicaments et du travail.

Le Programme complet est annoncé chaque mois dans un Tramway nommé culture.

 

L'écotartufferie : écologie ou opportunisme ?
Mercredi 17 mars 2010 de 12h à 13h45

Les médicamenteurs (avec la présence de Marion Lamort-Bouché, du Formindep www.formindep.org)
Mercredi 24 mars 2010 de 12h à 13h45

Suis-je né pour travailler ?
Mercredi 31 mars 2010 de 12h à 13h45

Espace Vie Étudiante
701 avenue centrale
Domaine universitaire 38400 Saint-Martin-d'Hères
Entrée libre et gratuite

 


DIVERTISSEMENT


 

La sainte vierge à l’huile c’est bien difficile
Mais c’est bien plus beau que l’Christ qui marche sur l’eau

Pour introduire cette première rubrique, prélude j’espère à une longue série d’orgasmes épistolaires, je vous propose des recettes diététiques à la sauce zététique. A l‘origine était l’information, une information étrange mais palpitante que j’ai apprise, comme beaucoup, par les médias nationaux. En effet, un phénomène que je qualifierais de peu orthodoxe s’est produit à Garges-les-Gonesses (Val d’Oise) dans le pavillon d’une famille d’origine libano-turque pourtant très orthodoxe depuis la veille de l’entrée dans leur carême (le lundi pur) soit le dimanche de la Saint Valentin… et ça, j’aime comme on dit dans la téléphonie mobile. Depuis le 14 février, ils constatent donc qu’une icône de la vierge offerte par un prêtre libanais en 2006 suinte l’huile.

Depuis, l’information s’est répandue qu’un nouveau récoltant-distributeur d’huile, qui plus est de la bonne, de la vraie, de la non trafiquée puisqu’il s’agit d’huile vierge, pardon de vierge, avait ouvert dans le 95. Comme tout le monde je sais que pour accommoder les bonnes salades, et à la limite pour en raconter, c’est toujours l’huile (de) vierge qui est préconisée. Depuis plusieurs semaines que dure la distribution gracieuse de cette huile, le magasin du commerçant ne désemplit pas. On se doute bien que cette campagne promotionnelle peu orthodoxe, même si les propriétaires le sont, ne saurait durer jusqu’à la Saint Glin Glin, soit béni son saint nom si réelle béatification par presque Saint Pie XII il y a eu à moins que ce ne soit futurissime Benoit XVI qui s’y attelle. À l'heure où j’écris, les huiles, telles le Patriarche grec de Paris sont passées, et il n'y a pas encore de monnaie à introduire dans la fente du distributeur, la vierge en l’occurrence, pour des raisons anatomiques aisément compréhensibles. Toutefois, à défaut ils ont installé un juke box où vous pouvez glisser votre pièce pour entendre de la musique Pope, moi j’adore. Mais dépêchez vous et faites la queue pour avoir gratos votre sainte dose d'omega 3 vierge et ce sans filtrage car une telle générosité, à la différence de la vie, ne sera pas éternelle, amen…la thune ! En effet n’oubliez pas que les orthodoxes ont le sens du commerce. Rapidement ils vont saturer le marché en remplaçant les mauvaises huiles sataniques, celles qui sans doute complètement hydrogénées donnent le diabolique mauvais cholestérol, par leurs saints produits ne contenant que des bons polyinsaturés, voire des phytostérols. On en est donc à souhaiter des analyses scientifiques qui, si elles étaient faites, pourraient vite nous donner de précieuses informations sur les caractéristiques de l’huile divine. On imagine alors bien un slogan publicitaire du genre « Avec toi Marie, la plaque d'Athé-Rome c'est fini ». Donc vade retro les Ali-caments des infidèles et vive les Marie-caments. Bien évidemment un tel produit miracle, et pour cause, va évidemment faire tâche d’huile. De la même façon qu’il existe aujourd’hui des fast-foods Hallal, je crois sans problème, et pourtant je suis zététicien, à la croissance métastasique d’enseignes annonçant : « ici frites à l’huile de Marie, en plus dévot artères, gardez votre foi en parfait état »! Ou encore : « ici pain bagnat à l’huile de la vierge Marie », et comme le vendeur s’appelle Jésus et qu’il sait multiplier les pains, bagnat ou pas, c’est rien que du bénef pour le commerçant sans compter la TVA que perd l’état.

Pour terminer ce pieux et vénérable petit article en restant dans son (saint) esprit, je vous propose une idée de repas qui me semble bien adapté. Il vous faut juste un peu d’huile de coude, faites aussi attention à ne pas trop mettre d’huile sainte sur un feu d’enfer et hop c’est parti :

  • en entrée, on n’échappe pas à la salade à l’huile sainte,
  • ensuite friture des pêcheurs (Dieu leur pardonne) à la même huile,
  • on continue avec méchoui œcuménique d’agneau pascal grillé en croix garni d’un triptyque des grosses légumes du Paradis (une quintessence de saints sains et bio) à la Saint Euphrosyne pour les orthodoxes, et juste des poireaux à la Sainte Marthe-Laurent pour les non,
  • puis un Saint Marcellin béni à La Salette,
  • et enfin on finit avec un dessert du désert, propre à la transfiguration, une omelette d’œufs de colombe Esprit Saint flambée à l’élixir des pères chartreux.
  • On arrose le tout d’un bon Vieux Papes, même si l’adjectif bon est à mon sens superflu. On conclue avec un thé à l’encens et un pétard au chanvre prélevé dans des copies d’habits de fantômes ou d’habits datant du Christ (style tunique Marie Madeleine ou quelqu’un d’autre, très en vogue à l’époque) achetées ou volées dans les rayons déguisement à l’occasion de Halloween (NB : le chanvre dont la culture est beaucoup plus écologique que le chanvre revient actuellement en force dans les tissus bon marché : 1 string= 1 pétard, 1 short = une dizaine et un costard 3 pièces = au moins une centaine !).

Là-dessus, mon bien cher frère, mon bien chercheur va digérer en paix et pour ta pénitence dis Zet.

Pierre Aldebert

 


 

Cette newsletter a été préparée par Pierre Aldebert, Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Florent Martin, Fabien Millioz, Richard Monvoisin.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Lundi, 12 Avril 2010 19:04