Page principale Newsletters

Inscription à notre newsletter




PDF Imprimer Envoyer
Décembre 2011 / Newsletter 73

 

 

 

Édito

Les nouvelles de l’OZ
- Émission sur France Info : La Face B de l'info

Actualités
- Un compte Twitter "zeteticien" vient de naître

Dossiers
- Synergologie : pas un geste !
- Les personnes errantes tourneraient en rond… mythe ou réalité ?
- Comment enquêter efficacement sur un cas d'OVNI à 10 000 km ?

Culture et Zététique
- En librairie  : Les influences sournoises - Précis des manipulations ordinaires
- Chez Book-e-book : Entre l'espoir et le faux-mage - La Zététique au quotidien

Agenda
- Assemble générale de l'Observatoire Zététique
- Conférence à Fontaine : "Les médecines alternatives sont-elles des alternatives ?"

 

 


ÉDITO



Les porte-bonheur changent de forme, mais sont toujours dans nos poches

Fer à cheval, trèfle à quatre feuilles, patte de lapin. Ces objets sont censés apporter la chance à celui qui les porte. Ils font désormais partie de ces superstitions qui appartiennent plus au folklore qu'à une véritable utilisation pratique. Si ces porte-bonheur là ne sont plus beaucoup utilisés, il en existe des formes plus modernes qui ont toujours beaucoup de succès.


La mode était l'an dernier aux bracelets à hologramme

Tout avait en fait commencé comme une blague quand des petits malins s’étaient amusés à faire des tests bidons à des surfeurs à Hawaii. Face à la crédulité  de millions de personnes et grâce à un marketing savamment orchestré, les bracelets à hologramme étaient devenus le succès commercial dans les magasins de sport spécialisés du monde entier. Sans fournir la moindre explication rationnelle et sans même avoir un embryon de preuve scientifique de leur efficacité, les fabricants mettaient en avant l’amélioration de la force, de la souplesse et de l’équilibre que ces bracelets étaient censés produire.

La fameuse marque de « bracelets magiques » Power Balance par exemple a pourtant été contrainte de reconnaître la publicité mensongère qu’elle a faite autour de ses bracelets sous la pression de la Commission Australienne du Consommateur et de la Concurrence. Ils ont donc été contraints de retirer toutes ces informations mensongères de leur site Internet et du packaging de leurs produits. La marque devra même rembourser tous les clients australiens se sentant lésés par les promesses trompeuses de cette marque de bracelets. Les hologrammes présents sur ces bracelets étaient strictement les mêmes que ceux que l'on trouve dans les paquets de céréales pour enfants.

Ces marques ont parfaitement su tirer parti de la nouvelle façon de faire de la publicité à grande échelle de manière discrète mais diablement efficace : le buzz. A l’heure actuelle, mieux vaut un buzz savamment orchestré sur le web que des publicités classiques dans les médias traditionnels. Cela donne en plus l’impression aux acheteurs potentiels de faire l’acquisition d’un produit hors du commun que le grand public ne connaît pas encore. De nombreux athlètes et people s’étaient laissé convaincre et ont grandement contribué à entretenir le buzz autour de la prétendue efficacité de ces objets.



Quels seront les porte-bonheur à la mode l'an prochain ?

Nous pouvons parier que ce ne sera pas un produit high-tech. Le produit devra donner l'image d'un savoir ancestral mis au service de l'homme moderne. Si le produit a une saveur exotique, particulièrement orientale, ce sera bien sûr un plus. Nous parierions volontiers sur la magnétothérapie et leur collection de bijoux comportant de petits aimants censés ouvrir vos "chakras" et vous garder en bonne santé. Ou peut-être sur la lithothérapie, qui vous propose de garder des petits cailloux contre votre peau toute la journée, les pierres choisies seront différentes selon vos symptômes. Mais le futur porte-bonheur à la mode sera probablement un produit tout à fait inattendu.

Dans tous les cas, le vainqueur sera celui qui proposera le meilleur marketing.

 

C. M.
Éditorialiste mystère

 

 


LES NOUVELLES DE L'OZ



É
mission sur France Info : la Face B de l'info

Le 29 Novembre 2011, Florent Martin répondait brièvement à Jean Mathieu Pernin dans l’émission « La face B de l'info » sur France Info, sur le thème de la théorie du complot. (Durée : 3 min)


Récupérer l'émission (3.3 Mo)



Pour être régulièrement tenu au courant des activités de l’Observatoire zététique (réunions, conférences, etc.), demandez votre inscription à notre liste d'information en écrivant à contact@zetetique.fr.



ACTUALITÉS



Un compte Twitter "@zeteticien" vient de naître

Maintenu par un membre de l'observatoire zététique, il permet de se tenir informé en temps réel de toute l'information touchant de près ou de loin à la zététique : surnaturel, ufologie, dérives sectaires, sorcellerie ou pseudomédecines font partie des thèmes retenus. En une semaine, près de 450 messages (tweets) ont rendu compte de l'actualité et des évènements étranges ou insolites. Florilège.

 

Pour suivre les informations zététiques sur Twitter, il suffit de créer un compte, se connecter, puis se rendre sur http://twitter.com/zeteticien et cliquer sur "Suivre".

 


DOSSIERS



Synergologie : pas un geste !


Chaque année, ou presque, voit naître un produit ou une thérapie qui fait parler d’elle et qu’on oublie l’année suivante. L’été dernier, par exemple, les bracelets à hologramme (Power Balance, EFX…) étaient partout. Les imitations et condamnations diverses auront eu raison de ces bouts de plastique, et c’est tant mieux. La rentrée aura vu l’explosion du « régime Dukan » qui saura faire mincir votre portefeuille en prévision de l’été. Ami(e)s internautes, jetez un œil sur la page « à propos » du site du fameux régime et notez la participation de Marc Simoncini (Meetic) à l’aventure « régime Dukan ». Si vous étiez convaincu que votre bien-être était l’unique motivation de son fondateur, voilà qui devrait vous faire méditer.

Les scientifiques prennent le temps de la réflexion avant de réagir face à ce type de produit : montrer de l’intérêt pour ces pratiques, c’est prendre le risque de les légitimer, de leur faire une place dans un domaine dont elles se réclament mais dont, paradoxalement, elles se refusent à intégrer les codes.

Ces dernières années auront vu l’apparition d’une nouvelle pratique : la synergologie. Si l’invention n’est pas récente (le livre fondateur date de 1998) elle connait, depuis 2011, un succès grandissant. L’information critique manquant cruellement (2 articles sceptiques seulement, pour des milliers de pages qui en font la promotion), peut-être est-il temps de creuser la chose. D’autant que le sujet est désormais abordé à la télévision et que là aussi, le recul n’est pas de mise.

 

Qu’est-ce que la synergologie ?

Selon Philippe Turchet, son unique inventeur, « la synergologie est la discipline qui permet de décrypter le fonctionnement de l’esprit humain à partir de la structure de son langage corporel afin d’offrir la communication la mieux adaptée » [1]. Décrypter le fonctionnement de l’esprit humain, pas moins. Quand il veut faire plus simple, Turchet explique que « c’est une méthode de lecture du langage non verbal inconscient. Il s’agit des micro-mouvements du corps qui sont une traduction de ce que l’on ressent, de ce que l’on est » [2].

En clair, on analyse la gestuelle d’une personne et, partant du principe (jamais prouvé) que les mots mentent mais que le corps ne ment pas, on en déduit ce que la personne pense, ou ressent, inconsciemment. Une super-PNL en somme [3] dont l’invention aurait été, selon son auteur, brevetée.

 

Les affirmations de la synergologie

Turchet se réclame de la science, et revendique une méthodologie rationnelle et rigoureuse : « [...] tout ce que propose la synergologie a été validé, notamment par l’observation. Au début de mon travail, j’ai fait passer à peu près 350 entretiens vidéo à des personnes à qui je demandais : « qu’attendez-vous de la vie ? » [...] Je me suis aperçu que lorsqu’on est en situation de bien-être et qu’on se laisse aller, on montre par exemple davantage l’œil gauche, on penche plus la tête à gauche ». Aucune étude, aucune publication, aucune confirmation. Tout ce qui constitue la synergologie est basé sur des entretiens vidéos dont on ne sait pas à peu près rien. Les « décodages » sont assénés par Turchet, unique inventeur, et aucun travail scientifique ne vient les corroborer. Or, quand on prend la peine de vérifier ses dires, il n’est pas rare que ses affirmations soient réfutées.

Illustrons par un exemple : sur son site, il montre des extraits vidéos de 3 débats présidentiels entre Obama et McKain et affirme : « John McCain et Barack Obama se serrent la main 6 fois durant les 3 débats présidentiels américains. Barack Obama le vainqueur met en oeuvre une attitude corporelle naturellement attribuée au dominant dans 100 % des cas [...]. Lorsque deux personnes sont en contact, le dominant est celui qui touche naturellement le plus souvent ou le plus longtemps la personne qu’il considère comme lui étant « subalterne ». C’est la preuve qu’au delà des codes appris, le dominant réel, en l’occurrence ici Barack Obama, a intégré naturellement et plus en profondeur ces messages instinctifs ».

100% des cas ? Wow ! Rendons-nous sur Youtube, cherchons "match point" et "federer" . La tradition voulant que les tennismen se serrent la main et/ou se tapent dans le dos en fin de match, on devrait observer, dans 100% des cas, une accolade plus longue du vainqueur ou de celui qui est classé numéro 1 mondial. J’ai regardé 25 fins de match et je n’ai rien noté de tel [4] : le vainqueur/dominant touche le perdant plus longuement seulement dans 32% des cas. Mon observation n’a aucune valeur scientifique, évidemment, mais celle de Turchet non plus, et je le défie de prouver la réalité du pourcentage qu’il avance.

Aucune trace de publication dans les revues spécialisées, aucun protocole expérimental partagé, aucune trace d’une thèse soutenue par Turchet dans les différents catalogues, rien qui pourrait nous convaincre que la synergologie joue le jeu de la recherche scientifique. Un homme, une idée, des bouquins, des disciples, et c’est tout.

 

Ce qui fait que les gens "accrochent"

La synergologie repose sur un principe évident : la gestuelle fait partie de la communication et nous y sommes tous sensibles.
L’approche de Turchet est séduisante, mais trompeuse : il donne des explications très simples à des comportements qui sont, en fait, d’une infinie complexité :

  • Il postule implicitement que la gestuelle est complètement indépendante du discours ; on aimerait savoir sur quelle base.
  • Il omet de prendre en compte le contexte (Qui parle ? A qui parle-t-il/elle ? D’où parle-t-il/elle ? A quel moment ?) et n’analyse la communication que du point de vue individuel : à un geste donné correspond une explication unique. On rêverait qu’il le démontre.
  • Il affirme que ce geste est universel dans 95% des cas. D’où sort ce pourcentage ? Les aspects culturels et sociaux n’entreraient pas en ligne de compte dans la communication non-verbale ?

Plus grave : sans la mettre en avant, il inscrit sa pratique dans une véritable stratégie de domination. Comme pour la PNL, celui qui maîtrise les grilles de décodage, celui « qui sait », peut tromper son interlocuteur et éviter d’être trompé par celui-ci. Positionnement inavoué, bien entendu, mais malsain.

 

La conclusion…

…de P. Lardellier, docteur en sciences de l’information (revue Communication) :

« [La synergologie] souffre de carences très lourdes d’un point de vue théorique et totalement rédhibitoires, pour une pseudoscience qui a la prétention de se présenter comme une synthèse de tous les travaux antérieurs sur le non-verbal. Car l’objet étudié (la gestualité des interactions) n’est ni défini ou construit conceptuellement, ni problématisé, ni mis en perspective théorique et confronté aux auteurs du champ. [...] ces pseudo-scientifiques ne connaissent ni le doute ni le recul critique : juste des certitudes, qu’ils assènent pesamment à tout propos, sous forme de jugement péremptoire et définitif. Et c’est là aussi qu’ils se situent aux antipodes de la posture du chercheur. »

 

Nicolas Vivant

 

Pour aller plus loin :

 

Notes :

[1] http://www.synergologie.org/index.php?option=com_content&task=view&id=221&Itemid=1
[2] http://sante.journaldesfemmes.com/psychologie/0404gestes/itwturchet.shtml
[3] La PNL est une pratique tout aussi critiquable qui a connu son heure de gloire dans les années 2000 (voir http://www.charlatans.info/pnl.shtml)
[4] Dans 52% des cas, la durée du contact est la même, dans 16% des cas, c’est le perdant qui fait l’accolade la plus longue.


Cet article a été publié le 24 mai 2011 sur le site Reflets.info.

 


 

Les personnes errantes tourneraient en rond… mythe ou réalité ?


C’est bien connu, et de multiples exemples émaillent l’imaginaire collectif (littérature, cinéma), à tel point que même des secouristes ou des guides de montagne vous le confirmeront : « quand on est perdu en forêt ou en montagne dans le brouillard, on tourne généralement en rond. » D’ailleurs sur le site de Québec Secours [1], les consignes mettent en garde les randonneurs contre ce risque. Mais qu’en est-il vraiment ?
Jusqu’à récemment, il n’existait pas d’étude pour confirmer ou infirmer cette affirmation. Voici du nouveau grâce à Jan Souman [2], Ilja Frissen, Manish Sreenivasa et Marc Ernst, chercheurs en cybernétique biologique [3] à l’Institut Max Planck, qui ont eu l’idée de soumettre cette idée à l’étude en 2009.

 

Résumé de l’étude

Leur étude a consisté à tester la capacité humaine à marcher en ligne droite dans des environnements inconnus (comme une grande forêt allemande ou le désert du Sahara), dans différentes conditions. La méthode de vérification reposait sur l’utilisation du GPS.  Sans repère connu et lorsque le soleil ou la lune n’était pas visible (forte nébulosité en journée et nuits sans lune), il a été vérifié que lors de marches de relative longue durée, les trajectoires n’étaient absolument pas rectilignes, voire étaient effectivement des cercles. Par contre, lorsqu’ils marchaient pendant des journées ensoleillées ou des nuits où la lune était visible, les participants arrivaient à conserver leur orientation et à marcher selon une ligne. Les chercheurs ont voulu tester différentes explications (asymétrie dans le cerveau ou même asymétrie biomécanique).

 

Étude de trajectoires en terrain inconnu

Six premiers participants à l’étude (RF, PS, KS et AY) ont été testés dans une zone forestière, au terrain sans dénivelé et au sous-bois de densité variable. Il leur était demandé de suivre une direction rectiligne définie au départ, et ils étaient équipés de GPS pour enregistrer leur trajectoire. Quatre ont marché sous un ciel couvert pendant près de quatre heures. Ces quatre volontaires ont effectivement échoué à maintenir une trajectoire en droite ligne et ont même tourné en rond (voir figure 1 ci-dessous). Par contre, les deux autres participants (MJ et SM) ont marché lors d'une journée ensoleillée. Et à part pendant les quinze premières minutes, pendant lesquelles le soleil était caché par des nuages, leurs trajectoires sont restées très droites.

 


figure 1

figure 2

figure 3

 

Trois autres volontaires (SK, IK et KB) ont marché dans le désert du Sahara, dans le sud de la Tunisie (voir figure 2 ci-dessus). Les deux qui ont marché pendant la journée, sous le soleil, ont quelque peu dévié de la direction demandée, mais relativement légèrement.  Le troisième a marché de nuit, sous la pleine lune, au moins au début. Initialement sa trajectoire était droite, puis lorsque la lune est devenue invisible, sa trajectoire est devenue chaotique.

Ces résultats suggèrent que l’existence d’un repère extérieur (soleil ou lune) est une aide indispensable pour conserver sa trajectoire en terrain inconnu. Et ainsi ils fournissent la première preuve empirique confirmant la croyance populaire, même si les « cercles » ne sont pas réellement circulaires, mais plutôt une trajectoire chaotique avec des courbes et des changements de direction relativement brusques.

 

Étude des causes possibles

Bien qu’aucune étude scientifique n’ait été menée par le passé sur ce phénomène plusieurs explications ont été avancées. Elles reposent sur l’asymétrie des jambes (nous avons tous une jambe plus courte que l’autre) ou sur une asymétrie dans le cerveau, qui produirait un biais systématique faisant tourner toujours dans le même sens.

Pour tester ces hypothèses d’un biais systématique, ils ont demandé à des volontaires de marcher les yeux bandés. Quinze personnes devaient marcher et conserver la direction indiquée au départ pendant cinquante minutes. Les résultats montrent qu’en fait de biais, il n’y en avait pas qui soient systématiques. En effet, les trajectoires étaient très largement erratiques. Seulement trois participants ont montré une tendance à dévier toujours dans le même sens.  Alors que la plupart avaient des trajectoires ne suivant pas de tendance particulière. Ils avaient tous des trajectoires courbes, mais avec des changements vers la droite ou la gauche, et parfois se mettaient à faire des cercles, qui pouvaient mesurer moins de 20m de diamètre (voir figure 3 ci-dessus).

Sans repère visuel ou auditif, les participants aux yeux bandés ne pouvaient compter que sur leurs perceptions sensorielles (information vestibulaire ou proprioception). Les êtres humains sont capables de marcher vers une cible relativement précisément, mais seulement jusqu’à une distance de 20m. Au-delà, et quelle que soit la durée de leur marche, les humains, tout comme les animaux, n’arrivent pas s’éloigner de plus d’une centaine de mètres de leur point de départ, et se mettent soit à tourner en cercle, soit à marcher de manière erratique. Il semble que le sens de l’orientation, et donc le maintien de la direction initiale, sont perturbés.

La forte variabilité des courbures et des sens de rotation contredisent l’idée d’un biais systématique, ce qui réfute l’explication biomécanique basée sur une asymétrie des jambes, ou qu’en tout cas cette explication n’est pas suffisante pour expliquer ces déviations. Cette conclusion a été renforcée par des tests complémentaires faits pour mesurer la différence de force entre les jambes, ainsi que celle sur la longueur des jambes des volontaires. Concernant la différence de force, les mesures faites n’étaient pas corrélées avec le rayon de courbure moyen des trajectoires. Et même le fait d’avoir un pied d’appui à droite ou à gauche n’était pas corrélé au sens de rotation des cercles. Concernant l’asymétrie de longueur, elle a été mesurée à moins d’un millimètre pour une des personnes et pour tous des semelles de douze millimètres ont été insérées dans leurs chaussures. Les résultats n’ont pas montré de différence significative.

 

Conclusion

Ces résultats montrent que, sans repère externe les permettant de se diriger, les humains ont tendance à tourner en rond. Alors qu’avec des repères comme le soleil, ils sont capables de maintenir une trajectoire rectiligne. Toutefois, dans des situations d’urgence, de panique, sous l’effet d’un état émotionnel perturbé ou de facteurs sociaux particuliers (mouvements de foule), il arrive que des personnes se mettent à tourner en rond, alors même que de tels repères sont présents.

 

Frédéric Bachelier

 

Référence :

Walking straight into circles, Current Biology 19, 1538–1542, 29/092009, DOI 10.1016/j.cub.2009.07.053

 

Notes :

[1] http://site.quebecsecours.qc.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=489:perdu-foret-quoi-faire&catid=23:recherche&Itemid=1
[2] http://www.kyb.mpg.de/nc/employee/details/souman.html
[3] http://wikipedia.qwika.com/en2fr/Biological_cybernetics

 

 


 

Comment enquêter efficacement sur un cas d'OVNI quand on se trouve à 10 000 km ?


C'est la question que je me suis posée quand Ghislain Sanchez, ufologue fondateur de plusieurs associations (Associations « RACE Ovni » et « La Centrale Ufologique »), m'a soumis deux vidéos datées du 22 novembre et qui s'intitulaient : « UFO Chased in Oakland CA » (Ovni poursuivi à Oakland, Californie). Sur ces documents, des images impressionnantes d'un ovni filmé depuis une voiture, puis, la conductrice ayant finalement stoppé son véhicule, depuis le bord de la route.

 

 

Dans ce type de cas, le premier forum que je visite est celui du site ATS (abovetopsecret.com, en anglais). Il est très fréquenté, tant par des sceptiques que par des tenants de l'hypothèse extra-terrestre, et il n'est pas rare, quand un cas devient célèbre, de pouvoir y trouver sinon des réponses, du moins des hypothèses intéressantes.

Au gré des échanges, je notai les deux pistes qui semblaient revenir le plus souvent : la première, classique, était celle d'un trucage vidéo par informatique (aussi appelé « CGI », Computer Generated Imagery) ; la seconde était celle d'un ballon dirigeable (« blimp », en anglais). Partant du principe qu'un dirigeable était plus facile à mettre en évidence qu'un bon trucage, je décidai d'explorer cette possibilité.

 

San Francisco, royaume du dirigeable

Ayant vérifié qu'Oakland se trouvait dans la baie de San Francisco, je cherchai si des dirigeables étaient effectivement susceptibles de survoler cette zone. Je découvris qu'au sud de la baie, à proximité de Mountain View, se trouvait un des sites les plus célèbres dans le domaine : Moffet Field. On y trouve un complexe dédié à ce type d'aéronef et au sein duquel trône un hangar gigantesque surnommé « Hangar One ».

Parcourant Google Images, je notai la présence régulière de dirigeables célèbres (les fameux « Goodyear » ou autres « Metlife ») au dessus de la ville. Une société, Airship Ventures, est installée dans la région, dont elle propose le survol en Zeppelin.
Ces ballons ont la particularité d'être entièrement éclairés la nuit, et la ressemblance avec ce qui avait été observé, sans être parfaite, était frappante.

 

 

Je fis part à mes co-enquêteurs de ces trouvailles, mais il en faut plus pour convaincre un ufologue passionné. On me dit, à juste titre, que la preuve serait faite si je parvenais à identifier LE dirigeable aperçu. Devant la ressemblance moyenne de mes trouvailles et de la capture d'écran qui faisait, depuis 24h, le tour du web, je repris mes recherches.

 

Twitter, le réseau social de l'information immédiate

Partant du principe qu'un dirigeable volant dans le ciel californien était un événement suffisamment notable pour que, depuis cette région très habitée, des internautes décident de le partager avec leurs contacts en temps réel, j'entrepris de vérifier si, sur Twitter, des messages faisaient référence à un survol. J'en découvris trois. Par chance, l'un d'entre eux comprenait une photographie du ballon en question. Tous dataient du 23 novembre, soit le lendemain de l'observation filmée.

 

 

La ressemblance entre cette photographie et l'objet observé était telle que je n'eus plus de doute. Je fis immédiatement un montage permettant de comparer les deux images (ci-dessous).

 

 

La prise de vue partagée sur Twitter, issue d'un téléphone, étant de mauvaise qualité, restait à identifier précisément la société propriétaire du dirigeable et à faire les dernières vérifications. Le texte des trois tweets faisant clairement référence à « Hangar One », je me rendis de nouveau sur Google Images pour rechercher « hangar one blimp ». J'y trouvai des photos prouvant que le ballon était bien éclairé de l'intérieur en vol de nuit (ci-dessus).

 

Pas de canular, pas de trucage, une simple méprise

Il devenait difficile de douter de cette hypothèse. Un tour rapide sur le site web de la société « Hangar One Vodka » me permit de confirmer que des vols avaient bien eu lieu dans la période et à l'endroit de l'observation. J'en informai le forum AboveTopSecret immédiatement et chacun convint que l'affaire était désormais entendue.

Dans une dernière vérification, Ghislain Sanchez contacta la société qui, via sa page Facebook, confirma que le dirigeable avait bien effectué un vol de nuit dans la zone cette nuit-là.

L'automobiliste avait tout simplement était impressionnée par la vue, à distance, d'un ballon dirigeable volant de nuit.

 

Conclusion

Je tire trois enseignements de ce travail :

  • Les observations d'ovni, quand elles sont partagées par plusieurs témoins, ont de grandes chances d'être répercutées sur les réseaux sociaux. Facebook, pour la facilité d'échange et de recherche et Twitter, pour l'immédiateté de l'information, sont deux outils qu'il est important de ne pas négliger lors d'une recherche de ce type. Je suis bien conscient que les cas explicables (et expliqués) aussi facilement ne sont pas légion. L'absence de document photo ou vidéo, en obligeant les enquêteurs à ne s'appuyer que sur un témoignage, est une difficulté que les réseaux sociaux ne permettent pas de contourner. Inutile de dire que les cas inexpliqués ont encore de beaux jours devant eux.
  • L'immense majorité des ufologues n'ont pas de difficulté pour accepter une explication quand le niveau de preuve apportée est suffisant. Encore faut-il pouvoir mener le travail d'investigation jusqu'au bout.
  • La collaboration entre zététiciens et "tenants", par la confrontation des hypothèses et des niveaux de preuve attendus, peut être fructueuse quand elle se fait dans un esprit d'entraide et de respect réciproque.

 

Nicolas Vivant

 

 


CULTURE ET ZÉTÉTIQUE



En librairie

Les influences sournoises : précis des manipulations ordinaires

Jean-Léon Beauvois
François Bourin Editeur
15 septembre 2011
364 pages -19 €

Présentation de l'éditeur : Nous sommes tous convaincus que la meilleure part de nos jugements et comportements est le fait de notre individualité, de "nous-mêmes". Et pourtant ! Lorsqu'on les examine du point de vue des sciences psychologiques, on s'aperçoit que nos comportements et jugements sont assez systématiquement le fait d'influences "sournoises" dont nous n'avons aucune conscience ou clairvoyance. Pour nous le prouver, Jean-Léon Beauvois passe en revue les influences inconscientes qui affectent nos jugements et comportements quotidiens et qui impactent profondément l'image que nous avons de nous-mêmes. Grâce à lui, nous découvrons ainsi les "techniques d'influences inconscientes" dont nous sommes sans cesse les victimes consentantes, notamment dans nos démocraties libérales, censées être transparentes. Un livre qui change notre vision du monde qui nous entoure.

Biographie de l'auteur : Jean-Léon Beauvois est considéré comme l'un des psychologues sociaux français les plus représentatifs. II est spécialisé dans l'étude des manipulations et des influences. Le public le connaît par des ouvrages cultes tels que le Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens (avec Robert-Vincent Joule, Presses universitaires de Grenoble, 2002) et Les Illusions libérales, individualisme et pouvoir social (Presses universitaires de Grenoble, 2005).

 

Entre l'espoir et le faux-mage : La Zététique au quotidien

Jacques Poustis
Editeur : Book-e-book
88 pages - 9,90 €

"Jusqu'à preuve du contraire...", le précédent livre de Jacques Poustis dans la même collection, confirmait ce que plusieurs d'entre nous savaient déjà : la "littérature scientifique" est bel et bien scientifique. Le présent ouvrage nous montre que la littérature scientifique peut aussi être... littéraire, voire philosophique !

Et c'est à la dégustation d'un florilège de chroniques basées sur de véritables questionnements existentiels, parfois cachés, que ce livre vous invite :

  • L'homme fait-il toujours partie de l'espèce animale ?...
  • Y a-t-il un lien entre nos lavabos de salles de bain et les dépressions cycloniques ?...
  • La puissance thérapeutique des religions est-elle au moins égale à celle de la psychanalyse ?...
  • Nos grands-mères ont-elles un intérêt à prendre la pilule ?...
  • Un arbitre du sport peut-il tout arbitrer...

Ce genre d'énigmes fait le sel de la vie. Sans lui nos existences ne seraient sans doute que de mornes bateaux glissant sur une mer d'huile.
Bien sûr, tenter de les résoudre nous obligera parfois à naviguer entre deux ports antagonistes : l'Espoir qui autorise à rêver d'un futur toujours meilleur et le Faux-mage générateur d'avenirs désenchantés.
Brumes et tempêtes ne naissent pas que sur les flots, mais également dans la coque de nos têtes. Pour conserver notre soif de mieux-être tout en nous préservant de cruelles désillusions, quel meilleur outil que l'esprit critique ?...

Ce livre peut être commandé sur le site www.book-e-book.com, par téléphone au 04 93 00 15 34, ou par courrier à : éditions Book-e-book - BP 80117 - 06902 Sophia Antipolis Cedex.

 

 


AGENDA


 

Assemblée générale de l'Observatoire zététique

Les réunions mensuelles de l'OZ ont généralement lieu les premiers lundis de chaque mois, et se déroulent à Grenoble, à l'étage de la brasserie La Table Ronde, 7 place Saint André (plan). On peut y dîner, mais il n'y a aucune obligation de consommer. La réunion de l'OZ se veut un moment convivial d'échanges et de discussions sur l'actualité du « paranormal ».

La prochaine réunion est prévue le 9 janvier 2012, toujours à la Table Ronde, et tiendra lieu d’Assemblée générale ordinaire. A cette occasion seront présentés les Rapports moral et financier de l’association. Le Conseil d’administration sera également renouvelé pour un an. De nouveaux et fringants administrateurs viendront, comme le prévoient les statuts, remplacer ceux qui ont effectué trois mandats successifs.

Lundi 9 janvier 2011 à 20h
Brasserie La Table Ronde
7 place Saint André
38000 Grenoble
www.zetetique.fr



Conférence à Fontaine : Les médecines alternatives sont-elles des alternatives ?

Le mercredi 25 janvier 2012, l’Observatoire zététique donnera une conférence sur le thème des thérapies dites "alternatives" :
Médecine scientifique, chinoise, énergétique, homéopathique, par les plantes... Un large éventail de thérapies se propose de traiter nos maux des plus bénins aux plus sérieux. Mais comment évaluer leur réelle efficacité ? Les témoignages de patients satisfaits suffisent-ils ? Doit-on se fier aux recommandations de ses amis ? Cette rencontre fait le point sur les méthodes permettant d'y voir plus clair et de juger objectivement une thérapie. Avec un coup de projecteur particulier sur l'homéopathie.

Mercredi 25 janvier 2012 à 20h
Mairie de Fontaine
89 mail Marcel Cachin
38600 Fontaine

Entrée libre

 

 

Retrouvez les événements sceptiques dans l’Agenda de l’OZ. Des conférences à annoncer ou des infos à diffuser ? Écrivez-nous à contact@zetetique.fr.

 

 


Appel à contributions


 

Si vous souhaitez contribuer à la diffusion de l'esprit critique, à la promotion des outils d'auto-défense intellectuelle de la zététique, à la vulgarisation de la méthodologie scientifique, vous pouvez nous soumettre article, dossier, fiche de lecture, enquête, etc. N'hésitez pas à nous contacter pour nous proposer vos idées puis à soumettre vos productions à l'OZ, en écrivant à contact@zetetique.fr

 


Cette newsletter a été préparée par Frédéric Bachelier, Véronique Blum, Fabien Millioz, Florent Martin, Christophe Michel, Franck Villard et Nicolas Vivant.

 

Mise à jour le Mercredi, 22 Février 2012 01:16
 
«DébutPrécédent12345678910SuivantFin»

Page 10 sur 81