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POZ n°80 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par l'équipe de rédaction   
Dimanche, 17 Mai 2015 00:00
Mai 2015 / Newsletter 80

 

Photo ouija : Victor Lesprit


Édito

Les nouvelles de l'OZ
- Le préZident est une préZidente
- Entre Grenoble et Chambéry
- Fermeture du forum
- Le prochain Ultimate Z
- L'OZ en Belgique

Actualités
- La dernière vidéo de la chaîne zététique Hygiène mentale
- La dernière vidéo de La Tronche en Biais
- Nouveau canular à l’université : l’affaire Sokal N°2 ?

La zététique dans les médias
- E=M6, l’effet Forer-Barnum expérimenté de nouveau
- E-penser : l’effet cigogne
- Les premières chaînes zététiques (Youtube) !
- La zététique sur Radio Campus (Grenoble) et la Radio Télévision Suisse
- La zététique à Bruxelles (Sceptics in the pub)
- La zététique au journal de la santé (France 5) et sur France Inter

La zététique sur le net
- Des forums aux réseaux sociaux : interview de Jérémy Royaux

Les conférences de l'Observatoire zététique
- « Thérapies alternatives, comment s'y retrouver ? »
- « L’astrologie et la science : l’outil astrologique peut-il tromper son propre utilisateur astrologue ? »
- « Les ravages des faux-souvenirs ou la mémoire manipulée en thérapie »
- « Illusionnisme et impostures »

Agenda
- Conférence à Fontaine (38) : L'ostéopathie en question
- Réunion de juin à La Table Ronde

Culture et zététique
- Les dernières parutions chez Book-e-book
- Quand le paranormal manipule la science : Comment retrouver l'esprit critique
- Entretien avec Serge Larivée

Insolite
- La paréidolie du volcan Calbuco
- La comète Chury a échappé au réchauffement climatique !

 

ÉDITO

 

Sans rire, nous avons bon cœur à l’OZ car nous recevons régulièrement des plaintes pour absence de POZ (ou Publication de l’Observatoire Zététique). Et bien nous le prenons toujours positivement !

Sans rire, on pourrait croire qu’il ne se passe plus rien à l’OZ mais en 2014 il y eut tout de même des réunions mensuelles, l’université d’été (UZ), des conférences et plusieurs passages dans les médias. Quelques-uns sont listés plus bas. En fait certains membres de l’OZ sont très actifs de leur côté.

Sans rire, les forums zététiques sont mourants mais l’activité zététique n’a peut-être jamais été aussi florissante que sur le groupe Facebook du même nom (4231 membres actuellement et une croissance constante !).

Sans rire, les petits jeunes zététiciens rejoignent les moins jeunes et tous commencent à occuper joyeusement le format en vogue actuellement : la vidéo courte et didactique sur internet.

Sans rire, un canular peut être hilarant ET sérieux en faisant écho à la fois à l’affaire Sokal et à l’affaire Teissier.

Sans rire, l’année 2015 a déjà produit plusieurs réunions, interventions, vidéos pour l’OZ, et voilà la première POZ de l’année annonçant plein de belles choses encore à venir. Notre silence ayant été long, nous rattrapons un peu ici le retard, vous allez en avoir pour votre argent si vous n’avez pas bien suivi l’actualité zet !

Sans rire, si tout cela ne vous redonne pas un peu la banane, ce serait bien dommage !

Et comme on dit maintenant sur Youtube : n’hésitez pas à partager cette newsletter!

Serge Bret-Morel

 

 

LES NOUVELLES DE L'OZ


Le préZident est une préZidente
Le 31 janvier dernier, notre présidente Virginie Bagneux a rempilé pour un second mandat à la tête de l’OZ.
Élue avec un score soviétique, elle a été, comme le veut la tradition adoubée lors de la très officielle cérémonie dite « du poireaux callipyge ».

Entre Grenoble et Chambéry
Cette année, les réunions mensuelles se dérouleront alternativement à Grenoble et Chambéry, où se sont d’ailleurs tenues les deux dernières. Les thèmes abordés étaient « Comment vérifier l'information sur internet ? », « Les superstitions » et « l’ostéopathie ». Les réunions mensuelles sont pour l’instant annoncées sur le groupe Facebook de l’Observatoire zététique mais aussi sur celle du groupe « Zététique ».

Fermeture du Forum
Nous avons décidé la fermeture du forum de discussion sur lequel l’activité était devenue trop restreinte et proportionnellement chronophage pour la modération. En termes d’échanges, le groupe Facebook « Zététique » est foisonnant et crée même des vocations. Cela ne se voit peut-être pas mais toute une équipe de modération est à l’œuvre, on vous en reparle plus loin.

Le prochain Ultimate Z
En juin prochain, et comme chaque années depuis 10 ans, se déroulera l'Université d'été de l'Observatoire zététique (UZ). Toute la fine fleur des associations sceptiques francophones a été conviée et nous serons à guichet fermé pendant ce week-end joyeux de zététique et d’agapes.

L'OZ en Belgique
Un stand de l’OZ, tenu Par Jérémy Royaux (membre de l'OZ) et Jean-Michel Abrassart sera présent le 29 août 2015 à Beauvechin (Belgique) dans le cadre de la manifestation Découverte des sciences.


 

ACTUALITÉS

 

La dernière vidéo de la chaîne zététique Hygiène mentale

C’est tout frais. A la suite de la réunion du 6 avril dernier, voici la dernière vidéo didactique de Christophe Michel, membre de l’OZ et fondateur de la chaîne Youtube « Hygiène mentale » :  L’autodéfense intellectuelle : la recherche d’information sur internet.
Quels moyens variés, rapides et efficaces peuvent nous permettre de vérifier une information sensationnelle croisée dans une boite mail ou sur un réseau social ?
Après les recherches par mots-clefs, avez-vous déjà essayé les recherches par images-clefs ? On vous montre !

La dernière vidéo de La Tronche en Biais

Autre actualité presque toute fraîche (du 22 avril), la dernière vidéo de la chaîne Youtube zététique La Tronche en Biais : « débunkage et entretien épistémique ».

Nos jeunes amis zététiciens se posent la question des effets pervers du débunkage systématique. Pourquoi réfuter ne suffit-il pas pour convaincre ?

Nouveau canular à l’université : l’affaire Sokal N°2 ?

C’était début mars et ce fut un beau canular. Cette affaire Sokal N°2 avait comme objectif de piéger une revue universitaire du courant de pensée du sociologue Michel Maffesoli. Ce dernier est connu aussi pour avoir dirigé le jury de thèse de l’astrologue Elizabeth Teissier, ce qui avait donné lieu à l’affaire Teissier. Deux sociologues ont donc envoyé un article pastiche et réussi à le faire publier malgré d’énormes raccourcis, contresens et autres jeux de mots plus osés les uns que les autres ! On en a parlé (et on en rit encore) dans le Monde et dans Libération. Ici, vous trouverez une présentation complète par les auteurs du canular.

 

 

LA ZÉTÉTIQUE DANS LES MÉDIAS

 

Dans les médias actuels, la tendance est au podcast et à la vidéo courte mais dense. Les télévisions laissent même parfois leurs programmes en ligne. Dans l’émission E=M6 du 19 octobre dernier, sous prétexte de profiling trèèèès scientifique, comme vous allez le constater, notre astrologue doté de pouvoirs divinatoires (sic !) Florent Martin (de l’OZ) a reproduit la surprenante expérience de l’effet Forer-Barnum. Comme à chaque fois, la satisfaction manifestée par ce groupe de quelques adultes fut stupéfiante ! Elle montre qu’on peut se reconnaître vraiment dans une description de soi sans pour autant qu’elle nous soit personnelle… ce en quoi se reconnaître dans une description ne peut et ne doit pas constituer un critère de validité.

A l’heure où fleurissent les chaînes Youtube éducatives, par exemple celles de la vidéothèque d’Alexandrie, l’effet cigogne a été présenté par Bruce Benamran sur e-penser. Il pose une question étrange : quel est le lieu le plus dangereux de France ? 620.000 vues à ce jour pour cette présentation d’une erreur de raisonnement couramment dénoncée par l’analyse zététique.

Depuis le début de cette POZ nous parlons de vidéos renvoyant à du contenu zététique, il existe maintenant plusieurs chaînes Youtube consacrées à la zététique !

La chaîne Hygiène mentale (dont nous parlions plus haut) vous proposent deux autres vidéos de zététique appliquée :

La Tronche en Biais est la belle surprise de ces derniers mois. Différents formats (du très court au très long avec des lives) permettent autant de la zététique théorique que de la zététique appliquée avec une idée très originale en bonus.
La rubrique Le poing dans la Tronche donne en effet l’occasion de revenir sur des erreurs ou des imprécisions qui se seraient glissées dans les vidéos, donc de rebondir sur les commentaires des internautes !

Quelques vidéos parmi d’autres de La Tronche en Biais :

Sur Youtube encore, Joackim Daviaud rassemble de nombreux entretiens et conférences zététiques. On y retrouve pêle-mêle celles de l’OZ et des entretiens avec Richard Monvoisin, Nicolas Gauvrit, Henri Broch, Gérald Bronner, Florent Martin, Jean Bricmont, Michel Onfray, etc.

Toujours dans les médias, Franck Villard (de l’OZ) était l’invité de Radio Campus (Grenoble) pour deux émissions sur les médecines alternatives et la zététique : êtes-vous zététique, zététiste ou bien zététicien ?!!?
Extrait 1, Extrait 2

Florent Martin est intervenu plusieurs fois dans l’émission CQFD de la Radio Télévision Suisse : « pour ou contre l’acupuncture ?» et « l’efficacité des médicaments homéopathiques ».

Jérémy Royaux est intervenu récemment à Bruxelles chez les Skeptics In The Pub de Bruxelles sur le thème de l’hypnose contemporaine : l'hypnose continue d'être entourée d'une aura de mystère et de faire l'objet de nombreux fantasmes. Jérémy Royaux, psychothérapeute et membre de l'Observatoire zététique, tentera de définir l'hypnose contemporaine et de présenter ses différents usages. Il abordera ensuite les conclusions qu'on peut tirer des études scientifiques qui existent sur le sujet. Enfin, il évoquera plusieurs dérives qui sont liées à l'usage de cette pratique. La conférence est disponible en audio sur le podcast Scepticisme Scientifique. 

Mais on a aussi vu passer la zététique au Magazine de la santé (France 5) et sur France Inter (3D, le journal) !

 

 

LA ZÉTÉTIQUE SUR LE NET


Des forums aux réseaux sociaux : interview de Jérémy Royaux

Comme on l’a évoqué plusieurs depuis le début de cette POZ, des forums aux réseaux sociaux la zététique sur le net est en train d’évoluer. Nous avons donc interviewé Jérémy Royaux, membre très actif de l’OZ (et des Skeptics In The Pub de Bruxelles). Il a en effet guidé la mise en place d’une véritable équipe de modération pour l’énorme groupe zététique de Facebook. On ne modère pas à deux ou trois personnes les échanges parfois houleux de plus de 4200 membres (début mai 2015) !

OZ : Bonjour Jérémy, comment as-tu connu la zététique ? Depuis quand es-tu membre de l'OZ ? Depuis quand es-tu modérateur du groupe Facebook « Zététique » ?

Jérémy Royaux : J'ai connu la zététique grâce à une conférence de Jacques Van Rillaer sur la psychanalyse. Il était invité par l'OZ à Grenoble (conférence donnée en mars 2007). Je connaissais son travail mais j'ai découvert l'OZ à ce moment-là, par hasard. Suite à cela, je me suis inscrit sur le forum de l'OZ et j'ai commencé à y participer. J'ai ensuite rencontré Florent Martin qui m'a proposé de rejoindre l'OZ, ce que j'ai fait en prenant en charge l'administration du forum. Peu de temps après, j'ai également pris en main la gestion de la page Facebook et repensé celle-ci pour qu'elle puisse être adéquate par rapport au nombre de membres de plus en plus important.

OZ : L'effectif du groupe Facebook « Zététique », connu pour ses échanges intenses, a eu une incroyable croissance en une année (plus de 4200 membres actuellement, dont 1000 ces six derniers mois). Comment gère-t-on un tel afflux d'effectif en termes de modération active ?

JR : Quand je suis arrivé, la gestion de la page était assurée par Florent Martin qui en est le fondateur ainsi que quelques autres modérateurs très peu actifs et il n'était pas possible de gérer le groupe correctement. Il y avait de nombreuses discussions qui dérivaient en insultes, des gens qui tenaient des propos ne respectant pas la charte du groupe ni les principes de la zététique et pas grand monde pour les recadrer la plupart du temps, sans parler de nombreux spams. En gros, il était très difficile de veiller au bon fonctionnement de la page et de lui donner une vraie valeur pédagogique. Il suffit d'ailleurs d'une ou deux personnes qui sont dogmatiques et agressives pour pourrir complètement une discussion sur plusieurs centaines de réponses.
La solution que j'ai proposée a été d'engager toute une équipe de modérateurs parmi les membres actifs partageant l'esprit et les valeurs de l'OZ.

OZ : Les modérateurs se connaissaient-ils entre eux ? Comment communiquent-ils ? Est-ce qu'on débat aussi en privé chez les modérateurs zététiques ?

JR : Les personnes qui ont été recrutées ne se connaissaient pas vraiment à la base. J'ai rédigé une sorte de guide de bonnes pratiques qui leur a été donné et nous avons créé un groupe spécifiquement pour qu'ils puissent communiquer entre eux. Certains modérateurs avaient déjà une expérience dans ce domaine, d'autres ont découvert la modération. Le groupe des modérateurs leur permet d'indiquer les sujets pour lesquels il y a besoin d'intervenir ainsi que ce qui a déjà été dit afin que d'autres puissent prendre le relai si nécessaire. Il nous a également permis d’échanger entre nous sur nos propres difficultés. L'activité de modération est parfois difficile, notamment parce qu'on ne peut pas passer toute notre journée à suivre les réponses et donc on débarque parfois dans un sujet pour intervenir après plusieurs centaines de commentaires. Cela demande une attention particulière pour essayer d'être pertinent dans ce qu'on dit, de ne pas intervenir de manière injuste, savoir contrôler nos émotions par rapport aux réponses de certains... Notre objectif principal reste la pédagogie : essayer d'amener au mieux les membres du groupe à critiquer les idées et pas les personnes, ainsi qu’à le faire de manière pertinente, nuancée et cordiale.

OZ : Comment gère-t-on la question des compétences propres à chacun face aux innombrables sujets qui peuvent être abordés dans le groupe ?

JR : Chacun intervient quand il le souhaite mais nous avons récemment eu l'idée d'un recensement de tous les « spécialistes ». Nous allons essayer d'utiliser cette liste pour informer les personnes d'une discussion en cours quand son expertise pourrait être utile.

OZ : Combien l'équipe de modérateurs compte-t-elle de membres ? As-tu prévu d'agrandir l'équipe ?

JR : Actuellement il y a une quinzaine de modérateurs actifs (certains le sont bien sûr plus que d'autres). Le principe est d'évaluer régulièrement notre capacité à répondre aux besoins de la modération. Si nous constatons que nous ne sommes plus assez présents pour intervenir chaque fois que c'est important, nous augmenterons les effectifs. J'ai trouvé important depuis le début d'avoir une équipe assez nombreuse. La modération prend du temps et peut créer un certain stress. Je ne souhaite pas que les gens vivent ce travail bénévole comme une contrainte, ça doit rester une activité à laquelle on participe avec plaisir, d'où l'importance d'avoir toujours des collègues qui peuvent prendre le relai.

OZ : Doit-on considérer le succès du groupe Facebook « Zététique » comme la marque d'une évolution des moyens de communication contemporains (réseaux sociaux) ?  Peut-on anticiper sur les années qui viennent ?

JR : Nous avons tous constaté la chute d'activité des forums sceptiques. Petit à petit, la majorité des sceptiques ont migré sur Facebook. Je pense que c'est lié à l'évolution des moyens de communication mais aussi à la qualité du groupe Facebook « Zététique ». Il me semble qu'il est très rare qu'un groupe de plusieurs milliers de membres, très actif qui plus est, soit géré d'une manière aussi efficace et élaborée. Beaucoup de groupes sont noyés sous les spams, les insultes, les posts hors-sujet. Sur le groupe « Zététique », si un utilisateur signale un problème, un modérateur interviendra très rapidement, vu qu'il y a toujours l'un ou l'autre d'entre nous qui est en ligne.

Je pense également que le groupe Facebook « Zététique » est devenu l'un des lieux majeurs du scepticisme francophone. Il peut y avoir en une journée dix ou vingt fois plus de réponses sur le groupe que sur les forums qui sont encore les plus actifs (comme celui des Sceptiques du Québec). Le groupe est aussi un moyen pour partager les évènements, conférences ou vidéos produites par tout un chacun, ce qui donne aussi des occasions de se rencontrer en face à face. Chaque semaine nous accueillons 30 à 40 nouveaux membres, je pense donc que le groupe va continuer à grandir d'une manière importante. Avec ce qui a été mis en place pour la gestion du groupe, je suis confiant dans notre capacité à gérer celui-ci et à garantir qu'il reste un lieu de pédagogie dans le futur.

 

 

LES CONFÉRENCES DE L'OZ

 

Vous avez raté les dernières conférences ? Vous pouvez alors les visionner ici en suivant le cycle « mercredi c’est remue-méninge » proposé par la mairie de Fontaine.

« Thérapies alternatives, comment s’y retrouver ? », Franck Villard et Nicolas Vivant, 28 janvier 2015.
On les appelle médecines « douces », « alternatives », « parallèles » ou encore « complémentaires ». On recense en France près de 400 de ces « pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique » : réflexologie, acupuncture, biologie totale, reiki… si certaines sont sans danger, d’autres, en revanche, constituent un véritable risque pour le patient. Comment faire le tri parmi cette multitude d’offres thérapeutiques ? À quels indices devons-nous être attentifs pour minimiser le risque de se tromper ?

« L’astrologie et la science : l’outil astrologique peut-il tromper son propre utilisateur astrologue ? », Serge Bret-Morel, 21 mai 2014.
A chaque critique formulée contre l'astrologie il y a un astrologue pour rétorquer que cela marche trop bien pour être faux. Mais qu'est-ce qui pousse l'astrologue à considérer que « ça marche ! » ? Serge Bret-Morel est ex-astrologue et titulaire d’un master en histoire et philosophie des sciences. Il posera la question suivante : le système astrologique peut-il tromper son utilisateur astrologue ?

« Les ravages des faux-souvenirs ou la mémoire manipulée en thérapie », Brigitte Axelrad, 12 mars 2014.
Aux États-Unis, certaines personnes adultes ont retrouvé des souvenirs d'abus sexuels subis pendant leur enfance au cours d’une psychothérapie. Plusieurs d’entre elles se sont ensuite rendu compte que ces « évènements » ne s'étaient jamais vraiment produits et que ces « souvenirs » étaient donc de faux souvenirs. Ce phénomène s’est propagé en France et dans d’autres pays. Dès lors, deux camps ont émergé : d'une part, des psychothérapeutes qui soutiennent que ces souvenirs sont vrais et que ceux qui pensent le contraire sont en déni, d'autre part, des scientifiques, souvent spécialistes de la mémoire, qui pensent que cette dernière est suggestive, subjective et malléable et que, par conséquent, tous les souvenirs retrouvés d'abus sexuels ne sont pas forcément vrais... En France, les thérapies des faux souvenirs ont fait et continuent à faire des ravages.

« Illusionnisme et impostures », 29/01/2014.
Florent Martin vous révélera les trucs utilisés par certains « gourous » pour faire croire à d'authentiques pouvoirs surnaturels. Torsion de métal par la force de la pensée, télékinésie, magnétisme, apparitions en tous genres, fantômes ou voix venues de l'au-delà, catalepsie sous hypnose, et même chirurgie à main nue (attention, saignant) !

 

 

AGENDA

 

Conférence à Fontaine (38) : L'ostéopathie en question

La reconnaissance légale du titre d’ostéopathe est effective en France depuis 2002. Pourtant, l’approche ostéopathique dite indifféremment “non conventionnelle”, “alternative” ou “complémentaire” est encore objet de vives critiques. Dès lors, difficile pour le patient d’analyser objectivement la validité de cette pratique, et de faire le tri parmi les différentes informations souvent contradictoires. Que recouvre exactement ce vocable “d’ostéopathie” ? Quelles sont ses principes, ses champs d’applications ? L’ostéopathie a-t-elle une efficacité thérapeutique propre ?

Albin Guillaud, membre de l'Observatoire zététique et du Cortecs, tentera au cours de cette soirée de répondre à toutes ces questions, et d’apporter un éclairage scientifique et zététique sur cette pratique en vogue.

Mercredi 20 mai 2015 à 20h00

Hôtel de Ville de Fontaine
89, mail Marcel Cachin
38600 Fontaine

Entrée libre et gratuite

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’Agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 



Réunion de juin à La Table Ronde
La prochaine réunion mensuelle se déroulera à Grenoble, à l'étage de la brasserie La Table Ronde, 7 place Saint André (plan). La réunion de l'OZ se veut un moment convivial d'échanges et de débat sur des thèmes zététiques.
Que vous soyez amateur de paranormal, sceptique ou « croyant », ou simplement curieux… vous êtes le bienvenu !

Prochaine réunion de l'OZ
Lundi 1 juin 2015 à partir de 20h
7 place Saint André
38000 Grenoble

 

 

CULTURE ET ZÉTÉTIQUE


Avez-vous vu que le site internet de Book-e-book fait peau neuve ? Voici les dernières parutions dans la collection zététique Une chandelle dans les ténèbres :

 

Les idées reçues de la Préhistoire
Quelques préjugés sur la plus longue période de l'histoire de l'Humanité...
Bertrand ROUSSEL

Éditeur : Book-e-book
Collection : Une chandelle dans les ténèbres (numéro 29)
84 pages - 11 €
Date de parution : juillet 2014
Existe aussi en version ebook

Dans la société actuelle, la diffusion du savoir se fait de manière massive et par le biais de nombreux supports de communication : livre, bande dessinée, télévision, cinéma, Internet…
L’information se trouve partout. Cependant, cette profusion de connaissances et surtout la rapidité, voire l’immédiateté, de leur diffusion à l’échelle mondiale favorisent, paradoxalement, la propagation...
de nombreuses idées reçues.
Et cette époque éloignée, obscure et très mal connue que constitue la période préhistorique est ainsi parfois perçue «en vrac» comme... tout ce qui a précédé l’Antiquité !

C’est la raison de la mise en œuvre de cet ouvrage découpé en courts chapitres qui visent à démystifier certaines de nos idées fausses concernant la Préhistoire (dinosaures animaux préhistoriques, l’homme descendant du singe, Lucy première femme, la survie au Paléolithique, grottes et outils en silex, maîtrise du feu, mammouths énormes, dolmens tables de pierre et... menhirs érigés par les Gaulois) mais également à raconter cette période fondamentale dans l’histoire de l’Humanité.
Car c’est durant cette époque que, peu à peu, l’Homme s’est constitué en ce qu’il est aujourd’hui. C’est en effet pendant la Préhistoire qu’ont vu le jour des innovations qui nous semblent aujourd’hui consubstantielles à l’Homme.

La réalisation des premiers outils, la domestication du feu, la mise en œuvre des premières sépultures ou la découverte de l’art sont autant de jalons culturels nous ayant permis de devenir ce que nous sommes : des hommes de Cro-Magnon, certes modernes, mais... pleins d’idées reçues !

 


 

Aux racines de la science
Propos d'un scientifique sur la philosophie de la science
Cyrille BARRETTE

Editeur : Book-e-book
Collection : Une chandelle dans les ténèbres Numéro 30
82 pages - 11 €
Date de parution : juillet 2014
Existe aussi en version ebook

La science n’est pas uniquement l’affaire des scientifiques. Qu’on le veuille ou non, la science et les technologies qui en découlent envahissent à peu près tous les aspects de nos vies que ce soit dans le domaine de la santé, de l’agriculture, des transports ou des télécommunications.

Étant donné cette hégémonie de la science moderne, il est d’autant plus surprenant que sa nature fondamentale soit si largement méconnue.
La faute en revient peut-être aux philosophes des sciences qui n’écrivent que pour leurs collègues spécialistes dans un langage hermétique et aux scientifiques trop absorbés par leurs recherches pour expliquer aux citoyens - qui assurent leur subsistance - la nature de leur métier.

Dans ce livre l'auteur veut justement tenter d’exposer de l’intérieur quelques-uns des aspects fondamentaux de cette méthode particulièrement puissante et utile, de cette manière de penser et de comprendre le monde que l’on nomme la science.
Vous y découvrirez entre autres... que la science est fondée sur un credo indémontrable scientifiquement,... comment l’Église catholique utilise mais trahit la science dans son analyse des miracles,... que les dictionnaires ont tort de confondre exactitude et précision... et que le doute est une assurance vérité.

Comprendre la science est à la portée de tous, et se révèle fort utile pour éclairer des décisions, personnelles ou collectives, que l’évolution accélérée de notre société impose de prendre tous les jours.

 


 

Zoom back camera !
La face cachée de l'ennéagramme
Daniel LAFARGUE

Editeur : Book-e-book
Collection : Une chandelle dans les ténèbres Numéro 31
76 pages - 11 €
Date de parution : novembre 2014
Existe aussi en version ebook

Depuis quelque temps on assiste à une véritable explosion du marché du "développement personnel". Les différentes techniques psychologiques de "communication" ou de "connaissance de soi" fleurissent un peu partout : en formation professionnelle, dans certains milieux éducatifs et des stages parascolaires ou lors de retraites spirituelles. Elles sont extrêmement nombreuses, de la programmation neurolinguistique à l’analyse transactionnelle, de l’hypnose à la respiration holotropique, en passant par la sophrologie, la kinésiologie…

Alors pourquoi consacrer une étude critique au seul ennéagramme, qui ne semble qu’un produit de plus sur ce marché pléthorique et quelque peu interlope ?...
Parce que l’ennéagramme (avec son aspect indéniablement ésotérique de neuf points équidistants placés sur un cercle et reliés entre eux par des flèches, tel un symbole occulte, un sceau magique aux propriétés mystérieuses...) ne se situe pas sur le même plan. En effet, le rapport entre l’ennéagramme et les autres écoles de développement personnel n’est pas tant de contiguïté que d’inclusion : il prétend englober, voire légitimer, non seulement toutes les techniques de développement personnel, mais également les pseudosciences comme l’astrologie, la numérologie ou la morphopsychologie, qui y ont déjà trouvé leur place.

Ce livret se propose de jeter un oeil sur la face cachée de l'ennéagramme, comme l'avait peut-être suggéré en son temps Alejandro Jodorowsky avec sa célèbre injonction d'élargir le champ des caméras à la fin de son film La montagne sacrée tout au long duquel l'ennéagramme imposait sa présence.
Zoom back camera ! donc pour découvrir l'envers du décor...

 



Quand le paranormal manipule la science :
Comment retrouver l'esprit critique

Serge Larivée
Presses Universitaires de Grenoble
Collection / Série : Points de vue & débats scientifiques
248 pages - 15 €

Date de parution : 9 octobre 2014

Entre l'ouverture béante de l'esprit et l'excès de scepticisme : le doute raisonnable

Astrologie, croyance à la réincarnation, à la télépathie, ou au pouvoir de guérison… le paranormal et les pseudosciences sont présents dans toutes les sphères de notre société. Serge Larivée propose avec cet ouvrage un essai critique sur l'emprise de ces croyances.
Il cherche ainsi à comprendre l'attirance que l'on peut ressentir pour le paranormal et les pseudosciences. Ce faisant, il montre en quoi le climat socioculturel et l'éducation contribuent à leur promotion.
Enfin, il présente, afin de les dénoncer, une trentaine de procédés utilisés par les promoteurs des pseudosciences pour justifier leur approche. Il pointe du doigt l'absence de méthode (protocole expérimental, évaluation par ses pairs, soumission à des revues, etc.) et l'utilisation abusive d'une terminologie scientifique pour justifier leur démarche sans jamais apporter de preuve. La psychanalyse n'échappe pas à la règle et est passée au fil de l'épée, ce qui en fera réagir plus d'un !

 

Entretien avec Serge Larivée


Serge Larivée
est professeur titulaire à l'Ecole de psychoéducation de l'Université de Montréal et spécialiste de l’étude de l’intelligence humaine. Il fait parti de l'association des Sceptiques de Québec.

En octobre dernier, nous l’avons contacté à l’occasion de la sortie de son livre, et il a bien voulu nous accorder cette interview.

OZ : Serge Larivée, vos compétences touchent aux sciences humaines et sociales et vous êtes un sceptique de longue date, actif notamment avec Les Sceptiques du Québec. Avez-vous toujours été sceptique ? Sinon, comment êtes-vous venu au scepticisme ?


Serge Larivée : Comme tous bons québécois de mon âge, j’ai été éduqué dans la religion catholique. La croyance était à l’époque un mode de connaissances. La scolarisation aidant, j’ai accumulé au fil des ans d’autres connaissances qui ont permis de fissurer la couche de croyances. Ainsi, j’ai fait mes études préuniversitaires au Collège des Jésuites de Québec et j’ai eu la chance de rencontrer de véritables maîtres à penser.  L’un d’eux m’a particulièrement marqué, j’avais à l’époque 17 ans. Lors d’un cours, juste avant la pause, un étudiant intervient pour contrer, de manière prétentieuse, le professeur en proférant plusieurs affirmations qui s’opposaient aux dires de ce dernier. Après la pause, le professeur,  toujours très assidu, revient en classe avec 10 minutes de retard, les bras chargés de documents. Il s’adresse ainsi à l’étudiant : «en réponse à vos objections...». Nous avons alors droit, documents à l’appui, à une série de raisonnements articulés et brillants montrant que l’étudiant s’était permis des affirmations sans fondements. Le professeur termine son intervention par : « Monsieur, on n’affirme pas, on démontre! » Cette phrase fût mon chemin de Damas et à partir de ce jour, j’ai compris que la démonstration doit toujours primer sur les affirmations. Et en toute logique, je suis lentement devenu sceptique en ce qui concerne toutes les formes de croyances, y compris les croyances religieuses. Certains considèrent d’ailleurs la religion comme une pseudoscience. Ils n’ont pas tout à fait tort si on considère les dogmes religieux.

Permettez-moi un exemple. Un des mystères centraux du christianisme est le dogme trinitaire qui constitue d’ailleurs toujours la pierre angulaire de la démarche catéchétique. De quoi s’agit-il? Dans l’Unité de la sainte Trinité, les deux termes sont importants. On reconnaît en même temps que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois entités distinctes tout en spécifiant que chacune est une seule entité, Dieu. Or, la doctrine de l’Unité de la Trinité est incompatible avec deux faits. Premièrement, il est évident que trois n’est pas égal à un, un principe arithmétique élémentaire. Deuxièmement, en arithmétique, l’identité est une relation transitive : si A est identique à B et B identique à C, alors A est identique à C. Les recherches sur le développement de l’intelligence ont montré que ce raisonnement est maîtrisé vers 7-8 ans. On devrait donc accepter qu’un enfant de cet âge conclue que si le Fils est identique à Dieu et Dieu identique au Saint-Esprit, le Fils doit être identique au Saint-Esprit. Cependant, l’Église nie que Jésus soit le Saint-Esprit. Ce faisant, force est de constater que de telles évidences sont incompatibles avec la doctrine de l’Unité de la Trinité. La réponse de l’Église : «c’est un mystère», nécessite d’accepter de se contredire : trois ne peut être égal à un en même temps que la Trinité est Unité. Une fausseté évidente qui n’a rien de mystérieux. Faire alors appel au mystère, c’est prioriser le dogme au raisonnement.

OZ : Vous rappelez quatre critères généraux pour bien distinguer entre science et pseudoscience, quels sont-ils ?

SL : Vous faites allusion aux normes de Merton, aux mécanismes de régulation de la science, à la notion de paradigme et au critère de réfutabilité de Popper.

Les normes de Merton. Ces normes, au nombre de quatre, opérationnalisent en quelque sorte l’idéal du fonctionnement de la science.
- L’universalité stipule que la véracité d’un énoncé scientifique est distincte des caractéristiques personnelles ou institutionnelles du chercheur. Cette norme fait évidemment appel à l’objectivité et à l’intégrité intellectuelle du chercheur.
- Le partage de l’information implique que tous les résultats de recherche sont publics et par conséquent disponibles, visibles et accessibles aux fins de vérification.
- Le scepticisme organisé se traduit par l’encouragement institutionnalisé à critiquer le travail de ses collègues et à douter de ce qui apparaît comme étant des certitudes ; il s’agit d’un moteur important du progrès scientifique. En fait, s’il fallait qualifier d’un seul mot la première règle du jeu scientifique, ce serait « vérifier ».
- Le désintéressement présume que le travail du scientifique est guidé par le désir d’accroître les connaissances et non par le désir d’assouvir des intérêts personnels ou celui d’obtenir des récompenses. Convenons tout de même que si les chercheurs sont centrés sur la production  de  nouvelles  connaissances,  ils carburent  à  la  reconnaissance, même si l’humilité est de rigueur en sciences.

Les mécanismes de régulation de la science. Les deux mécanismes  explicites d'autocontrôle totalement ignorés par les pseudoscientifiques sont le contrôle par les pairs et la reproduction des résultats. Le contrôle par les pairs se manifeste entre autres par le système des lecteurs arbitres utilisé par les revues scientifiques. Ceux-ci sont évidemment des experts du domaine concerné par les articles reçus. Ils doivent se prononcer sur la valeur scientifique du manuscrit soumis. Même si le système d’évaluation par les pairs n’est pas parfait, on n’en connaît pas de meilleur pour le moment. La reproduction des résultats de recherche constitue un moyen redoutable de détection et de prévention de la fraude, tout en permettant de reconnaître une pseudoscience. À la limite, un fait en science n’existe pas s’il n’a pas été reproduit.

La notion de paradigme. Essentiellement, un paradigme recouvre un ensemble de croyances, de valeurs et de techniques communes aux membres d'un groupe donné. Dans leur pratique scientifique, les chercheurs, dont les travaux sont fondés sur le même paradigme obéissent en fait aux mêmes normes. Par définition, un paradigme n'est pas considéré a priori sans faille. L’histoire des sciences a d'ailleurs bien montré « qu'il n'y a pas une seule règle, aussi plausible et solidement fondée sur le terrain de l'épistémologie soit-elle, qui n'ait été violée à un moment ou un autre ». C’est pourquoi la science, contrairement aux pseudosciences, aux idéologies et aux religions, doit contenir en elle un moyen de rompre avec un paradigme pour passer à un autre, plus pertinent. C’est pourquoi les théories scientifiques sont d’une certaine façon biodégradables.

Le critère de réfutabilité de Popper. Le critère de réfutabilité (Popper, 1973) est probablement le meilleur critère reconnu par la communauté scientifique pour juger du caractère scientifique d’une théorie. Pour Popper, la démarche scientifique ne vise pas à prouver le bien-fondé d’une théorie, mais à multiplier les expériences susceptibles de démontrer qu’elle est fausse. Tant qu’on n’y parvient pas, elle est temporairement tenue pour non fausse. Autrement dit, alors que les pseudoscientifiques ne cherchent qu’à confirmer leurs croyances, en sciences, on doit tout faire pour démolir nos théories.

OZ : Comment évolue la croyance au paranormal ? Est-elle en augmentation, en diminution, stable ?

SL : Je pense que la croyance au paranormal est malheureusement là pour rester. Le pourcentage d’adhérents fluctue selon les pays, le niveau de scolarité, les époques, etc. Par exemple, en ce qui concerne les phénomènes paranormaux traditionnels on observe que la croyance aux extra-terrestres tourne autour de 17 % en France et de 30 % aux États-Unis. Dans d’autres cas, les pourcentages s’inversent; alors que de 40 % des français croient à la télépathie, c’est le lot de 30 % des américains. Par ailleurs on devrait s’attendre que plus un individu est scolarisé, moins il croit aux phénomènes paranormaux. La règle n’est pas aussi claire. Par exemple, en 1994, plus de 70 % des étudiants universitaires aux États-Unis croyaient aux fantômes et 59 % des étudiants en biologie à l’Université de Montréal croyaient à la télépathie. Il semble bien que la coexistence de faits dûment démontrés et des croyances sans fondements soit possible sans problème dans notre cerveau.

OZ : Selon vous, la croyance au paranormal est donc favorisée par certains facteurs historiques ?

SL : La méthode scientifique est toute jeune dans l’histoire de l’humanité, à peine plus de 400 ans. Pendant presque toute son histoire, l'humanité s'en est donc tenue aux méthodes dites préscientifiques pour acquérir des connaissances. Et non seulement s'en est-elle accommodée, mais les limites de celles-ci ont probablement concouru à l'émergence de la méthode scientifique.

OZ : Mais la chose est encore plus complexe. Nous sommes naturellement enclins à être attirés par les pseudosciences ?

SL : La nature humaine étant ce qu’elle est, il n’est guère surprenant que l’utilisation des méthodes préscientifiques et la croyance aux pseudosciences soient encore solidement en selle. Au moins trois éléments expliquent pourquoi la raison baisse les bras devant le paranormal.

Premièrement, l’homme se satisfait de sa propre pensée parce qu’elle est le produit de son propre cerveau. En fait, croire en quelque chose donne un sens à l’existence et, ce faisant, influence nos comportements, même quand ladite croyance se révèle non fondée. Par ailleurs, convenons que l’attitude scientifique ne s’apprend pas facilement. Si cela était, son enseignement ne serait pas nécessaire. Nul besoin par contre d'enseigner les méthodes préscientifiques, on y recourt spontanément depuis toujours. Alors que la crédulité est naturelle, programmée et découlant de la constitution même du cerveau, l'esprit critique et le scepticisme supposent un certain apprentissage, un effort volontaire et une vigilance constante.

Deuxièmement, les émotions priment sur la raison. Les réunions animées par les preachers sont, à cet égard, exemplaires. Il arrive en outre que des individus réputés sceptiques adhèrent à certaines croyances pour des raisons psychologiques et émotionnelles qui les réconfortent à l'occasion d'événements difficiles à traverser (disparition d'êtres chers, peine d'amour). Pour leur part, ceux qui abandonnent une croyance, et plus particulièrement une croyance religieuse, le font essentiellement pour des raisons intellectuelles.

Troisièmement, le cerveau humain est une machine à générer des croyances et, par conséquent, à fabriquer du sens. Autrement dit, pour fonctionner, le cerveau a besoin de sens, et la croyance de quelque nature qu’elle soit, est la manière la plus rapide et la moins laborieuse de l’obtenir. La difficulté à ne pas confondre coïncidence, corrélation et causalité s'explique mieux lorsqu'on comprend que l'homme fait des liens et des inférences par automatismes cognitifs à propos de presque tout. Le succès de certains ouvrages ésotériques est essentiellement basé sur l'exploitation des coïncidences et notre désir de croire qu'elles n'en sont pas, mais comportent un sens. En effet, on résiste fort à croire qu'une partie de ce qui nous arrive n'est qu'accidentelle et relève de pures contingences et du hasard. Croire que notre vie est parsemée d'accidents dépourvus de sens semble insupportable.

OZ : En quoi pensez-vous que le climat socio-culturel et l'éducation favorisent un peu plus encore la promotion des pseudosciences ?

SL : Permettez-moi ici de diviser votre question en deux :

a) J’aborderai d’abord l’impact du climat socio-culturel. Convenons que l’espace réservé aux diverses rubriques en librairie peut servir d’indicateur quant à la place des sciences et des pseudosciences dans l’intérêt des lecteurs d’une société. Dans cette perspective, j’ai au cours des étés de 2001 et 2011, sillonné le Québec muni d’un mètre pliant en vue d’évaluer l’espace en centimètres occupé dans les librairies  par les ouvrages de sciences et de pseudosciences destinés aux adultes. Pour ce faire, 55 librairies ont été visitées en 2001 et 72 en 2011. Les résultats sont étonnamment stables. Aux deux temps de mesure, l’espace consacré aux pseudosciences est autour de 88 %. Notons aussi, en 2001, l’absence de livres de pseudosciences consacrés aux enfants alors qu’en 2011, ils ont fait leur entrée en librairie.

b) Les recherches montrent que ce sont habituellement les enseignantes du premier cycle du primaire qui introduisent le paranormal dans les écoles. Par contre, ce qui est surprenant, c’est qu’il y ait encore des pseudosciences à l’université. La thèse en sociologie d’Élizabeth Teissier en est un exemple navrant : 900 pages d’anecdotes, de témoignages de l’auteur qui s’autocongratule et l’affirmation sans démonstration que l’astrologie est la «seule science objective de la subjectivité» (p. 250), bref, la reine des sciences.

La psychologie est aussi un terreau extraordinaire pour les pseudosciences. La psychanalyse en est un bel exemple. Par exemple,  Dolto affirme avec une imperturbable assurance que de nombreux échecs scolaires résultent de ce que le « li-vre » évoque chez l’enfant le lit parental. Au moment où l’enfant est en train d'élaborer son interdit de l'inceste, le verbe du “lit” que leur paraît être le mot “lire” rend ce mot banni, et les activités qui entourent le fait de lire sont quelque chose qui le met dans un très grand trouble, d’où les problèmes de lecture. Dolto ne savait-elle pas que des enfants d'une autre langue que le français peuvent présenter des problèmes de lecture et que, par conséquent, son jeu de mots n’a aucune valeur diagnostique et encore moins scientifique ?

OZ : Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, vous dénoncez autant, au final, l'excès de scepticisme que l'ouverture béante de l'esprit. Qu'est-ce donc que le doute raisonnable ?

SL : Quand on m’accuse de ne pas avoir l’esprit ouvert quant aux phénomènes paranormaux, je réponds : « peut-on distinguer l’esprit ouvert de l’esprit troué ? » Dans le second cas en effet, on prête foi au propos du premier gourou venu, sans même s’assurer de la validité de son approche. En fait, le doute raisonnable consiste pour moi à chercher à comprendre les affirmations de l’autre et à changer d’avis si celui-ci me fait la démonstration de la validité de ces affirmations. À la limite, avoir des opinions même farfelues, n'est pas dommageable en soi; par contre s'accrocher à des opinions ou à des croyances qui ne peuvent être mises à l'épreuve ou qui auraient été abondamment réfutées, et prétendre qu'il s'agit de connaissances, voilà qui est contraire à un scepticisme modéré – et à l'attitude scientifique –, mais surtout au gros bon sens. Une telle attitude est malheureusement rarement adoptée par les défenseurs des approches alternatives. Bien sûr, la science n’explique pas tout et n’en a pas la prétention. Qu’il y ait des phénomènes ou des réalités que les outils de la science ne peuvent pas percer pour des raisons diverses est une évidence. Parler de connaissances lorsqu’on cherche à expliquer ces phénomènes à l’aide d’approches dites alternatives non-validées, c’est utiliser un vocabulaire inapproprié.

Interview réalisée par Serge Bret-Morel

 


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Cette newsletter a été préparée par Serge Bret-Morel, Florent Martin, Jérémy Royaux et Franck Villard.

Mise à jour le Mardi, 01 Septembre 2015 23:10