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POZ n°71 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Mercredi, 14 Septembre 2011 23:18

SOMMAIRE



Édito

Les nouvelles de l’OZ

- Expérience « TCI ou paréidolie » avec nos lecteurs : les résultats
- La Fête de la Science à Chambéry
- L'OZ sur le podcast « Scepticisme Scientifique »

Actualités

- Un mentaliste « sceptique » sur France 3
- Viktor Vincent écrit à l’OZ

Dossiers

- Voyance : traitement médiatique, trucs et astuces
- Analyse d'une conférence « médecine alternative » du docteur Labré : Fausses évidences et contradictions cachées

Culture et Zététique

- Une nouvelle « chandelle » chez Book-e-book

Agenda

- Réunions de l'Observatoire zététique
- Conférence : « La zététique... ou comment faire preuve d’esprit critique face à l’étrange »
- Colloque du Gemppi : Extrémismes religieux, dérives sectaires et thérapeutiques

 


ÉDITO


 

« Je n'ai pas le don de réussir aux oraux. »
Don Diego de la Vega.

 

Ami lecteur, l'heure est grave : je viens de ranger mon bureau. Comment ça, c'est pas grave ? Il y a pire ? Bon, admettons que l'heure ne soit que circonflexe, c'est déjà pas mal. Et laisse-moi te dire pourquoi elle mérite qu'on la considère, la pauvre. J'ai rangé mon bureau, donc. Et comme j'y passe un certain temps de ma vie, on peut donc dire que j'ai mis de l'ordre dans ma vie. Si si, c'est important pour moi. Et en plus j'ai un nouveau fauteuil de bureau, en cuir, qui fait pfuit quand il monte et bop quand il penche et brrr quand il roule ; je suis assis sur ce jouet extraordinaire pour t'écrire, tu sens comme c'est confortable à lire ? Et en faisant tout ce rangement dans mon existence, j'ai fait une découverte saisissante : je n'ai pas de don. À bientôt trente-quatre ans, à un âge où le Christ était déjà mort (enfin si l'on en croit l'Histoire officielle qui prétend qu'il a existé, parce que j'ai cru comprendre qu'on pourrait le voir le mardi avec Madeleine au marché de Saint-Maximin où ils vendent leur production d'olives, mais c'est une rumeur), à un âge où Mozart était presque mort, à un âge où Einstein avait déjà écrit ses articles de relativité et fait poser trois couronnes à ses molaires supérieures, à cet âge préfigurant ma décrépitude, je dois bien nous avouer cette triste constatation : je n'ai aucun don.

J'ai bien cherché, je t'assure. Certes, il y a bien une époque où je pratiquais le don du sang, mais ils ne veulent plus me voir parce que je coûtais trop cher en charcuteries. Je suis bien inscrit sur les listes pour le don d'organe et de moëlle, et il m'est arrivé de faire Rennes-Nantes en changeant à Redon, mais c'est un peu maigre. Il m'arrive d'offrir du beaujolais de l'appellation moulin à vent, mais cela ne constitue pas un don qui shoote.

Pas le moindre don pour prédire l'avenir ! Les rares fois où je m'y suis essayé, c'était pour conseiller à des amies de quitter leur mec, qui allait ne leur apporter que des ennuis, pensais-je (d'ailleurs c'étaient des amis à moi, donc j'étais bien au courant à défaut d'être bon camarade). Résultat, elles sont encore avec et ont même fait des enfants : échec cuisant dans ma carrière de futurologue matrimonial (encore que cela suppose qu'un enfant soit un bienfait, ce qui mérite réflexion).

Pas le moindre don de clairvoyance ! Tu me demandes de deviner le numéro de série de ton lave-vaisselle, de savoir si tu es enceinte de jumeaux ou de juments, de te dire où tu as bien pu ranger tes lunettes de plongée, j'en suis parfaitement incapable. Et même quand j'ai trop bu, contrairement à la tradition fermement admise, je raconte des bêtises, voire en fais, mais jamais je ne vois double.

Pas le moindre don d'ubiquité ! Quoi que prétendent les transports en commun de Lyon, je mets de plus en plus de temps pour aller au boulot en bus. J'ai bien tenté de proposer à mon proviseur l'enseignement à distance, de chez moi, mais je n'ai pas non plus le don de télépathie (et en plus il est rétif aux nouvelles technologies).

Pas plus de don de psychokinésie, de radiesthésie, de magnétisme (ou alors tu me permets d'utiliser des bobines de Helmholtz et une alim de dix ampères), de reboutisme ou de voyagisme astral. Nul, je te dis.

Je n'implore pas ta pitié, non. Je n'ai que faire de ta commisération, elle ne change rien au résultat. Je ne suis pas né avec et, malgré toutes mes tentatives de pacte avec dieux ou diables, je n'ai pas réussi à me faire donner quoi que ce soit ; il faut croire que je n'ai même pas le don d'invoquer un démon, fût-il de Maxwell qualité filtre.

J'ai bien tenté de me résigner, de dénigrer ceux qui en ont, même de faire partie d'une association de sceptiques (en fait c'est que des gens jaloux de ne pas avoir de pouvoir). Ça ne résout rien, la frustration demeure : je rêve toujours d'épuiser en un simple mouvement des lèvres, comme Ma sorcière bien aimée, les piles de copies sur mon bureau ou de casseroles dans l'évier. Je crois encore à mon utilité sociale, néanmoins, comme quoi on peut appartenir aux obscurs, aux petits, aux sans-don, et avoir des prétentions de ce genre. Au moins je sers à écrire un édito tous les mois, c'est déjà ça.

Stanislas Antczak
Éditorialiste nul

 


LES NOUVELLES DE L'OZ


 

Expérience « TCI ou paréidolie » avec nos lecteurs : les résultats

Dans notre numéro de juillet, l’enquête « Des voix chez moi ! Esprits ou paréidolie ? » soumettait à votre analyse plusieurs extraits de sons, afin de tester les différents « messages » que l'on peut y entendre. Un des enjeux étant de voir si, justement, chacun peut y entendre des « paroles différentes », ou si plusieurs personnes entendent bien la même chose, ce qui indiquerait qu'un texte de référence est peut-être susceptible de s'y cacher.

Comme souvent en matière de TCI, la tâche est ingrate car de prime abord le son semble inaudible, ou provenir d'une voix presque totalement détériorée. Cela demande d'écouter et réécouter au casque, voire de « filtrer » à l'aide d'un logiciel audio, jusqu'à ce que l'on ait l'impression que le « bruit » fasse sens. Une fois un sens donné - en général, des mots ou bribes de phrases - il est alors beaucoup plus facile de percevoir ce texte dans le son.

Nombre d'entre vous n'ont rien entendu d'audible (autre que du bruit).

Nous avons tout de même eu deux retours détaillés, s'ajoutant à l'interprétation de Françoise (décachetée après coup).

Voici donc les résultats: pour chaque court extrait fourni par Françoise (et ne laissant place que pour quelques mots), voici les éléments de phrase perçus par les 3 personnes.

  • Extrait 1 (fichier mp3 - 60 ko)
  • Françoise : « dans un monde meilleur »
    Corinne : « Je t'embrasse »
    Agnès : mot italien « nobile » (noble)
  • Extrait 2 (fichier mp3 - 111 ko)
    Françoise : « vos amis du monde »
    Corinne : semble se terminer par « fini ».
    Agnès : « Plus vite… plus… »
  • Extrait 3 (fichier mp3 - 58 ko)
    Françoise : « faut vibrer »
    Corinne : « reviendrai »
    Agnès : « corps isolé », ou avec beaucoup d'imagination « comme ils veulent »

Même s'il ne s'agit que de trois participants, il est tout de même clair que pour chacune de ces trois séquences on ne trouve... absolument aucun élément commun.

Plus frappant, il est intéressant de constater que sur l'extrait 3 (qui me semble le plus audible), on est capable d'« entendre » aussi bien chacun des quatre textes proposés : « faut vibrer », « je re-viendrai », « corps isolé », « comme ils veulent ».

En conclusion, sur la base de ces données, il semble donc que l'hypothèse « pareidolie auditive » soit très probable.

 

Fabrice Neyret

 


 

En bref


La Fête de la science à Chambéry

Faute de budget pour pouvoir s'offrir un stand au Village des Sciences de Grenoble, l'Observatoire zététique participera cette année à la Fête de la Science à Chambéry où nous sommes accueillis gratuitement. Comme les années précédentes, un groupe de doctorants moniteurs du Centre d'initiation à l'enseignement supérieur de l'Académie de Grenoble (CIES) sera encadré par un tuteur de l'OZ (Florent Martin) pour la préparation des nouvelles activités qui seront proposées au public et l'animation du stand. Comme d'habitude, l'objectif sera de vulgariser la démarche scientifique et de promouvoir les outils zététiques. La Fête de la science 2011 aura lieu du 12 au 16 octobre.

 

L'OZ sur le podcast « Scepticisme Scientifique »

Jean-Michel Abrassart, animateur du podcast « Scepticisme Scientifique - Le balado de la Science et de la Raison », vient de mettre en ligne deux interviews de membres de l'OZ :

 

 

Pour être régulièrement tenu au courant des activités de l’Observatoire zététique (réunions, conférences, etc.), demandez votre inscription à notre liste de sympathisants en écrivant à contact@zetetique.fr

 

 


ACTUALITÉS


 

Viktor Vincent, un mentaliste sceptique sur France 3

Tous les samedi à 20h10 sur France 3 (durée 25’)

Que les inconditionnels de « Plus Belle la vie » se consolent, France 3 propose désormais le samedi soir à 20h10, en remplacement de leur feuilleton préféré, une nouvelle émission intitulée « Viktor Vincent : mentaliste [1] ».

Chaque semaine Viktor Vincent fera d’étonnantes démonstrations de cette discipline qui mélange prestidigitation, probabilités et psychologie. Car, si Viktor est capable de deviner votre code de carte bleue ou de retrouver votre voiture dans un parking de 700 véhicules, il ne se prétend pas pour autant voyant ou médium et ne laisse planer aucun doute sur la nature de ses étonnantes facultés. Son art : « C'est un mélange de sciences humaines et d'art magique [2] qui requiert de la logique, de l'observation et un pouvoir de persuasion [3]. » Rien de surnaturel, donc. Y a un truc ! Espérons que la chaîne publique restera fidèle à ce principe et ne cèdera pas (comme souvent) aux sirènes du paranormal.

Franck Villard

Notes :

[1] Visionnez l’émission du samedi 17 septembre 2011 (sur pluzz.fr)
[2] au sens de « prestidigitation ».
[3] La Voix du Nord, 10/09/2011.



 

Viktor Vincent écrit à L’OZ

Nous publions ici, avec son autorisation, le mail que Viktor Vincent a eu l’amabilité de nous envoyer, et pour lequel nous le remercions très chaleureusement.

 

Chers Zététiciens,

L'arrivée d'une nouvelle émission de mentalisme dans le paysage audiovisuel français est toujours source d'une certaine inquiétude.

Même si je ne fais pas partie de l’Observatoire zététique, je me réclame des sceptiques et cultive au quotidien l'art du doute. C'est donc avec méfiance et vigilance que j'aurai moi-même accueilli en tant que téléspectateur l'émission qui est la mienne, Viktor Vincent : Mentaliste.

En effet, conscient des dérives en tout genre pouvant résulter de la diffusion d’émissions de mentalisme (voyants, thérapies et autres coaching mental), je ne cesse de mettre en avant ma démarche exclusivement artistique.

Mon but principal à travers ce programme est donc de divertir ainsi que, dans un second temps, stimuler l'inconscient collectif des téléspectateurs et les amener ainsi à douter des apparences pour exercer leur esprit critique.

Chacune de mes émissions commence par les mots suivants : « ce que vous allez voir est un mélange d'astuce, de suggestion, de psychologie, d'illusion, d'observation et de logique ». Cette ouverture est pour moi à la fois la clef d'une honnêteté intellectuelle et de la mise en place du mystère.

Honnêteté intellectuelle car je ne laisse par cette phrase aucun doute sur l'existence de pouvoirs paranormaux ou autres dons divins et énonce clairement les différents moyens qui me permettront d'arriver à mes fins.

J'utilise en effet une myriade d'astuces, qu'elles soient techniques, mathématiques ou verbales. Par le mot astuce j’ai le sentiment d’énoncer clairement l’existence d’un « truc » dans les expériences. J'ai également recours à la suggestion et la psychologie afin de régulièrement jouer avec les probabilités et les choix des participants. Certaines expériences vous le verrez reposent même uniquement sur la suggestion. Le mot Illusion est là pour renforcer le terme astuce afin que chacun comprenne clairement que la magie est bien présente dans ce programme. Enfin l'observation et la logique sont évidemment deux composantes essentielles de mon travail, notamment dans certaines expériences mathématiques qui seront proposées au cours du programme.

Comme je le disais cette phrase d'introduction de l'émission est également la clef de la mise en place du mystère. En effet, je ne saurai concevoir un programme magique sans cultiver le mystère. C'est pour moi la raison d'être de l'art magique et ce qui le fait résonner humainement en l'éloignant d'une simple démonstration d'habileté. Dans cette phrase le mystère nait du seul doute que je me permets de laisser, celui de la part qu'occupe chacun des éléments que j’énonce. Parfois la part d'illusion prédomine, parfois ce sera la part de suggestion, mais c'est de ce mélange que jaillissent le mystère et la stimulation de l'esprit des spectateurs.

De la même façon je clos chaque émission par « d'ici là gardez bien les yeux ouverts », phrase qui est un appel direct à l'esprit critique des spectateurs. J'alternerai avec la phrase « méfiez vous des apparences ».

Aussi, je proposerai plusieurs expériences qui auront pour but direct de démontrer les risques de manipulations et les dérives qui peuvent résulter de l'utilisation de techniques de mentalisme. Ainsi je ferai une démonstration de l'Effet Forer dans un prochain épisode en mettant en garde sur la voyance. Il est également prévu une émission dans laquelle j'utiliserai l'illusion de phénomènes télékinesiques pour mettre en exergue l'idée qu'il ne faut pas toujours croire ce que l'on voit.

Ainsi, j'essaye de trouver ce difficile point d'équilibre entre l'honnêteté intellectuelle et le mystère.

Dès le premier épisode, j’ai remarqué certains détails pouvant affecter ce point d’équilibre. Je veillerai à corriger ces points et j’espère que vous me laisserez le temps de trouver le juste milieu.

Je vois cette émission comme une fenêtre de mystère de 26 minutes. En dehors de cette fenêtre, je ne suis plus en « spectacle ». Je m'élève donc énergiquement contre toutes les dérives possibles du mentalisme : voyance, thérapies, coaching, programmes comportementaux et autres arnaques qui pullulent malheureusement dans ce domaine. C'est pourquoi dans toutes les interviews, je martèle que je suis uniquement un homme de spectacle, que je n'ai pas de don et que j'utilise les arts magiques couplés à des éléments propres aux sciences humaines (qui portent d'ailleurs souvent mal le nom de sciences) pour réaliser mes tours.

Sceptiquement,
Viktor Vincent

 

 


DOSSIERS


 

Voyance : traitement médiatique, trucs et astuces.


La voyance est souvent présentée dans les médias de manière assez caricaturale. Soucieux de faire un réel travail d’investigation, les journalistes parviennent (souvent grâce à l'INAD) à dénicher d’incroyables cas de dérives comme les plates-formes de voyances par téléphone animées par des étudiants francophones en Afrique, ou bien des médiums de quartier qui arrachent des sommes indécentes à des personnes souvent en difficulté. Puis, dans un effort de conserver l’illusoire neutralité que leur métier imposerait, ils concluent l’article ou le reportage par un appel à la prudence car “si chacun est libre de consulter un voyant, il faut quand même faire attention aux escrocs...

Or, c’est précisément là que se trouve le piège.

Car dire qu’il y a des charlatans, c’est sous-entendre que les autres ne le sont pas, et donc qu’ils ont un authentique don. Le reportage n’a alors pas répondu à la question que tout le monde se pose : comment faire la différence entre les deux ?

Si, comme le suggèrent Maud Kristen (célèbre voyante) et Anne Placier (auteur du guide de la voyance), ça se voit tout de suite car c’est une évidence, comment expliquer que ces escrocs aient encore des pigeons à plumer ? Peut-être n’est-ce pas une évidence pour tout le monde. Ça n’en est pas une pour moi en tout cas. Car j’ai bien conscience qu’il ne suffit pas de regarder quelqu’un dans les yeux pour savoir s’il ment ou fait preuve de malice. Sans quoi les juges, experts dans ce domaine, ne s’encombreraient pas de preuves, les procès ne dureraient que 20 minutes et les prisons seraient pleines de gens au nez crochu.

Et si je dois me fier à mon expérience personnelle, alors j’estime pouvoir compter les hypocrites manipulateurs sur les doigts d’une main. Bon, peut-être les deux mais je ne citerai pas de nom. Mais la grande majorité des sujets “doués” que j’ai rencontrés m’ont parus sincères et intimement convaincus du bien-fondé de leur pratique, et donc pour eux le terme d’escroc ne semble pas approprié.

Sauf que sincère et honnête, ça ne veut pas dire efficace !
Et si les voyants se fourvoyaient eux-mêmes en toute honnêteté ?

Plutôt que l’approche habituelle dans le traitement médiatique qui consiste à pointer du doigt des dérives extrêmes qui sont certes spectaculaires mais pas très représentatives, j’appelle les journalistes à traiter du fond de la pratique, celle qui est la plus courante. Comment juger de l’efficacité d’un voyant avec des critères objectifs ? Y a t-il une réelle divination claire-voyante, ou est-ce juste une impression qu'on se fait ? N’y a t-il pas un moyen d’expliquer la satisfaction des clients autrement qu’en faisant appel au surnaturel ? Et si oui, alors pourquoi ne pas retenir cette hypothèse moins coûteuse [1] ?

Il existe nombre d'expériences de socio-psychologie qui décortiquent les mécanismes psychologiques pouvant nous laisser penser à tort que quelqu'un peut lire dans notre personnalité, ou voir notre avenir. Voici une petite liste non exhaustive de trucs, dont certains sont imagés par un parallèle entre la voyance et une partie de chasse :

  • Le bon sens et l’observation
    Un voyant ne dira évidemment pas la même chose à un jeune cadre dynamique et à une vieille dame retraitée. De même qu’un chasseur ne tirera pas dans un terrier quand il chasse le canard, ou sur un lac quand il chasse le lapin. Du jeune cadre et de la vieille dame, devinez lequel serait à priori le plus enclin à aimer les sports extrêmes.
    Est-il possible que les voyants remarquent (peut-être inconsciemment à force d’habitude) des indices comme un médiator de guitare en pendentif (un musicien ?), une feuille de cannabis en pin’s (un fumeur ?), une vraie Rolex (bling bling ?), une fausse Rolex (aspirant bling bling ?). Il y a le style vestimentaire, la coiffure, les bijoux... Il y a aussi l’odeur (de bois, de parfum chic, de sueur) ou l'absence d'odeur, la poigne ferme et les mains abîmées d’un travailleur manuel, l’embarras d’un silence ou un regard trop long... Avant même que le client ait ouvert la bouche (et livré son accent et son registre de langage), tout cela donne des pistes que quelqu’un d’expérimenté pourra suivre. Car si l’habit ne fait pas le moine, reconnaissez que cette robe si spécifique abrite rarement autre chose.
  • La validation subjective
    Si un voyant enchaine une dizaine de propositions et que 8 sont fausses, le client ne retiendra que les 2 correctes, car les succès résonnent en nous plus volontiers que les échecs. Plutôt que de tenir le compte exhaustif des performances, on ne se souvient que de ce “qui marche”, et on néglige ce qui ne présente pas d'intérêt. Pour dire que quelqu'un est un bon chasseur, il ne suffit pas de compter le contenu de sa besace, mais aussi celui de sa cartouchière.

    Voici un exemple emprunté à Richard Monvoisin : le voyant vous lance un avertissement : « Faites attention aux accidents ! ». On voit alors 4 possibilités apparaître : soit le client se souvient de la prédiction, soit il l’oublie. Et soit l’évènement arrive finalement (à plus ou moins longue échéance), soit il n’arrive pas.


    ... mais un accident survient !

    ... et pas d'accident.

    Du coup vous êtes vigilant...

    Bon sang ! Le voyant m'avait prévenu pourtant ! Mais je n'ai pas fait assez attention !

    Heureusement que le voyant m'avait prévenu sans quoi je n'aurais peut-être pas fait attention !

    Et vous oubliez...

    Bon sang! Le voyant m'avait prévenu ! J'aurais dû faire attention !

    La prédiction passe à la trappe


    Ce qui est vu comme trois succès et pas d’échec (mais un oubli)

  • Le coup de fusil
    Quand un voyant dit « je vois une figure paternelle comme un père, un oncle, un frère, un grand-père... », le client repart avec l'idée que le voyant a trouvé LA figure paternelle en question. De même que lorsqu’un chasseur tire à la chevrotine (avec 20 plombs dans la même cartouche), il augmente d'autant ses chances sur une cible donnée. Qu’importe lequel des plombs a touché puisque la cible est atteinte, et les spectateurs applaudissent pensant qu’il n’y avait qu’une seule balle.
  • Susciter la coopération
    Nombre de séances de voyance commencent par une introduction du genre : « je ne suis qu’un intermédiaire qui reçoit des images. Je vais vous les décrire et vous me direz si ça vous parle ». Ce qui fait faire le travail interprétatif au client plutôt de se risquer et sert aussi d'excuse en cas d'échec face à un client trop impassible : « Vous êtes trop fermé, je sens un blocage ». C'est un peu comme tirer sur du gibier apprivoisé.
  • Le hot reading [2]
    Il s’agit de se renseigner sur le client à l’avance. C’est fou ce qu’on peut trouver sur internet avec seulement un nom ou une photo. Le voyant fera alors semblant de deviner des choses qu'il sait déjà être vraies. Comme un chasseur tricherait en remplissant sa besace avant la chasse. Une pratique qui n’est peut-être pas si anecdotique que ça, vu que les trois voyants testés par la BBC dans cette émission sont tous tombés dans le piège. N’avaient-ils pas l’air honnête pourtant ?
  • Tenter la chance
    Un voyant pourra tenter une prédiction audacieuse et improbable. Tout comme le chasseur pourra tirer dans un buisson au hasard, mais avec assurance. Quand ça fait mouche, tout le monde reste éberlué. Mais quel 6ème sens !
    Tentez le coup dans la rue avec un passant au hasard : “Vous êtes sagittaire n’est-ce pas ? ”. Une chance sur douze. Si ça marche, jouez la modeste et enchaînez. Si ça ne marche pas, tentez un autre signe ou faites trois pas et recommencez.
  • Parler du passé
    Qui est le meilleur des chasseurs ? C’est souvent le plus vieux, car en plus du gibier, il a dans la besace toutes les histoires passées qui ont fait sa réputation et inspirent le respect.
    Pourquoi les voyants vous parlent de votre passé ? Vous le connaissez votre passé non ? Ce n'est que pour gagner en crédibilité. Vous n’accepterez que mieux les propositions qui suivront quant à votre futur.

Et puis il y a aussi...

  • L'effet Forer (ou effet Barnum) [3]
    Le voyant propose un portrait plus ou moins flou, et le client fait lui même la mise au point pour donner du sens à cette image, convaincu que son image nette est bien la même que celle du voyant. Voir cette vidéo de Derren Brown, un célèbre mentaliste. Il reproduit une expérience connue qui consiste à faire lire ce petit texte à des gens en leur faisant croire qu'il a été rédigé spécifiquement pour eux. Les sujets doivent alors noter l'exactitude du profil. La moyenne des notes obtenues est de 4.26 sur 5 !
    Pour juger de la pertinence d’un profil, il ne suffit pas que celui ci soit « vrai ». Et si la plupart des clients s’arrêtent à ce simple critère, c’est qu’il n’est pas très intuitif de considérer le fait qu’il doit également être spécifique à la personne. Car si tout le monde se reconnaît dans le même profil, ce n’est précisément plus un profil, mais une banalité, un lieu commun, un effet Forer...
  • Dire une chose et son contraire
    Ombre et lumière, espace et confinement, joie et tristesse, ordre et désordre... Quand on propose une chose et son contraire, on a toujours bon.
  • La phrase interro-négative
    Vous n’êtes pas quelqu’un de très persévérant (?)”. Avec une intonation située entre la question et l’affirmation, cette phrase peut être comprise à la fois comme une affirmation négative (Vous n’êtes pas persévérant !) ou une question positive (Ne seriez-vous pas persévérant ?). La réponse du client renseigne instantanément sur le sens dans lequel il a compris la phrase.
  • Paraphraser
    En retournant une assertion du client sous forme de question et avec d’autre mots, un voyant pourra donner l’impression que l’idée est de lui.
  • Positiver !
    Les clients se reconnaissent plus volontiers dans un profil flatteur, positif. De la même manière, les clients préfèrent les bonnes nouvelles, que le voyant pourra modérer par un « mais faites quand même attention à ... ». Les voyants disent souvent que par déontologie ils ne révèlent pas les trop mauvaises nouvelles. Imaginez un instant qu’un médecin fasse de même…
  • Et quand les fins de mois sont difficiles...
    Un charlatan commencera par fabriquer le problème qu’il va ensuite résoudre : “Je sens des mauvaises ondes, ça ne va pas du tout, vous avez été envoûté”. Il laissera la panique s’installer avant de poursuivre : “Je peux vous débarrasser de ça, mais le rituel et les artefacts coûtent 10 000 euros”...

Alors, amis journalistes, si vous voulez mettre tout ça en image et voir combien ces techniques sont usitées, le mieux est de filmer une séance. Demandez l’autorisation plutôt que de le faire en cachette, et placez la caméra de côté (pour voir le voyant et le client). On peut ainsi voir combien il est facile de lire les réactions du client (qui est toujours beaucoup moins impassible qu'il le croit). Et après la séance, interviewez le client pour voir ce qu'il a retenu de ce qui lui a été dit. On peut alors mettre en parallèle tout ce qui a été dit avec ce qui a été retenu, et comment ça a été compris.

Si cette approche qui pour le coup traiterait véritablement le sujet de fond de la voyance ne fera sûrement pas non plus le bonheur des voyants et de leurs plus fidèles clients, elle pourra au moins permettre au plus grand nombre de prendre un peu de recul par rapport à certaines faiblesses que nous avons tous, faute d’une véritable éducation à l’esprit critique, et que les manipulateurs de tout poil (voyants ou autres, escrocs ou pas) n’hésitent souvent pas à utiliser pour nous abuser ou simplement gagner leur vie.

 

Notes

[1] Principe de parcimonie : Rasoir d'Occam

[2] Le hot reading ou « lecture à chaud » est une technique par laquelle les spirites, médiums, chiromanciens et autres font croire qu'ils lisent dans les pensées ou l'avenir de leurs clients tout en leur soutirant des renseignements de façon subreptice.

[3] Phinéas T. Barnum, patron du célèbre cirque américain considérait que le succès de ses spectacles résidait dans le fait que chacun y trouve « un petit quelque chose ».
L’effet « Barnum » est le processus qui fait qu’un individu se reconnaît spontanément dans ce qu’il croit être la description de lui-même, c’est la tendance des gens à accepter comme un portrait juste et exact une description ou une évaluation globale de leur personnalité. Cet « effet » fut expérimenté pour la première fois par le psychologue Bertram R. Forer en 1949.

 

Florent Martin

 


 

Analyse d'une conférence « médecine alternative » du docteur Labré : fausses évidences et contradictions cachées


En mai dernier, nous avons été alertés par une annonce de conférence-débat « la santé sans médicament : alternatives en élevage » (mais il y sera dit que cela s'applique aussi bien à l'homme) au Lycée Horticole de St Ismier (38), par le docteur Philippe Labre, vétérinaire naturopathe préconisant plantes médicinales, huiles essentielles et homéopathie, produisant livres et formations via des Chambres d'Agriculture et Centres de formation agricole [1]. Le conférencier est cependant sous le coup d'une condamnation par le Conseil de l'Ordre des Vétérinaires à deux ans d'interdiction d'exercice de la médecine vétérinaire, condamnation qui est elle-même citée et condamnée dans un large encadré sur l'invitation.

 

0. Un avant-goût argumentaire

Dans cet encadré comme dans la conférence, le bi-standard s'allie à l'absence de doute : puisque l'intention est dévouée, portée par des individus, et se veut plus respectueuse des animaux, des consommateurs et de l'environnement, il serait inutile, voire illégitime de s'interroger sur l'efficacité, la toxicité, les éventuelles souffrances, des méthodes alternatives (et moins encore de les comparer à la pharmacopée « chimique » des « industriels », malsaine par nature). « Ça marche » parce que « ça se voit » (quand ça ne marche pas, c'est qu'on s'est trompé, comme nous le verrons plus loin), et que ça utilise des approches « de bon sens », traditionnelles et « saines par nature ».

Outre l'inanité des arguments essentialistes (« bon » ou « mauvais » par « nature ») et des concepts pseudoscientifiques (« chimique » vs « naturel »), nos lecteurs assidus initiés à la démarche critique savent que rien n'est plus facile, même pour un spécialiste, de se leurrer sur ce qui « marche », si l'on ne s'entoure pas des précautions expérimentales classiques d'élimination des biais subjectifs humains. Et que ces précautions sont encore plus importantes quand on a de fortes préférences quant aux résultats.

Plusieurs fois l'idée de validation rigoureuse sera rapidement éludée d'un revers de main parce que « hors de portée de petites unités artisanales » (alors que c'est souvent faisable d'en faire au moins a minima, notre modeste association parvenant bien à monter quelques expériences... mais ce qui suppose de le vouloir, ce qui n'advient pas en présence de certitudes). Et surtout à quoi bon, puisque « ça se voit » ?

Venons-en à l'analyse de la conférence :

 

1. De prime abord, impressions positives

Le personnage respire l'honnêteté, la modestie, la compétence, la gentillesse, l'amour des bêtes, la pondération, l'expertise technique, la bonne humeur polie, dans son attitude, ses phrases, ses postures.

L'essentiel du propos sent le gros bon sens mêlé à la connaissance experte de terrain face à une médico-technicisation outrancière de l'élevage : on donne piqures et antibiotiques pour un rien aux bêtes, avec parfois de vrais risques pour le consommateur et l'environnement - voire des impacts économiques pour l'éleveur quant au coût des traitements et à la non-utilisabilité de l'animal traité - , alors que la situation la plus fréquente est qu'on leur crée des déséquilibres physiologiques en faisant « produire » l'animal à flux tendu, dans des conditions pas toujours naturelles (notamment en matière d'alimentation), déséquilibre qu'il suffit le plus souvent de réguler.

L'ordre vétérinaire ne l'aime pas, et l'a « coincé » essentiellement sur une histoire de courriers publicitaires pour ses méthodes adressés aux éleveurs, ce qui est interdit.

Un homme si gentil et de bonne foi, à qui le « système » veut du mal, ne saurait avoir vraiment tort, non ? (Hélas, nombre de précédents nous montrent que la bonne foi n'est en rien un gage de justesse, ni même de non-dangerosité). Et ce qu'il raconte est (apparemment) tellement clair et raisonnable (en tout cas loin des salmigondis pseudoscientifiques qu'on rencontre si souvent)...

 

2. En creusant au fond, les aspects plus négatifs apparaissent

Oui mais voila, tout gentiment, tout en disant que dans les cas graves (42 de fièvre, diabète) les médicaments servent, le personnage nous dit calmement que l'allopathie (« les médicaments chimiques ») ne traitent que les symptômes, et dresse longuement un tableau de bilan d'efficacité, avec en colonnes allopathie (ou « médecine chimique »), plantes médicinales, huiles essentielles, homéopathie, et indiquant en lignes, l'efficacité de chacune pour les affections aiguës, chroniques, le « terrain », le préventif, la « régulation des fonctions biologiques », les effets secondaires (positifs ou négatifs), la toxicité, la technicité. Tableau d'où il ressort que les médicaments n'ont d'intérêt (disputé, de surcroit) que pour les affections aiguës : la médecine « officielle » n'est que palliative, quand les alternatives traitent le « fond » pour s'auto-guérir. Il refusera de se prononcer sur le statut à adopter pour la vaccination. Plus grave, il nous précise que sa méthode est valable pour tous les animaux, homme compris.

Bien sûr, on ne saura pas comment sont validées les affirmations de chaque case, et on verra à la section suivante que les pratiquants comme lui-même peuvent les contre-dire... sans forcément s'en rendre compte.

En aparté il nous explique aussi que l'Ordre a été créé sous Vichy, et n'a pas évolué depuis, ne correspondant plus aux besoins actuels (et je vous passe ce qu'il pense des « vieillards de l'Académie de médecine qui parlent sans connaître »).

On pourra se faire une idée de l'argumentation de contre-attaque (jamais basée sur la preuve de résultats mais uniquement sur l'ad-hominem et le procès d'intention) en consultant le texte des pétitions de soutien [2].

Sa « médecine » est essentiellement physiologique : les fonctions biologiques primaires sont la « détoxination » (foie et rein), le « tonus vital », l'immunité (vue essentiellement comme l'équilibre avec l'environnement), et il suffit de les titiller pour récupérer du poil de la bête, y compris contre microbes et bactéries (le corps sait déjà lutter, sauf si on l'a déséquilibré). Si les fonctions primaires sont déséquilibrées, on peut agir aussi plus finement sur les fonctions biologiques secondaires : appétit, digestion, circulation, drainage, cicatrisation, locomotion.... Bref, on habille un schématisme moyenâgeux mâtiné de bon sens des familles avec un physiologisme expert et didactique... qui passe juste à la trappe toute la médecine et la pharmacopée, sous prétexte qu'en élevage les « soins » actuels consistent souvent en un technobricolage pour réparer et maintenir la bête productive. La justification par la tradition, elle, revient à faire totalement l'impasse sur la mortalité, la souffrance, l'espérance de vie de ces époques.

Ce qui a l'air de traiter la bobologie quotidienne (et qui là, pourrait être raisonnable, en particulier dans la situation d'élevage « à rendement ») constitue en fait le corpus même de la méthode, également applicable à l'homme :

Comme dans bien des pseudomédecines, on considère que comme il n'est pas dans la nature de l'être vivant de tomber malade, cela ne peut résulter que d'un déséquilibre, qu'il suffit donc de restaurer pour guérir. La médecine « officielle », elle, se trompe complètement de cible (Philippe Labre met toutefois à part les lésions et mal-fonctions graves, et reconnait l'utilité de la pharmacopée d'urgence, par exemple pour faire tomber la fièvre. Du moins, il reconnait l'utilité... du palliatif).

Le huiles essentielles peuvent avantageusement remplacer les antibiotiques, c'est dit.

 

3. Les contradictions

L'orateur est a la fois technique et clair, mais quand la salle pleine d'éleveurs convaincus prend la parole, c'est pour dire (sans chercher par là à le remettre en cause) que c'est pas si facile, et pour poser moult questions sur pourquoi dans leur pratique ça ne marche pas si bien que dans le livre. Et le docteur Labre, tout en répondant avec gentillesse et intelligence, donne des réponses aux questionneurs... qui reviennent à contredire ce qu'il a expliqué avant, sauf que ça ne se voit pas facilement, et peut-être même pas par lui, tant l'ensemble semble tomber sur le coup de l'auto-persuasion que « ça a marché (grâce à ce que j'ai fait) » ou que « là c'est parce que je n'ai pas fait comme il fallait » (tableau classique en pseudo-médecines et pour bien d'autres croyances). Ainsi dans le tableau l'homéopathie est classée comme « simple » vu qu'en théorie il suffit d'appliquer la substance qui produit le même syndrome constaté. sauf qu'en fait non, il faut quand même poser un diagnostic délicat, basé sur des signes ultra-complexes (en plus de sa fièvre et son halètement la brebis est-elle sur le flanc gauche ou droit, quel aspect ont pris ses mamelles, etc). Ainsi les plantes médicinales sont d'abord présentées comme assez interchangeables et gagnant à être associées selon le « principe de synergie », tout en n'ayant que 3 fonctions biologiques à équilibrer. Et pourtant en fait non, il ne suffit pas de donner un pot-pourri à tout faire, il faut quand même faire le bon diagnostic pour donner le mélange optimal, sinon ça expliquera pourquoi ça n'a pas marché. Oui, « ça marche » pour toutes les bêtes, « on ne m'a jamais rapporté de cas de bêtes qui refusent le traitement à base de plantes, au contraire elles les recherchent ». « Ah vous c'est les porcs ? oui c'est vrai pour le porc c'est pas évident. Je connais moins bien le porc ». (On frémit alors sur la validité de toutes les autres généralités et certitudes, sans parler de l'application à l'homme).

La technicité est élevée pour les médicaments chimiques et les huiles essentielles, et simple pour les autres ? oui mais en pratique des éleveurs pragmatiques préfèrent les huiles essentielles parce que au moins c'est « simple d'usage pour un médicament : tel maux tel remède », plantes et homéopathie étant d'usage très simple.... à condition d'avoir fait le « bon » « diagnostic » qui est en fait très complexe comme on l'a vu plus haut (et c'est toujours l'explication de ce qui s'est passé quand ça marche pas). Bref, tout est en place pour toujours rebondir en cas d'échec sans jamais remettre en cause le principe... à géométrie finalement ultra-variable.

 

4. La salle

Comme souvent, le pire est en fait dans la salle : une des co-organisatrices s'énerve toute seule contre le fait qu'« on nous empêche de nous soigner comme bon nous semble », et tente de lancer la discussion sur l'homéopathie sur exsudat [3] de maladie « scandaleusement interdite, alors que si ça vient du patient c'est que c'est forcement compatible avec le patient » (sur ce terrain, le conférencier refusera timidement de suivre).

Un agriculteur mentionne son association dauphinoise d'une dizaine de membres, domiciliée à la mairie de Vif et y ayant bureaux, qui utilise tout y compris le pendule, et fait des formations publiques.

Un vétérinaire « classique », un peu honteux et pas hostile, dit que ce qu'il a entendu est globalement de bon sens, mais qu'il utilise les procédures classiques parce que « spécialisation homéopathie c'était 3 ans de plus et [il] voulait vite finir et [se] mettre à travailler ».

 

En conclusion

Même si ce genre de conférence attire surtout les convaincus, on peut s'inquiéter de voir se banaliser ces approches dans des institutions publiques, d'enseignement secondaire comme de formation continue, d'autant qu'elles finissent par toucher un public plus large sensibilisé par la santé ou l'environnement, qui fait sans doute confiance à l'agrément implicite apporté par le lieu et les titres, ainsi que les associations populaires consignant l'invitation.

Comme on l'a vu, cette situation-ci est autrement plus redoutable que d'autres, en ce qu'il est difficile de percevoir sur le coup les contradictions et les impasses, si l'on n'est pas sur ses gardes, l'outillage zététique réellement en alerte (et intervenir à chaud sur place est rarement efficace, au contraire). De ce fait, suffit-il d'invoquer la pluralité des opinions, le citoyen se faisant son « libre avis », quand bien même une condamnation officielle du conférencier souligne un risque, sur des sujets explicitement à l'encontre des connaissances scientifiques, de ce qui est enseigné, et de la règlementation elle-même, a fortiori quand il s'agit d'offrir une tribune sans contradiction dans un établissement public d'enseignement ?

 

Notes

[1] son cabinet gentiana : http://www.lekitphyto.fr et http://www.femenvet.fr
[2] sur http://www.cs-ideas.fr et http://www.syndicat-simples.org
[3] liquide produit par l'organisme et suintant au niveau d'une inflammation de la peau ou d'une
muqueuse.

 

Fabrice Neyret



CULTURE ET ZÉTÉTIQUE
Une nouvelle « chandelle » chez Book-e-book


 

En librairie

 

Les professionnels de santé et l'ostéopathie - Complémentarité, déviance ou expédient ?

Jean-Michel Lardry
Éditeur : Book-e-book
76 pages – 9,40 €

Quatorzième opus de la collection « Une chandelle dans les ténèbres », Les professionnels de santé et l'ostéopathie vient de paraître aux éditions Book-e-book.

La médecine s’est considérablement développée en France à partir des années 50. La qualité de la formation, les conditions d’exercice, la mise à disposition d’outils performants (médicaments, examens de laboratoire et d’imagerie, etc.) et la recherche lui ont permis de progresser et de rendre d’incontestables services à la population concernée. Fort de ce succès, les représentants du corps médical se sont sentis particulièrement puissants, ne pouvant penser qu’une autre forme de médecine pouvait les concurrencer. Mais l’évolution considérable de la médecine et les résultats obtenus par cette discipline n’ont pas fait disparaître les autres formes de prise en charge d’un malade, appelées « médecines alternatives ». Bien au contraire, puisque certaines d’entre elles, comme l’ostéopathie, ont même obtenu une reconnaissance officielle de leur pratique par le législateur. Mais, au lieu de clarifier la situation, ces dispositions règlementaires ont semé le trouble, ne donnant satisfaction, pour des problèmes d’identité et de pratiques professionnelles, à aucun des acteurs concernés : médecins, paramédicaux, ostéopathes. Dans le contexte sociétal actuel et sachant que tout individu en souffrance physique ou psychologique aura souvent tendance à chercher un réconfort - et une écoute - dans les thérapies « non officielles », pourquoi ne pas chercher, dans l’avenir, à faire cohabiter intelligemment dans notre société la médecine scientifique et les médecines alternatives ?

Pour le commander : sur le site www.book-e-book.com, par téléphone au 04 93 00 15 34, ou par courrier à l'adresse suivante : éditions Book-e-book - BP 80117 - 06902 Sophia Antipolis Cedex.

 


AGENDA


 

Réunion de l'Observatoire zététique

Les réunions de l'OZ sont ouvertes à tous. Elles ont lieu les premiers lundis de chaque mois (sauf exception) à Fontaine dans la Salle Eugénie Cotton. L'ambiance y est détendue et conviviale, chacun apportant de quoi partager l'apéritif dinatoire qui s'improvise avant le début des discussions. La réunion débute généralement par une présentation sceptique, proposée par l'un des membres de l'association. L'ordre du jour comprend également une partie d'échanges sur l'actualité du « paranormal », sur nos lectures, mais aussi sur nos réactions à des émissions télé ou radio. Il s'achève avec un temps consacré à la vie de l'association : réponses aux questions posées via notre site, projets en cours, prochaines conférences, etc. Alors, amateurs de paranormal, sceptiques, curieux…Venez nombreux !

Réunion de rentrée de l'OZ
Lundi 3 octobre 2011 à partir de 20h

15 rue Paul Vallier 38600 Fontaine
Tram A, arrêt : Fontaine Hôtel de Ville - La Source
www.zetetique.fr

 

Conférence

Le lundi 10 octobre 2011, l’Observatoire zététique donnera à Reigner-Esery (74) une conférence intitulée « La zététique… ou comment faire preuve d’esprit critique face à l’étrange ».

Comment distinguer croyance et connaissance. Comment faire preuve d’esprit critique face à un phénomène inexpliqué. Cette conférence traitera notamment de la méthodologie scientifique, présentera quelques exemples de l’outillage zététique, et décrira la mise en place d’un protocole pour tester une prétention « paranormale ».

Lundi 10 octobre 2011 à 20h
La zététique – Comment faire preuve d’esprit critique face à l’étrange

MJC de REIGNIER-ESERY
Rue des écoles 74930 Reignier
Renseignements : 04 50 43 41 25
accueil-mjcreignier@orange.fr

www.mjcreignier.net

 

Colloque

Le Gemppi (Groupe d’Étude des Mouvements de pensée en vue de la protection de l'Individu), association marseillaise de prévention et d’aide aux victimes de dérives sectaires organise le samedi 8 octobre 2011 de 9h00 à 17h00 à l’Espace Éthique Méditerranéen (Hôpital de La Timone) à Marseille, un colloque intitulée « Extrémismes religieux, dérives sectaires et thérapeutiques ». Richard Monvoisin, membre du Cortex, interviendra sur le thème : « Créationnisme : moyens de détection, outils critiques et prévention ». Le programme complet est disponible ici.

Samedi 8 octobre 2011 de 9h00 à 17h00
Extrémismes religieux, dérives sectaires et thérapeutiques

Espace Éthique Méditerranéen
Hôpital de La Timone
264 rue St Pierre 13005 Marseille

Inscription obligatoire, dans la limite des places disponibles auprès du GEMPPI BP 30095 13192 Marseille Cedex 20 - Tel/fax : 04 91 08 72 22, Portable : 06 98 02 57 03 - Courriel : gemppi@wanadoo.fr

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’Agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 


Appel à contributions


 

Si vous souhaitez contribuer à la diffusion de l'esprit critique, à la promotion des outils d'auto-défense intellectuelle de la zététique, à la vulgarisation de la méthodologie scientifique, vous pouvez nous soumettre article, dossier, fiche de lecture, enquête, etc. N'hésitez pas à nous contacter pour nous proposer vos idées puis à soumettre vos productions à l'OZ, en écrivant à contact@zetetique.fr

 


 

Cette newsletter a été préparée par Stanislas Antczak, Brigitte Axelrad, Florent Martin, Fabien Millioz, Fabrice Neyret, Jean-Louis Racca et Franck Villard.

Mise à jour le Dimanche, 04 Décembre 2011 18:14