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POZ n°58 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'équipe de rédaction   
Mardi, 13 Avril 2010 13:13

SOMMAIRE


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ÉDITO


 

« L'idée de chien ne mord pas »
Superstition populaire

On trouve de ces choses dans ma bibliothèque ! Je suis tombé récemment sur un fascicule sobrement intitulé « Astro 2008, l'année de tous vos possibles », issu d'un magazine Elle.  Je ne sais vraiment pas comment pareille chose a pu arriver là, mais peu importe. Du contenu, je ne te dirai rien, sinon que c'est absolument atterrant de bêtise crasse. C'était bien la peine d'avoir inventé l'écriture et la lecture pour s'en servir ainsi. La palme revient au test « Êtes-vous plutôt Lune ou Soleil ? », contenant des questions aussi bien senties que « Vous rangez vos chaussures les pointes vers l'extérieur du placard ? Les pointes vers l'intérieur du placard ? Comme elles tombent vers le placard ? ». Bref, nullissime.

Mais ça a eu le mérite de me donner l'idée de te proposer, à mon tour, un genre de test. Un bulletin de la qualité de celui que tu lis présentement se devait de proposer à son ami lecteur ce qu'il y a de mieux. Je l'intitule sobrement « Es-tu normalement perméable à la pensée magique ? ». Il est composé de quatre expériences.

Expérience 1.
Matériel : une rame de métro ou un bus plutôt rempli, contenant notamment toi, un gros dégueulasse tout suant avec des pellicules, une personne attirante du sexe qui te convient, et enfin ton père ou ta mère. Pré-requis : tu dois préférer être assis près de la fenêtre. Situation : tu fais la moitié du trajet assis à côté d'une personne, elle-même contre la fenêtre. La personne descend, laissant la place chaude. Par réflexe, tu prends sa place. As-tu de la répugnance à t'asseoir sur sa chaleur ? Si oui, en as-tu plus lorsqu'il s'agit du gros dégueulasse que lorsque c'est la belle personne inconnue ? Et si c'est ton père ou ta mère ?

Expérience 2.
Matériel : le même que pour l'expérience 1, plus un journal gratuit.  Pré-requis : tu as coutume de lire le journal gratuit si tu le trouves qui traîne dans tes transports en commun. Situation : la même que pour l'expérience 1, mais en plus tu constates que la personne qui s'en va était assise sur le journal. Si tu avais trouvé le journal à ta place en arrivant, tu l'aurais pris et lu. Là, tu le trouves tout chaud encore des fesses d'autrui. Que fais-tu ?

Expérience 3.
Matériel : une foule pas trop compacte, contenant un sosie de la mère Rocle. À défaut, n'importe quel sosie d'une personne appartenant au monde de ton enfance, si possible avec l'aspect qu'avait cette personne dans ton enfance et non son aspect actuel. La personne doit avoir des caractéristiques morales particulières (bigoterie, vénalité, mesquinerie...). Situation : tu croises inopinément le sosie de la mère Rocle, es frappé par la ressemblance. Lui attribues-tu d'emblée les mêmes qualités psychologiques que la vraie mère Rocle ? Si tu es amené à t'adresser à elle, as-tu une certaine appréhension de les y retrouver vraiment ?

Les expériences précédentes, je le sais, ont laissé de côté beaucoup d'entre toi, ami lecteur. Tout le monde n'a pas forcément un bus avec un journal gratuit et un sosie de mère Rocle sous la main. Mais on n'échappe pas aux stéréotypes en croyant s'adresser au plus grand nombre : regarde, dans les tests à la télé, les cobayes sont toujours de jeunes attachées de presse parisiennes un peu futiles mais pas trop, mais jamais des égoutiers homosexuels quinquagénaires habitant Guéret. C'est ainsi.

Voici néanmoins une dernière expérience, ne nécessitant comme matériel qu'un morceau de moquette et un comparse, pour te lire ce qui va suivre. Tu y es ? Comparse, tu y es aussi ? Alors lis ceci à haute voix à l'ami lecteur. « Étends-toi par terre sur le morceau de moquette en croix de Saint-André, détends-toi, écarte bien bras et jambes, reste ainsi, apaisé, offert. Bien. Maintenant, je m'approche de toi et te file un grand coup de pied dans l'entrecuisse. Violent et inopiné. Et j'ai une chaussure pointure 45 à bout coqué. » Est-ce que tu as mal ? Rien que d'y penser, hein, si le comparse a profité de la situation pour assouvir ses pulsions sadiques, c'est de la triche. Si tu n'as pas eu mal, essaye de chercher des vidéos sur internet où les coups de pieds dans les pudenda (si tu ne sais pas ce que sont les pudenda, cherche dans un dictionnaire, je ne peux tout de même pas écrire couilles ou chatte dans un bulletin de cette tenue) sont remplacés par des aiguilles dans les yeux, des doigts coupés, etc. Si tu n'as toujours pas mal, alors la preuve est faite : tu n'es pas normal.

Une fois ces expériences faites, envoie-moi leur compte-rendu détaillé par retour de courriel, ainsi qu'un chèque de 50 euros à l'ordre de l'Observatoire zététique. Tu recevras en retour l'analyse détaillée de ta personnalité que voici : « Vous êtes normalement perméable à la pensée magique ».

Stanislas Antczak
Éditorialiste superstitieux

 


ACTUALITÉS
Les actus du « paranormal »


 

Affaire Rom Houben, annonce puis démenti : en quoi consiste le métier de journaliste ?

Avec bien d'autres associations sceptiques, nous vous avions longuement parlé de l'affaire Rom Houben, le patient « faussement végétatif, découvert enfermé en lui, qui peux maintenant s'exprimer par ordinateur - et va écrire un livre ». Même sans rien connaître ou reconnaître de l'étrange technique de « communication facilitée » qui a servi à prouver la « découverte », voir une personne dont on tient fermement le poignet écrire sur un clavier sans regarder ni celui-ci ni l'écran avait de quoi faire sursauter l'esprit critique même le moins éveillé. Mais pas celui des journalistes, en enquête sur place comme dans les rédactions. Ainsi, le 23 novembre 2009, le JT de France 2 nous avait narré la jolie histoire sans l'ombre d'une retenue de doute, et avec moults embellissements. Après tout, des confrères l'avaient déjà publié en Belgique, donc pourquoi douter ?

Cas rare, les réactions sceptiques, l'expérience en double aveugle conduite par les sceptiques belges (si l'assistante ne voit pas l'objet à nommer, le patient n'arrive plus à en taper le nom), l'appui d'un médecin (Dr Laurent Jézéquel, voir son article, voir aussi la synthèse de l'affaire par Brigitte Axelrad dans notre newsletter précédente), ont finalement conduit les médias à reconnaître la supercherie, le 29 mars dernier pour France 2. Il serait  d'ailleurs intéressant de comprendre ce qui a permis cette fois à la contre-information d'arriver jusqu'au public.

Mais ce démenti, ils l'ont fait la bouche en coeur sur le ton du nouveau scoop, sans la moindre excuse ou contrition, en annonçant tout aussi guillerettement le scoop de la fausseté dévoilée qu'ils avaient annoncé plus tôt la fausse information ! Dans le passé, les médias ont occasionnellement reconnus leurs manquements quand ils s'étaient contentés de l'information sous contrôle ou mono-source (Timisoara, première guerre d'Irak), alors même que diversifier les sources était difficile, et que l'info annoncée était au moins plausible, faute d'être vérifiable. La faute est également volontiers stigmatisable tant qu'elle est isolée et personnifiée, comme pour la journaliste trop pressée qui avait annoncé à tort la mort d'un enfant disparu afin d'avoir une réponse à tout prix dans le temps du JT. Mais autrement, quelles qu'en soient les conséquences sociétales, l'erreur semble sans la moindre importance tant qu'elle n'est la faute de personne en particulier, selon la règle de fait que c'est sur l'obscur premier média à diffuser l'info que repose totalement et uniquement la responsabilité de la vérification. Ici, les conséquences étaient de faux espoirs pour tous les proches de patients végétatifs, voire pour tout parent de malade souffrant de déficience communicationnelle à qui on a fait miroiter un canal de communication - éventuellement piégé de fausses accusations - contre espèces sonnantes.

De plus, dès qu'il s'agit de prétentions médicales, blouse blanche et discours savant ne sauraient mentir. En la matière, curieusement, la personne qui crée l'info parait automatiquement fiable, encore plus efficacement que l'autorité psychologique d'une victime se réclamant d'un drame, alors même qu'il est largement plus facile de recouper auprès de la profession, de tester sommairement l'allégation extraordinaire, surtout quand on va filmer longuement sur place, ou a minima de faire part d'une once de questionnement, si ce n'est de réserve.

Bref, la rédaction de France 2 peut annoncer une info, puis quelques temps après, l'info contraire, sans se sentir fautive, ni concernée par la vérification des infos. Dès lors, en quoi au juste consiste le métier de journaliste ?

Fabrice Neyret

 


 

En Bref

La Miviludes publie son rapport annuel

Le rapport 2009 de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a été rendu public début avril. Cette année, il attire l'attention sur tous les nouveaux gourous qui prospèrent au nom de l'épanouissement spirituel, du développement personnel et de la purification du corps notamment à travers certaines pratiques chamaniques, jeûnes prétendus thérapeutiques et régimes dits « détox ».
Ce rapport est téléchargeable sur le site de la MIVILUDES :  www.miviludes.gouv.fr/-Rapport-2009

 


LEÇON DE CHOZ :
Hasard, incertitude, probabilités, risques : mélanges et myopies conceptuelles


 

Nous avons déjà de nombreuses fois illustré comment notre mauvaise perception du hasard pouvait nous jouer des tours, par le biais de sélection qui nous fait remarquer les coïncidences et prédictions justes bien plus que les non-coïncidences et prédictions fausses, mais aussi  par la « loi des séries » qui trahit notre mauvaise intuition d'une vraie répartition au hasard. C'est cette mauvaise intuition qui nous fait souvent répondre « 7 » à la question « dites un nombre entre 1 et 10 », qui nous pousse à éviter de miser sur « 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 » au loto, et à fuir centre et diagonales s'il faut placer un point au hasard dans un carré. Il y a aussi le biais d'alternance qui nous fait perdre face à un ordinateur au jeu du « main gauche ou main droite ? », vu notre réticence à accepter la non-rareté des répétitions en présence de hasard. Il y a enfin le biais d'aversion au risque qui nous fait généralement refuser un gain statistique si le pire cas - fut-il rarissime - est désastreux, et ne pas estimer proportionné de perdre 100 euros ou gagner 100 euros.

Mais la confusion au sujet du hasard est aussi cognitive, conceptuelle, car on mélange sous les mêmes mots hasard, incertitude, probabilités et risques, des choses aussi différentes que la « probabilité que les ovnis soient des manifestations extraterrestres » et la « probabilité que je gagne au loto », ou, sur un autre terrain encore plus confus, le risque sur la santé causé par les antennes-relais de téléphonie mobile, et le risque sur la santé causé par la fumée de tabac.

Au départ, le concept même de hasard désigne essentiellement notre incapacité à prévoir, par manque de connaissance fine. La question de savoir s'il existe des phénomènes physiques intrinsèquement aléatoires, et les considérations sur l'imprévisibilité due au chaos, sont ici hors sujet, n'ayant d'intérêt que pour le questionnement philosophique sur des questions comme le déterminisme. Rien de plus déterministe qu'une montre, plus encore que les rebonds d'un dé sur une table, et pourtant vous pouvez vous servir du chiffre des unités des secondes pour tirer un nombre au hasard entre zéro et neuf.

Mais notre « manque de connaissance précise », qui fait le hasard, peut relever de catégories intrinsèquement différentes. Thierry Martin en montre quatre sortes dans son article du numéro thématique « hasard et incertitude » de Pour La Science (novembre 2009), selon que l'affirmation porte sur un événement précis (probabilité physique) ou un énoncé (probabilité épistémique), qu'elle s'effectue a priori ou a posteriori, qu'elle s'appuie sur une estimation objective ou subjective :

  • la probabilité physique objective a priori (exemple : « comme une pièce homogène a essentiellement 2 côtés de même surface, par symétrie la probabilité de tomber sur pile ou sur face est de 1/2 »);
  • la probabilité physique objective a posteriori, qui correspond aux statistiques (exemple : « sur 100.000 tirages, je constate que les côtés pile et face sortent a quasi-50%, j'estime donc que c'est leur probabilité de tirage, que j'utiliserai à l'avenir pour mes prévisions »).
  • la probabilité physique subjective (« en lançant la pièce comme ceci, je pense arriver à faire pile à 75% de chances. »)
  • la probabilité épistémique, qui mesure notre taux de confiance ou de croyance en un énoncé (« il y a 9 chances sur 10 que ce type soit en train de me mentir - ou de se tromper. »).

Dès lors, on peut examiner la structure de quelques affirmations :

  • « soit Dieu existe, soit il n'existe pas, il y a donc 50% de chances que Dieu existe ». Bien sûr la « symétrie » entre les deux possibilités est purement littéraire et non physique. D'ailleurs si j'avais dit « soit Dieu, soit la Licorne Rose Invisible, soit le Monstre Spaghetti Volant, soit rien », il n'y aurait plus que 25% de chances pour Dieu. Il faudrait montrer que les deux hypothèses se valent, supposition par défaut qui constitue le biais qualifié en zététique d'« effet bof ».
  • L'usage du curseur de vraisemblance est très recommandé car il nous permet d'estimer un fait ou une affirmation de manière non binaire laquelle nous contraindrait à nous positionner de façon excessive et difficilement réversible en pour ou contre absolu. On peut le manipuler comme une probabilité : la vraisemblance des ingrédients nécessaires se multiplie, celle des possibilités exclusives s'ajoutent. C'est la logique floue. Mais elle est subjective, car les valeurs des ingrédients ne se fondent que sur notre sensation du taux de vraisemblance. Subjectif ne veut pas dire irrecevable ; juste, il ne faut pas la confondre avec une probabilité physique.
  • L'équation de Drake multiplie des probabilités pour trouver le nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie avec lesquelles nous pourrions entrer en contact. Quand on examine chaque terme, on se rend compte que certains sont statistiques (nombre d'étoiles, de planètes), d'autres sont des probabilités physiques très mollement objectives (proportion de "favorables à la vie") voire pas près d'être objectivées (« proportion où la vie devient intelligente »), de nature statistiques mais inconnues (« taux de favorables où la vie se déclenche effectivement »), voire plutôt subjective épistémique (« taux qui voudront communiquer avec nous »).
  • Le risque de développer un cancer du poumon si l'on fume, et le risque d'en mourir, sont objectifs et statistiques. De même que les risques routiers et domestiques : votre compagnie d'assurance sait en déduire le montant de la prime individuelle qui lui permet de ne pas faire faillite sans (trop) vous escroquer.
  • Le risque de dégâts liés à un tremblement de Terre est plus délicat à traiter, essentiellement parce qu'il est plus rare et dramatique. Du point de vue de son estimation, il reviendrait au même que le cas précédent si une compagnie d'assurance assurait dans tous les pays du monde et pouvait lisser ses comptes sur un siècle.
  • Le risque que tel vaccin présente un danger est purement épistémique s'il traduit juste un manque de confiance (justifié ou non). Il peut devenir « physique » s'il s'appuie sur des mesures en laboratoire, risque subjectif si celles-ci ne concernent pas encore des tests réels sur humain, objectifs si c'est le cas.
  • L'épidémiologie sait estimer objectivement les dégâts et le taux nécessaire de vaccinés pour endiguer une pathologie de contagiosité, temps d'incubation et virulence connues. Pour une maladie connue, ces paramètres sont objectifs et issus de statistiques. En revanche, la probabilité et les conséquences de possibles mutations dangereuses sont subjectives avec un mix de « physique », issu de l'expérience, et d'« épistémique », a fortiori si l'on cherche à se prémunir de conséquences économiques ou politiques dans tous les cas, avec possible aversion au « pire cas ».
  • Le risque que les antennes relais de téléphonie mobile soient nocives pour la santé est, lui, purement épistémique: il s'agit du taux de non-confiance dans l'innocuité, et non du taux de personnes qui développeront une pathologie. Une compagnie d'assurance serait bien en peine de chiffrer un montant, par exemple (sauf à faire intervenir un « marché du risque », où la valeur des parts est purement liée à la perception subjective par les agents financiers, comme pour les marchés dérivés). À noter que si l'on croit à 100% au risque de nocivité, reste à évaluer ensuite la répartition et la gravité des risques physiques pour chaque individu (de même que la nocivité du tabac est certaine, mais tous les fumeurs ne meurent pas du cancer).

Bref, un risque peut être certain (ce qui signifie une probabilité non-nulle certaine pour chaque individu), ou « virtuel » (par exemple « si Dieu est un moustique alors l'humanité est mal barrée au jugement dernier » : vu le risque, ne devrions-nous pas urgemment faire la paix avec les moustiques ?). Notons que le terme de « risque potentiel » est particulièrement ambigu (bien que retenu dans des jugements contre les antennes-relais), vu qu'il ne dit pas clairement s'il parle du potentiel réel comme s'agissant de gagner au loto, ou du potentiel virtuel comme s'agissant que le monde ne soit qu'une illusion.

À partir de là, je laisse en exercice au lecteur l'évaluation des affirmations suivantes :

  • Vacciner mes enfants leur fait courir un risque.
  • Ne pas vacciner mes enfants leur fait courir un risque. En prime : comparer les deux risques, qualitativement et quantitativement.
  • S'il n'avait décidé la vaccination contre la grippe A, le ministre de la santé aurait pris un risque. (idem: comparer).
  • Avoir trop de petites maternités fait courir un risque (lié au manque d'expérience).
  • Accoucher à la maison fait courir un risque (en cas de complications).
  • Avoir des maternités trop éloignées fait courir un risque (lié au transport d'urgence). En prime : comparer les 3 risques.
  • En transfusant des produits sanguins alors qu'il existe peut être un mal complètement inconnu qui résiste à tous les traitements, on prend un risque.
  • En transfusant des produits sanguins non chauffés alors que certains chercheurs disaient que c'était peut-être dangereux (mais d'autres non) alors on prenait un risque.
  • En  transfusant des produits sanguins alors que les commandements de Jéhovah l'interdisent, on prend un risque.
  • En continuant a  transfuser des produits sanguins non chauffés alors qu'on a mesuré la contagiosité du Sida dans ces conditions, on prend un risque.
  • En ne transfusant pas une personne qui a fait une hémorragie massive, on prend un risque. En prime: comparer ces risques, qualitativement et quantitativement.
  • Travailler en milieu irradié - ou m'exposer au plein soleil - me fait courir un risque.
  • En conduisant bourré, vous avez fait courir un risque à vos passagers et aux usagers de la route: vous aller payer.
  • En installant une antenne-relais, vous avez fait courir un risque au voisinage: vous aller l'enlever (et payer).


Évidemment, en s'essayant à jauger selon ces cribles les affirmations entendues au quotidien, on s'aperçoit que c'est souvent difficile : il devient alors beaucoup moins simple de juger immédiatement et catégoriquement, et c'est souvent inconfortable. Mais l'évaluation du réel est-elle forcément simple et confortable ? On peut estimer que pour les sujets cruciaux, mieux vaut prendre avec hésitation une décision évaluée au mieux, que prendre avec certitude une décision truffée d'illusions... Sauf à préférer sa sérénité d'esprit à tout le reste !

Fabrice Neyret

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


 

Combien de sens avons nous ?

Si vous demandez à votre entourage combien de sens possède l'homme, il vous répondra sans hésiter cinq puis les citera sans faillir : La vue, l'ouïe, le toucher, le goût, l'odorat.

Pourtant, cela est extrêmement réducteur. Un sens est selon la neurophysiologie défini par un système de cellules sensitives capables de capter et de traduire plusieurs stimuli et de les transmettre au système nerveux central. Ainsi, nous n'incluons pas dans les « sens » tout ce qui est postérieur au traitement cérébral (c'est-à-dire une fois le signal reçu et analysé par le cerveau), comme le sens de l'orientation, le sens du temps qui passe, ou le sens des affaires).

Selon cette définition, nous avons ainsi au moins neuf sens distincts :

  • la vue. L'œil reçoit une énergie électromagnétique (la lumière) et transmet l'influx via le nerf optique.
  • le toucher. C'est dans le derme, sous l'épiderme que se situent les récepteurs mécaniques (on parle de mécano-réception) qui envoient les signaux au cerveau.
  • l'ouïe. L'oreille est sensible aux vibrations (on parle ici aussi de mécano-réception) sonores de 20 à 24 000 hertz.
  • le goût. Les papilles gustatives sont situées sur la langue, elles peuvent toutes transmettre différents stimuli grâce à des affinités moléculaires (c'est pourquoi on parle de chimio-réception) : salé, sucré, amer, acide, aigre ou umami.
  • l'odorat. C'est un autre aspect de la chimio-reception. Selon la molécule respirée, une certaine réaction chimique se produit et un signal correspondant est envoyé au cerveau.
  • la proprioception est la perception du corps dans l'espace. Elle vous permet de savoir à quel endroit se trouvent les différentes parties du corps par la tension musculaire, et ce même les yeux fermés.
  • la thermoception. Elle permet de percevoir la chaleur ou le froid.
  • l'équilibrioception : est la perception de l'équilibre. Ce sens utilise l'oreille interne et ses trois canaux semis-circulaires. Les capteurs inertiels et autre accéléromètre de la Wiimote remplissent un peu le même rôle.
  • la nociception : permet de percevoir la douleur. Elle peut elle même se diviser en trois sens : les récepteurs cutanés au niveau de la peau ; les récepteurs somatiques au niveau des articulations et des os et les récepteurs viscéraux au niveau des organes viscéraux.

Selon la classification retenue, certains neurologues recenseraient plus de 20 sens chez l'homme. Certains animaux possèdent quant à eux d'autres sens comme la magnéto-réception (oiseaux, abeilles) ou l'écho-location (chauve-souris).

Ainsi, notre cerveau reçoit de l'information via différents récepteurs, qui ne sont pas exempts de « bugs ». N'oublions donc pas le principe zététique : « Nos sens peuvent nous tromper... »

 

Cet article est paru initialement sur le blog Zetein-sciences.

 


 

En librairie

Parution d'un ouvrage sceptique sur l'affaire de Roswell

Depuis plus de trente ans, l'affaire de Roswell est devenue un des « saints Graals » de l'ufologie mondiale, qui n'en finit pas de générer une surabondante littérature : sur le prétendu crash d'un vaisseau extraterrestre près de cette ville du Nouveau-Mexique (États-Unis) en 1947, sur la prétendue récupération de l'engin et de ses occupants, sur la supposée dissimulation des faits par l'armée américaine... Le tout se diffusant en France par l'intermédiaire des livres (à fort tirage) du principal exégète français de l'affaire, Gildas Bourdais.

Au milieu de ces affirmations, de ces contre-enquêtes, et de tous ces témoins supposés qui retrouvent la mémoire au moment précis où ils devraient plutôt commencer à la perdre, le lecteur qui voudrait avoir un angle d'approche un peu plus critique sur cette histoire est bien souvent perdu, d'autant plus qu'Outre-Atlantique, le « mythe Roswell » continue à évoluer et à se complexifier. Jusqu'ici, seuls l'ouvrage de Pierre Lagrange La rumeur de Roswell (Editions La Découverte, 1996), qui commence à dater quelque peu, et la traduction posthume de Roswell, l'ultime enquête de Karl Pflock (Terres de Brume, 2007), abordaient le sujet de manière sceptique.

Ils sont désormais complétés par un livre signé par Gilles Fernandez, Roswell, rencontre du premier mythe. L'auteur, qui s'est longuement documenté dans la sphère anglo-saxonne qui gravite autour de l'affaire, y propose un état des lieux, à jour et réaliste, de son véritable contenu. Son travail, réalisé à l'aune de la psychologie de la perception et de la démarche zététique, se propose de démêler l'écheveau de Roswell, de séparer le fantasme des faits.

Roswell, rencontre du premier mythe est disponible à l'achat sur Book on demand. L'avantage de ce système est qu'il n'y a pas de tirage d'avance : chaque exemplaire commandé est fabriqué au fur et à mesure, épargnant ainsi à l'écrivain les lourdes contraintes de l'édition à compte d'auteur. L'inconvénient reste le prix : contrairement aux ouvrages distillant rêve et sensationnel, les ouvrages sceptiques n'ont que rarement une diffusion suffisante pour générer les économies d'échelles susceptibles d'en diminuer le prix unitaire.

Le livre de Gilles Fernandez fera l'objet d'une note de lecture détaillée dans notre prochaine newsletter.

Éric Déguillaume

 


AGENDA


 

Conférence

Nous vivons dans une société où chacun est libre de sa prise en charge thérapeutique, et cette liberté de choix doit être préservée. Mais un choix n’est réellement libre que quand il est « éclairé ». Or, il est souvent bien difficile de prendre une décision thérapeutique en connaissance de cause. Bien difficile de s’y retrouver parmi la multitude de pratiques de soin existantes.

Si l’adoption de certaines pratiques n’aura que peu de conséquences, l’adhésion à certaines théories peut conduire à des dérives graves. À quels indices devons-nous être attentifs pour minimiser le risque de se tromper ? Quels « clignotants » pourraient éveiller notre vigilance ? Quelles sont les spécialités reconnues ? Quelles sont celles qui reposent sur des bases théoriques insuffisantes ?

Autant de questions auxquelles tenteront de répondre Franck Villard et Nicolas Vivant au cours de cette septième conférence zététique du cycle « Les 7 Z : venez dynamiter les idées reçues » organisée par l'OZ et l'association Antigone et intitulée « Thérapies non conventionnelles et dérives sectaires ».

Thérapies non conventionnelles et dérives sectaires
Mercredi 14 avril 2010 à 20h
Bibliothèque Antigone
22 rue des Violettes 38000 Grenoble
Entrée à prix libre
Renseignements : www.bibliothequeantigone.org

 

Le 20 avril 2010, Richard  Monvoisin donnera une conférence ouverte à tous et en particulier aux lycéens sur le thème : « Esprit (zététique), es-tu là ? ». Cette conférence est organisée par l’incarnation du scepticisme marseillais, Denis Caroti, dans le cadre de l’Université de Provence.

Les connaissances scientifiques garantissent-elles un esprit critique affuté ? Pas si sûr. Il y a une absence quasi-totale d’enseignement spécifique de la pensée critique. La zététique, cet « art du doute » (voir-ci dessous), permet à travers des sujets trépidants, d’avoir une approche critique et rigoureuse des faits scientifiques. Par la « boîte à outils » qu’elle fournit, elle est une véritable école d’auto-défense intellectuelle, aussi bien sur l’extraordinaire ou les pseudosciences que sur le traitement médiatique des faits. Cet apprentissage prend son sens non seulement en classe, mais également dans la vie de tout citoyen qui, soumis à des flots incessants d’information, rêve de faire ses choix en connaissance de cause. »

Esprit (zététique) es-tu là ?
Mardi 20 avril 2010 de 12h à 14h
Maison des sciences de l’université de Provence Amphithéâtre Charves
3 place Victor-Hugo 13331 Marseille
Entrée libre et gratuite
maisondessciences.univ-provence.fr

 

Télé

Jeudi 15 avril à 20h35, le magazine littéraire, La grande librairie diffusée sur France 5 est consacré à Freud. Parmi les invités : la psychanalyste Anne Millet qui vient de publier Psychanalystes, qu’avons-nous fait de la psychanalyse ? (Seuil) une réflexion critique sur sa discipline. Alain de Mijolla,  président de l’Association internationale d’histoire de la psychanalyse, publie quant à lui Freud et la France (P.U.F). Le philosophe Michel Onfray sera là pour parler de son Crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne (Grasset), une attaque en règle contre l’inventeur de la psychanalyse. Jacques Van Rillaer, professeur de philosophie en Belgique, et Mikkel Borch-Jacobsen, professeur de littérature comparée aux États-Unis, qui ont participé à l’ouvrage collectif Le Livre noir de la psychanalyse (Arènes), seront également sur le plateau.

L'émission est rediffusée le 18 avril à 9h.

La Grande Librairie Spéciale Freud
Jeudi 15 avril 2010 de 20h35 à 21h35
France 5

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Éric Déguillaume, Florent Martin, Fabien Millioz, Fabrice Neyret et Zetein-sciences.

Content ? Pas content ? Écrivez-nous.

 

Mise à jour le Samedi, 20 Novembre 2010 20:02